La machine à papier numéro 14 de l'usine d'Alma produit plus ou moins 70 000 tonnes de papiers pour l'impression de livres par année.

Résolu et FSC: Cloutier vise la mauvaise cible, disent les syndiqués

Les syndicats affiliés à la FTQ de l'usine d'Alma et de la scierie Mistassini estiment que le député de Lac-Saint-Jean Alexandre Cloutier a tiré sur la mauvaise cible en demandant au premier ministre du Québec de faire en sorte que la papetière Résolu récupère la certification FSC pour éviter les attaques de Greenpeace.
Pierre Tremblay du Syndicat des employés professionnels et de bureau (SEPB), qui regroupe les employés de bureau de la papeterie d'Alma, considère que malgré une rencontre où les syndicats ont exposé au député clairement la problématique, ce dernier a visiblement saisi les enjeux de façon différente des travailleurs et surtout de la problématique qui menace la machine numéro 14. Pour le syndicat, l'ennemi en ce moment n'est pas le gouvernement du Québec, mais bien le groupe Greenpeace qui dirige une nouvelle fronde contre la papeterie d'Alma.
«Greenpeace demande aux écrivains d'exiger que leur éditeur choisisse d'imprimer leur livre sur du papier qui n'est pas produit à l'usine d'Alma. Greenpeace fait valoir que Résolu attaque le principe de la liberté d'expression avec la poursuite déposée par la papetière aux États-Unis en raison des campagnes menées auprès des clients de l'entreprise», explique Pierre Tremblay.
Dans un tel contexte, poursuit le syndicaliste, il est primordial que le gouvernement et les députés défendent l'industrie contre Greenpeace.
Les travailleurs d'Alma ont accueilli le responsable du programme environnemental du géant américain de l'édition Macmillan Bill Bari. Ce dernier a effectué des visites dans l'usine et en forêt afin de vérifier les façons de faire de la papetière.
Selon Pierre Tremblay, M. Barry a demandé à Greenpeace si les attaques contre Résolu cesseraient advenant un abandon de la poursuite: «Ils nous a fait suivre la réponse et Greenpeace va poursuivre ses interventions auprès des clients de Résolu advenant un abandon de la poursuite.»
Le président du syndicat Unifor de la scierie de Mistassini, Daniel Leblond, rappelle que les dispositions de la norme FSC pour le caribou forestier auraient un impact majeur pour la possibilité forestière des unités d'aménagement qui approvisionnent les usines. Le report Bergerion-Gélinas faisait état d'une réduction de 1,6 million de mètres cubes de bois pour la possibilité forestière.
Une telle réduction se traduirait par la fermeture de scieries et la disparition de centaines d'emplois reliés à l'exploitation forestière.
Globalement, cette disposition atteint des seuils de perturbation maximum de 35 % dans la forêt boréale. Il s'agit d'un seuil retenu par le gouvernement fédéral dans ses prévisions pour la protection du caribou forestier. Le ministère des Forêts avait de son côté évalué l'application du seuil de perturbation fédéral à une perte de possibilité forestière de 3 millions de mètres cubes dans la forêt sous aménagement et la disparition de 9000 emplois à raison de 300 emplois par tranche de 100 000 mètres cubes de bois récoltés en moins par année.
Les syndicats FTQ préparent d'autre part la prochaine bataille avec le gouvernement canadien qui pourrait imposer aux provinces de mesures pour protéger l'habitat du caribou forestier. Il s'agit d'une autre problématique importante.
Daniel Leblond espère être en mesure de faire bouger le gouvernement fédéral également dans le litige du papier surcalendré qui pourrait avoir des conséquences majeures sur les usines de Kénogami et Dolbeau. Selon Daniel Leblond, le programme annoncé par Ottawa ne permet pas à Résolu d'obtenir de soutien particulier pour cette surtaxe qui a coûté jusqu'à maintenant 50 M$ à la papetière. Les dirigeants de Résolu ont déjà indiqué que cette situation ne pourrait pas durer encore longtemps sans avoir de conséquences sur les deux usines régionales.
La CSN compte plutôt sur l'aide du député
Le président du Syndicat des travailleurs des pâtes et papiers d'Alma CSN affilié à la Fédération de l'industrie manufacturière n'entend pas ramener à l'ordre le député péquiste Alexandre Cloutier et compte surtout sur ce dernier pour entreprendre la prochaine bataille avec le gouvernement fédéral sur les aires protégées.
Au cours d'une entrevue qu'il accordait au Quotidien, le président du syndicat Jean-Pierre Lebel a apporté certaines nuances sur la rencontre entre le député de Lac-Saint-Jean et les représentants des syndicats de l'usine. Pour le président du syndicat CSN, il n'y a pas lieu de dénoncer la sortie d'Alexandre Cloutier qui se voulait l'un des nombreux éléments abordés lors de la rencontre.
«J'ai eu une discussion avec Alexandre Cloutier pour préciser un certain nombre de choses. Lors de notre rencontre, nous avons abordé de nombreux sujets et il n'y avait pas vraiment de directive sur ce qui devait sortir. Nous avons convenu de reprendre les discussions au mois d'août pour tout le dossier des aires protégées que le gouvernement canadien semble vouloir activer», insiste le président du syndicat CSN-FIM.
La CSN avait de son côté clairement dénoncé la nouvelle campagne de Greenpeace qui attaque l'industrie du livre sous prétexte que Résolu tente de bâillonner Greenpeace avec la poursuite déposée aux États-Unis. Jean-Pierre Lebel croit qu'il faut poursuivre dans cette direction tout en tenant compte des développements avec le gouvernement fédéral.
«Le gouvernement a créé un comité sur les aires protégées. Il n'y a aucun représentant de l'industrie. Pas un seul représentant des travailleurs ou des syndicats et on constate l'absence des représentants des régions forestières. C'est un problème important et il faut s'en occuper.»
La machine à papier numéro 14 de l'usine d'Alma produit plus ou moins 70 000 tonnes de papiers pour l'impression de livres par année. Un boycottage des grandes maisons d'édition aux États-Unis se traduirait par une fermeture automatique de la machine. La consommation de la maison d'édition Mcmillen est à elle seule supérieure à la production de la machine à papier visée par le boycottage.