Pierre-Karl Péladeau

Quitte ou double avec P K Péladeau

Même si le débat autour de la charte des valeurs a agité la population au cours des derniers mois, l'économie préoccupera davantage l'électorat jusqu'au 7 avril prochain. Surtout avec l'entrée en scène de Pierre Karl Péladeau, l'héritier de l'empire Québecor qui avait pourtant juré, la main sur le coeur, de repousser les sollicitations des stratèges péquistes à se lancer dans l'arène politique.
Retour d'ascenseur à Pauline Marois qui lui avait confié la présidence d'Hydro-Québec? Personne toutefois ne doutera de sa foi indépendantiste. À l'exemple de son célèbre père, Pierre Péladeau, et de Gilles Vigneault, PKP a toujours rêvé d'un Québec enrichi du statut de pays.
L'entrepreneuriat
Le grand gestionnaire donnera sans doute beaucoup de crédibilité à un Parti québécois ébranlé par les prévisions plutôt fantaisistes avancées par son ministre des Finances avant ses propositions budgétaires de 2013-2014, mais l'importance qu'il occupe dans le monde financier fera frémir les fédéralistes qui redoutent comme la peste la tenue d'un troisième référendum sur l'avenir du Québec.
L'effet le plus bénéfique s'exercera sans doute à l'endroit des PME dont le principal actionnaire de Québecor a prêché l'importance dans une économie moderne au cours de sa récente tournée québécoise. En qualité de président de la Fondation québécoise de l'entrepreneuriat, il avait déploré devant les invités à un dîner de la Chambre de commerce de Saguenay la perte d'une quinzaine de sièges sociaux à Montréal - il en reste néanmoins 81 - et le peu d'intérêt accordé à l'établissement de nouvelles entreprises.
«Il faut mettre un frein à la spirale de la décroissance, avait-il martelé, revaloriser le goût du risque et créer davantage de PME en cassant le modèle du confort.» Avec beaucoup d'éloquence, le nouveau candidat péquiste dans la circonscription de Saint-Jérôme avait dénoncé le déséquilibre grandement néfaste aux PME que provoquent les lois du travail et le fardeau social.
Quelle surprise!
Ce discours, repris par des politiciens influents, réjouira les délaissés de l'économie contemporaine, ces précieux leaders qui, avec des moyens modestes, mais beaucoup de compétence et de détermination, multiplient les innovations et exportent leurs produits partout dans le monde.
Je pense notamment à Béton Préfabriqué du Lac (BPDL), l'entreprise fondée en 1976 par André Bouchard, qui a participé à la réalisation de centaines de projets ici et ailleurs, dont la construction du nouveau Yankee Stadium et à la réfection du Madison Square Garden, le domicile des Rangers de New York.
L'attention se porte aussi sur Devinci dont les BIXI roulent à Montréal, Londres, New York et dans plusieurs autres grandes villes américaines ainsi que vers les nombreuses autres PME qui génèrent, à travers les plus douloureuses difficultés, des milliers d'emplois convenablement rémunérés. Une soixantaine d'entre elles, dont des équipementiers reconnus par les plus grands producteurs d'aluminium de la planète, fournissent le pain et le beurre à plus de 2000 personnes au Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Libéraux et caquistes ont mis l'accent sur l'économie dès le départ de la campagne. En accueillant Pierre Karl Péladeau dans ses rangs, Pauline Marois indique sa volonté de placer l'entrepreneuriat et les PME en avant-plan. Les trois partis qui convoitent le pouvoir devraient pousser leur intérêt jusqu'à consulter les dirigeants des entreprises les plus dynamiques pour connaître leurs difficultés et les mesures qu'elles jugent nécessaires à l'amélioration de la situation actuelle.
Quoi qu'il en soit, le Québec ne sortira pas du marasme économique dans lequel il s'est enlisé sans renouveler ses relations avec les PME, ces indispensables créatrices de richesse que les gouvernants observent trop souvent d'un air hautain.
Quant à la nouvelle surprise de la fin de semaine, constatons simplement que les péquistes ont décidé de jouer quitte ou double en faisant de PKP, comme en 1995 avec le charismatique Lucien Bouchard, leur timonier qui les conduira à la souveraineté.