«Fort heureusement l'Église, à l'écoute du monde et dans une approche plus pastorale, s'est ouverte progressivement à de nouvelles perspectives. Elle reconnaît que les liens sacrés du mariage ne sont pas une prison et qu'ils ont comme première finalité le bien des époux.»

Pour le meilleur et pour le pire

CHRONIQUE ÉGLISE / C'était autrefois. La morale chrétienne sur le mariage était claire, sans équivoque. On se mariait à l'Église et devant Dieu. On s'engageait pour le meilleur et pour le pire, signifiant par là que la séparation était alors peu commune, mais possible, de même que la déclaration de nullité de mariage. Tout était scellé jusqu'à ce que mort s'ensuive. «Ce que Dieu a uni que l'homme ne le sépare pas» (Mc 10, 9).
Fort heureusement l'Église, à l'écoute du monde et dans une approche plus pastorale, s'est ouverte progressivement à de nouvelles perspectives. Elle reconnaît que les liens sacrés du mariage ne sont pas une prison et qu'ils ont comme première finalité le bien des époux. De telle sorte que l'amour ne peut être contraint au point de se résigner à subir le pire. Ceci dit, observons une situation concrète.
L'impasse d'un couple
Claudine et Bernard étaient profondément amoureux l'un de l'autre et tout était possible pour une vie de couple heureuse. Ils s'unirent dans le mariage et leur engagement fut sincère. «Nous resterons ensemble jusqu'à ce que la mort nous sépare. Il y aura des épreuves bien sûr, mais à deux nous serons plus forts pour passer au travers». Ainsi, l'aventure fut stimulante et belle avec leur petite famille, jusqu'au jour où Bernard eut un accident de travail et subit un sévère traumatisme crânien, avec des séquelles permanentes. Il fut déclaré invalide et sans retour possible sur le marché du travail. Malgré tous les efforts et à bout de courage, le couple ne fut plus que l'ombre de lui-même.
Claudine ne reconnaissait plus le Bernard sûr de lui et autonome qu'elle avait connu et aimé. Elle venait de perdre son partenaire de vie et son rapport à lui se réduisit à un rôle d'aidante naturelle. Elle se retrouva seule et désarmée. Bernard ressentait confusément qu'il était devenu un poids, une charge. Plus rien ne serait comme avant. Avec lucidité, il considéra que le meilleur pour eux était la séparation; un geste libérateur tant pour lui que pour elle. Elle envisageait depuis un bon moment la même possibilité. Un choix difficile et douloureux. Ils consultèrent pour prendre la bonne décision. Indéniablement, ils s'aimaient toujours.
Un choix délibéré
«Il n'y a plus rien entre nous deux. Je te quitte parce que je ne t'aime plus». Est-ce toujours aussi vrai qu'on le dit? Beaucoup de couples en arrivent à la séparation sous de faux prétextes, afin d'éviter les réelles remises en question. Leur problème est la peur de se regarder en vérité? Et le contraire: «Mieux vaut endurer que de partir. Que ferais-je autrement?». On reste ensemble comme deux étrangers, dans l'illusion, le mensonge et une fausse abnégation, pour éviter de faire face à ses propres carences affectives, à la peur de se retrouver seul et de s'assumer pleinement dans ses responsabilités.
Dans tous les cas, l'impasse relationnelle est toujours l'absence d'un choix délibéré qui brime la liberté. Le «pire», c'est de partir ou de rester, sans jamais faire cette quête de la vérité tout aussi pénible qu'elle soit. Le «meilleur», c'est de faire face aux écueils de la vie par des choix réfléchis et cohérents. Le «pire» c'est le déni et le «meilleur» c'est d'éviter tous les faux-semblants. Claudine et Bernard ont osé ce chemin le plus difficile, sans raccourcis, dans la confiance et le respect. Ils auront mûrement réfléchi le pour et le contre. À terme, ils auront fait le bon choix selon leur conscience avec tout l'éclairage nécessaire.
Un acte de liberté
Nos choix nous rendent libres en autant qu'ils sont un reflet ajusté de nos valeurs profondes qui orientent notre vie sans heurter et contraindre la liberté des autres. La charte des droits et des libertés individuelles est de toute évidence sacro-sainte. On s'y réclame haut et fort dans toutes les sphères de la vie: droit à l'éducation, la santé, la vie privée, la propriété; liberté d'action, d'expression, d'opinion, de parole, de conscience, de religion, d'association. Peut-on y sacrifier le bien commun? C'est souvent là que le bât blesse. Le bien du couple, désiré et recherché pour que l'amour circule aisément, s'inscrit plus dans la liberté de l'être que celle du droit. La liberté de l'être, c'est cet espace intérieur, ce lieu de la bienveillance qui alimente sans cesse cette aspiration profonde à l'accomplissement de soi.
Michel Desbiens, Centre de développement personnel et conjugal