L''usine de Chambord

Panneau gaufré: optimisme prudent

L'expression « optimisme prudent » est celle qui illustre le mieux l'état actuel du marché nord-américain du panneau OSB (gaufré) au moment où la direction de Norbord évalue sérieusement la possibilité de reprendre la production à l'usine de Chambord qui a été acquise dans une transaction avec l'autre géant du panneau, Louisiana Pacific.
Il s'agit du point de vue du docteur en marketing des produits forestiers et chercheur chez FP Innovation, François Robichaud .« C'est un peu comme voir le verre à moitié plein », lance le spécialiste. D'entrée de jeu, l'usine de Chambord est considérée comme une usine de milieu de peloton dans l'industrie. Elle se situerait au 24 ou 25e rang parmi les 45 usines de panneaux OSB en activité en Amérique du Nord.
Pour donner une idée de l'industrie, il suffit de mentionner que les cinq usines en tête de liste ont le double de la capacité de production de Chambord. Malgré cette réalité, le spécialiste estime que celle de Chambord est un actif intéressant dans la situation actuelle et que le coût de la fibre constitue pour ce secteur industriel un élément névralgique dans la prise de décision.
« Quand on regarde le marché, on doit analyser un certain nombre de critères pour évaluer la situation. Pour l'Amérique du Nord, le marché du panneau est en bonne partie basé sur celui de la construction résidentielle aux États-Unis et de ce côté, 2017 s'annonce une bonne année. »
Le taux de change est évidemment très avantageux en ce moment pour les usines canadiennes qui exportent aux États-Unis. Il reste à savoir si les conditions de marché qui se profilent pour 2017 se maintiendront pour 2018-2019. Sur ce point, personne n'est en ce moment en mesure de dire avec certitude que cette situation perdurera.
« Ce n'est pas la même chose de reprendre les opérations dans une usine de panneaux qu'une scierie. Ça prend plus de temps et il y a un prix à payer pour une telle opération. Ce prix est en général évalué à 4 ou 5 M $ pour intégrer le marché », enchaîne le spécialiste.
En toute logique, on peut penser qu'une usine comme Chambord pourrait espérer livrer ses premiers panneaux quelque part au milieu de 2018 si elle obtenait la permission du gouvernement du Québec de reprendre ses opérations malgré le fait que trois épurateurs ne répondent plus aux normes environnementales.
Les coûts pour redémarrer l'usine de Chambord, avec les travaux nécessaires dans le secteur des écorceurs à l'entrée du bois, seront beaucoup plus de l'ordre de 15 M $. Ils avaient été évalués à 10 M $ en 2009.
« Il ne faudrait pas non plus que tous les producteurs décident de relancer la production des usines fermées en même temps, ce qui aurait un effet sur les prix. Entre 2012 et 2016, cinq usines de panneaux ont été remises en production. Le marché a absorbé 4,5 milliards de pieds carrés de panneaux sur une base 3/8. Cette situation a créé une certaine volatilité dans les prix. Si la demande augmente et si tout le monde ne décide pas de rouvrir une usine, il y a de la place sur le marché pour une usine comme Chambord. »
La compagnie Norbord possède des usines en Europe et son propre réseau de distribution. Même si elle cible certains marchés spécifiques de ce côté, la relance d'une usine en Amérique du Nord ne peut pas être justifiée par le marché européen. François Robichaud affirme que le marché d'Amérique du Nord fait foi de tout pour la décision que prendra Norbord dans les prochains mois. Il note que le positionnement de Norbord en Europe est tout de même un atout intéressant.
« Il y a donc de nombreux facteurs à considérer pour évaluer une relance de Chambord. En même temps, il ne faut pas se mettre des lunettes roses. »
L'usine de Chambord est dotée d'une capacité de production de l'ordre de plus ou moins 470 millions de pieds carrés sur une base 3/8. Elle a besoin d'un approvisionnement de 750 mètres cubes de tremble par année. Il est possible de remplacer une certaine quantité de feuillus par des copeaux de résineux ou des gaufres de bouleau à papier en quantité limitée.
En ce moment, selon les informations obtenues par Le Quotidien, les détenteurs de garanties d'approvisionnement pourraient fournir à Norbord 50 % de l'approvisionnement.
Le syndicat des producteurs de bois a de son côté une capacité de l'ordre de 250 tonnes métriques par année. La région a une possibilité forestière de 602 000 mètres cubes de tremble. De cette possibilité, le ministère a accordé des garanties totalisant 140 000 mètres cubes à quatre usines de transformation ou d'utilisation Elkem.
Il y a donc assez de possibilités forestières, en incluant les producteurs privés, pour assurer l'approvisionnement de l'usine de Chambord.