L'Opérette La fille du Tambour-Major au Théâtre Banque Nationale mettant en vedette les sopranos Marianne Lambert, au centre, et Stéphanie Lessard à droite.

On s'amourache dès la première note

De magnifiques voix, des comédiens avec de belles attitudes, un chef d'orchestre qui mène le jeu avec nuance, une histoire d'amour rocambolesque sur une partition soutenue par 18 musiciens, bref du bonheur sur scène. C'est en effet le coeur rempli de plénitude que les spectateurs savoureront l'opérette La Fille du Tambour-Major présentée par la Société d'art lyrique du Royaume au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.
L'opéra-comique de Jacques Offenbach, sur un livret d'Alfred Duru et Henri Chivot se déroule en trois actes et quatre tableaux. Nous sommes en 1800 dans la campagne italienne et dès les premières notes, on s'amourache de la soprano Marianne Lambert dans le rôle de Stella, la jolie fille rebelle placée dans un couvent.
Le spectateur peut suivre plus facilement l'histoire et apprécier le chant d'opéra, car les paroles des chansons sont projetées sur le rideau tout en haut de la scène. Les paroles se perdent dans les notes aigües et graves et la projection facilite la compréhension de la vingtaine de compositions musicales que comprend l'opérette.
Les soldats français débarquent au couvent avec la cantinière du régiment Claudine (la soprano Séphanie Lessard) mené par le lieutenant Robert (le baryton Dominique Côté) le tambour-major Monthabor et Griolet (le ténor François-Olivier Jean) qui créent des liens et interagissent avec la jeune Italienne. Le duc Della Volta (le ténor Isabeau Proulx-Lemire) entre sur scène à la fin du premier acte pour récupérer sa fille Stella qu'il veut marier à un richissime marquis.
La mise en scène de Dario Larouche (Théâtre 100 masques) pousse les personnages à l'avant des planches tout près de la fosse d'orchestre. Les comédiens se permettent même d'interagir avec les musiciens et les décors qui bougent dans leurs déplacements. On reconnait la signature de Dario Larouche qui insiste toujours sur le non verbal et les expressions émotionnelles comme la joie, la peur, la surprise ou la tristesse qu'expriment clairement les comédiens dans leurs attitudes.
Le vieux duc, qui vit en couple avec une femme excentrique, veut marier sa fille qui est amoureuse du lieutenant Robert pour qui la cantinière Claudine se pâme alors qu'elle subit les avances du soldat Griolet pendant que le tambour-major Monthabor les met en garde contre le mariage, lui qui a divorcé, et dont la femme a disparu avec sa fille.
La prestance vocale des soldats prend toute la place même dans les manifestations burlesques que le metteur en scène a installées pour faire éclater l'aspect comique de l'oeuvre. Leurs voix s'harmonisent à merveille avec les voix féminines. Les prestations solos sont de véritables délices.
La soprano originaire de Montréal, Nathalya Thibault qui vit au Saguenay depuis une vingtaine d'années, se distingue dans le personnage de la duchesse Della Volta, concubine du duc. Elle occupe une grande place tout au long du deuxième acte et son personnage de vieille gribiche qui cache un secret qui fera basculer l'histoire.
La fin se joue à Milan alors que l'amour reprend ses droits dans une finale éclatante et colorée en voix et musique. La fille du tambour-major exige beaucoup de travail de la part des interprètes et de l'orchestre, une création accomplie de façon magistrale, plus qu'on pourrait l'espérer d'une production régionale.
Le Quotidien a assisté à la générale interprétée jeudi soir devant une cinquantaine d'élèves de l'école de musique.