Misère humaine

CHRONIQUE / Une histoire d'une grande tristesse a marqué le milieu judiciaire au cours des derniers jours avec la condamnation à six ans de pénitencier d'un homme de 59 ans dont le crime est d'avoir fait cinq enfants à sa belle-fille. Sa conjointe de fait, donc, est aussi la grand-mère de ces cinq enfants!
Cette affaire a suscité de nombreux commentaires dans la communauté, particulièrement sur les réseaux sociaux où les suggestions de sentence ne laissaient aucun doute sur le niveau d'écoeurement. L'étonnement est général; comment en 2016 une si grave affaire a pu se produire?
Comment la situation a-t-elle pu échapper aux autorités, notamment à la Direction de la protection de la jeunesse?
Ceux qui ont assisté aux audiences à la Cour ont obtenu une partie de la réponse. Le couple, a-t-on décrit, a une «personnalité limite, doublée d'une immaturité». L'accusé souffre de carences intellectuelles, comme l'a aussi dit le tribunal. Il en va de même pour la conjointe et la victime (la belle-fille). La conjointe n'a pas eu à faire face à des accusations de complicité jusqu'à maintenant, mais ça demeure toujours possible, car le dossier de l'enquête policière a été soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).
Reste que pour le public, la situation semble irréelle même si on se retrouve en présence de gens dénués de jugement, ayant peu de notions du bien et du mal. En d'autres mots, le gros bon sens qui guide la plupart des citoyens fait défaut dans ce cas-là.
Alors qu'aux yeux de la loi et surtout de la morale, il est impensable de laisser son enfant être abusé par un adulte, cette pauvre mère l'a fait. Évidemment, si elle avait témoigné, il aurait été possible de mieux évaluer ses états d'âme. Comme son conjoint a plaidé coupable, la mère, sa fille et le dénonciateur n'ont pas eu à comparaître. Au procès, en dépit de la nature des gestes posés par son conjoint, elle s'est toujours affichée comme sa partenaire de vie. Ou bien elle demeure sous l'emprise d'un abuseur, ou bien elle n'arrive pas à comprendre tout le mal fait à sa fille et aux cinq petits-enfants.
Il y a des détails que le public ne connaît pas forcément et qui sont révélateurs. La victime qui a eu une relation sur une période 20 ans et accouché de cinq enfants a arpenté le palais de justice avec une poupée dans les mains!
Loin de moi l'idée de juger la victime dans cette affaire, mais lorsqu'une femme qui a eu cinq enfants se présente au tribunal en tenant une poupée dans ses bras, on peut se poser des questions sur son état d'esprit.
Malgré les preuves, l'énoncé des faits et le plaidoyer de culpabilité, la conjointe de l'homme, donc la mère de la victime, l'a accompagné chaque fois qu'il s'est présenté au tribunal.
En sachant que son conjoint prendrait le chemin du pénitencier pour six années, elle s'est mise à pleurer. Elle tentait de sécher ses larmes en écoutant les représentations des avocats. Tout ça alors que l'homme qui a détruit la vie d'une adolescente se tenait debout devant le juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec, et à quelques mètres seulement de son propre enfant.
De toute évidence, tous jugements portés du haut de la logique générale ne s'appliquent pas. Comment voulez-vous invoquer le gros bon sens quand les acteurs concernés en sont complètement dénués?
Aussi indignés que vous puissiez l'être, le châtiment a ses limites dans ce cas. Au moins, il met à l'abri la victime de l'emprise qu'avait pris cet homme sur elle.
Cette pauvre femme, désemparée à l'annonce du verdict, pourra continuer à se promener dans les rues de Saguenay sans crainte d'être reconnue et de subir les quolibets du public.
Pour ceux et celles qui aimeraient mettre un nom et un visage sur cet ignoble individu, il faut savoir que ça n'arrivera pas. Le Code criminel canadien interdit de publier quelconque information pouvant identifier les victimes d'âge mineur.
Quant aux enfants issus de cette relation inqualifiable, il faut espérer que leur nouvel encadrement, ils ont été soustraits à la mère, puisse leur offrir des conditions de vie plus équilibrées.