Michèle B. Tremblay vit une expérience nouvelle grâce à la série L'espoir des Bergeron. Pour la première fois, l'auteure originaire de Chicoutimi voit ses livres figurer dans la liste des meilleurs vendeurs à l'échelle du Québec.

Michèle B. Tremblay, auteure de best-sellers

«Quand j'ai regardé le palmarès du Devoir, la semaine dernière, je me trouvais en deuxième place avec L'espoir des Bergeron. J'étais entre Denise Bombardier et India Desjardins», lance en riant Michèle B. Tremblay. Loin d'y trouver matière à vantardise, elle est la première à s'étonner du succès de vente que connaît sa saga familiale campée à Chicoutimi.
Avant même la parution du premier volume, pourtant, on l'avait prévenue. Le patron des Éditeurs Réunis, Daniel Bertrand, anticipait des ventes costaudes, ce qu'ont justifié les 7000 exemplaires écoulés à ce jour. À peine avait-il lu le texte d'Un bel avenir que son idée était faite. L'auteure devrait se remettre à l'ouvrage afin de produire non seulement un deuxième opus, intitulé La crise, mais un troisième.
«Ce qui m'intrigue, c'est le fait que le deuxième semble plus populaire que le premier, qui est demeuré huit semaines au palmarès. C'est rendu que je reçois plein de demandes d'amitié sur Facebook, de partout au Québec. Des gens me disent qu'ils se meurent de lire le troisième. Je n'ai jamais connu ça», s'émerveille la Chicoutimienne.
Même son témoignage consacré à la série télévisée Passe-Partout, à laquelle elle a collaboré, n'a pas reçu un tel écho. Et le plus drôle est que L'espoir des Bergeron est né d'un désir tout simple, celui d'évoquer l'histoire de sa famille en couvrant les trois générations qui ont précédé la sienne. C'était une façon de laisser une trace, de perpétuer le souvenir de ce clan qui était enraciné dans le bas de la rue Racine, en particulier celui de Louis, son grand-père.
Il s'agit de sa première expérience chez les Éditeurs Réunis et justement, Michèle B. Tremblay croit qu'une partie de l'explication réside là, en ce qui touche la popularité de la série. «Ce n'est pas pour rien que les gens qui travaillent pour cette maison se décrivent comme des faiseurs de best-sellers. Les couvertures sont attrayantes et ils savent que les lecteurs raffolent des sagas familiales qui se déroulent à une époque différente de la nôtre», fait-elle observer.
Aujourd'hui, la romancière réalise qu'elle fait de la littérature populaire, un genre que certains regardent de haut, mais qui ne lui apparaît pas comme le réceptacle de toutes les médiocrités. «Ça se compare à ce que faisait Henri Troyat en France et Arlette Cousture chez nous, lorsqu'elle a écrit une histoire dont l'héroïne était sa grand-mère. Sans le savoir, moi aussi j'ai fait de la littérature populaire et je crois que la principale qualité de ma série, c'est l'authenticité», avance la Chicoutimienne.
De fait, les rebondissements importants, souvent les plus extravagants, sont conformes à la réalité historique. Quelques noms ont été changés, des personnages secondaires sont le fruit de son imagination, mais sans plus, une formule qui balise également l'écriture du troisième tome. Celui-ci se concentrera sur les années 1941 à 1947 et sera couronné par le mariage de sa mère, Denise, dont les souvenirs ont émaillé une bonne part de la série.
«On m'avait demandé de produire le deuxième tome en dix mois, tandis que pour le troisième, j'en aurai pris neuf. Je suis en train de le compléter et la sortie est prévue pour septembre. Par la suite, j'ai l'intention de prendre du recul par rapport à l'écriture. Ce projet m'a demandé beaucoup d'énergie. Je suis un peu fatiguée», confie Michèle B. Tremblay.
Comme à Chicoutimi au temps de la Crise
Dans La Crise, le deuxième tome de la série L'espoir des Bergeron, Michèle B. Tremblay fait revivre l'ancien Chicoutimi, celui du vieil argent, de la bourgeoisie locale, dont quelques représentants rament fort pour sauver la face pendant que l'économie pique du nez. La ville change, aussi, sous l'impulsion des grands chantiers lancés pour donner de l'espoir aux chômeurs. Parfois, c'est pour le mieux, alors que d'autres projets ne sont pas universellement appréciés.
«Dans ce roman, le pont Sainte-Anne jouit d'un statut équivalent à celui d'un personnage. On assiste à sa construction au début des années 1930, de même qu'aux travaux de soutènement du port, à l'érection de l'hôtel de ville actuel, plus beau que l'ancien, à l'aménagement de la promenade de Rivière-du-Moulin et à la canalisation de la rivière aux Rats», a mentionné l'auteure il y a quelques jours, lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche.
La canalisation a eu le mérite de dépolluer le cours d'eau sur lequel se déploie aujourd'hui la Place du citoyen. Les citoyens y jetaient leurs détritus, ce qui la transformait en cloaque à la belle saison. Néanmoins, le patriarche du clan Bergeron, Georges, se montre nostalgique en voyant le nouveau look que le chantier a conféré à la rue Racine. Les bateaux ne pourront plus y accoster.
Lui-même n'est pas en reste, côté changements. N'ayant pas placé son argent à la bourse, il n'a cure des misères de Wall Street et continue de brasser de bonnes affaires. On le voit acheter la maison des Vézina sur la rue Morin, celle où a grandi l'autre Georges, le gardien du Canadien récemment décédé. Pas sentimental pour deux sous, le vieux «brasseux» fait raser cette résidence afin de permettre à un commerce voisin de prendre ses aises.
«Georges, c'est celui qui fait vivre une bonne partie de la famille, à commencer par Louis. Il est généreux, tout en ne ratant jamais l'occasion de montrer ce que lui doivent les siens. On le retrouve au moment où disparaît Emma, son épouse que tout le monde aimait», relate Michèle B. Tremblay. Tout aussi polarisante, la belle Rose continue de se démarquer en raison de ses accès de narcissisme. Dans son système solaire, Louis et les enfants sont des planètes qui tournent autour d'elle.
Ce n'est pas le personnage le plus sympathique, mais on la comprend de se montrer indécise, voire déchirée, à l'idée de tromper son mari avec le fringant Émile. Lui, il sait comment la virer à l'envers, contrairement à Louis qui lui inspire surtout du respect. Que fera-t-elle? Ce n'est pas ici que vous l'apprendrez, mais sachez que l'auteure salue son «combat héroïque».
«Elle avait peur et en même temps, on sent que Rose avait le sens du devoir. Une dame m'a justement écrit à propos de cette histoire, en signalant que plein de femmes ont vécu ce genre de situation, à l'époque. Ce que d'autres me disent, aussi, c'est qu'ils aiment le fait que mes personnages soient normaux, ni entièrement bons, ni entièrement méchants. Ils peuvent s'attacher à eux», constate Michèle B. Tremblay.