Marie-Denise Pelletier enflamme la cathédrale de Chicoutimi

Marie-Denise Pelletier brillait de tous ses feux, sa légendaire chevelure rousse habilement rehaussée par des éclairages qui basculaient du rouge vers l'orangé. La violoncelliste Marie-Pier Simard-Gagnon était d'une beauté porcelaine dans des robes de bal éblouissantes sur lesquelles rebondissaient des jets de lumière. Gabrielle Lapointe, jeune, mais grande chanteuse, était encore plus adorable que Judy Garland dans Le magicien d'Oz. Mais force était d'admettre que samedi soir, la plus belle de toutes, c'était la cathédrale.
Pour une huitième année, la Fabrique Saint-François-Xavier n'a pas ménagé les efforts pour offrir un concert-bénéfice de grande qualité au public de la région. En offrant un spectacle de Noël savamment ficelé, mariant avec adresse la versatilité du choeur Euphonie aux registres variés des chanteurs invités, l'organisme a su remercier de digne façon tous les gens qui se sont procuré un billet. Car il faut le dire, l'objectif premier d'un tel festin musical est d'amasser des sous pour préserver la cathédrale, l'épine dorsale du patrimoine religieux en région. Les spectateurs ont donc donné, mais ils ont reçu beaucoup aussi. Voir le temple ainsi illuminé et animé, à une semaine de Noël, avait de quoi réchauffer les coeurs en ce soir d'hiver plutôt mordant.
«Une cathédrale pleine de monde, c'est beau à voir!», a lancé Marc-André Bédard, à l'entracte. Le président du conseil de fabrique n'a pas manqué de saluer le travail de Louis Wauthier et Sabrina Ferland à l'éclairage et à la mise en scène . Il avait bien raison, parce qu'hier soir, la cathédrale, c'était la maison de tous. Des gens écoutaient doucement la musique qui leur était offerte en cadeau. D'autres chantaient sans retenue, portés par la magie des Fêtes et bercés par le confort de se savoir si bien entouré.
Avant d'entonner les premières notes de La Lettre, une très belle pièce de l'auteur Normand Racicot, Marie-Denise Pelletier a d'ailleurs fait valoir que le temps des réjouissances, c'est aussi le temps de penser à ceux qui nous ont quittés ou qui sont partis dans la souffrance. La chanteuse, qui a connu beaucoup de succès avec la comédie musicale Starmania dans les années 80, a par la suite enchaîné avec ce qui fut sans contredit son plus grand succès : Tous les cris les SOS de Daniel Balavoine.
C'était une chanson de circonstance qu'elle a dédiée au peuple syrien. L'interprète l'a livrée avec une passion intrinsèque, comme si c'était la première fois. Tous les yeux étaient rivés sur elle. Avec autant d'intensité, on pouvait presque sentir Marie-Denise Pelletier s'approcher et venir nous chercher, particulièrement lorsque tous les instruments autour d'elle se sont tus, la laissant chanter le refrain a capella. Soudainement, la cathédrale était vivante.
Elle s'amusait à prendre la voix de la chanteuse et à la faire tourner dans son enceinte, provoquant de douces réverbérations acoustiques chaque fois qu'une note touchait un de ses murs. La table n'aurait pas pu être mieux mise pour accueillir Marie-Pier Simard Gagnon et Gabrielle Lapointe (la fille du baryton Jean-François Lapointe), venues chanter Ave Maria. Deux anges sous un million de flocons projetés sur le plafond de la cathédrale, lui donnant l'air d'une de ces boules remplies de neige que l'on peut remuer. C'est là qu'on a découvert que Marie-Pier Simard Gagnon n'est pas que virtuose du violoncelle. Elle chante aussi divinement bien.
Le baryton Dominique Côté a donné le ton à la deuxième partie avec Toréado, appuyé de la brigade de la Société d'art lyrique du Royaume. Un moment festif et animé de la soirée. Puis, les pièces se sont enchaînées et la cathédrale est devenue multicolore. Comme par magie, la jeune Gabrielle Lapointe s'est retrouvée juchée dans une chaire latérale, où elle a interprété Over The Rainbow avec une grande poésie vocale et gestuelle. Au moment où elle confiait son désir de pouvoir un jour déposer un voeu sur une étoile, nous avons dû partir. Dehors, de légers flocons venaient terminer leur course sur le parvis et I'll Be Home For Christmas se fondait dans la nuit.