Mahomet, les chats et les bébés

CHRONIQUE / Quelques jours après que le Québec, du moins une certaine classe de Québécois, ait promis un rapprochement avec les musulmans, il semble bien que le naturel soit revenu au galop ! La page Facebook du Quotidien et du Progrès-Dimanche a battu tous les records de propos haineux et méprisants samedi dernier, à un point tel que nous avons dû faire disparaître le texte qui avait suscité tant de réactions pour ensuite le remettre avec une autre illustration.
Même si l'affaire s'est produite dans une communauté restreinte, celle de Facebook, la diffusion a atteint suffisamment de personnes pour révéler un malaise. La portée de la page Facebook du journal, qui se calcule en abonnés (les fameux J'aime) et en portée (potentiel de lecture) peut atteindre 150 000 personnes !
À la lumière des commentaires « postés » au bas dudit texte, il y a un constat : le fossé se creuse entre le discours public (dans la foulée de l'attaque à la Grande mosquée de Sainte-Foy) et ce que pensent certains derrière leur clavier.
L'origine du déferlement est l'entrevue du journaliste Louis Tremblay avec le professeur Gérard Bouchard. Questionné sur le sort des homosexuels et des femmes dans l'islam, le sociologue évoque le passé du christianisme en ces matières et suggère que le temps peut arranger les choses. Il n'en fallait pas plus pour que les internautes se déchaînent et assaisonnent le débat d'épices indigestes qui ne résisteraient pas aux tribunaux.
Pour employer un mot à la mode, tous les amalgames y ont passé. Les internautes ont descendu tous les saints du ciel et, à bout d'arguments, tiré sur Le Quotidien, porteur de la mauvaise nouvelle. D'un côté comme de l'autre, c'est-à-dire même ceux qui étaient d'accord avec Gérard Bouchard ont accusé le journal de vouloir exacerber l'opinion publique par le choix de la photo, une femme portant le niqab.
Pour apaiser les tensions et démontrer l'objectivité du journal dans ce débat, nous avons consenti à changer l'image et par le fait même retiré la première publication avec tout ce qu'elle portait de haine comme réactions. La seconde mouture a suscité des commentaires plus équilibrés et mesurés, et demeure toujours sur notre mur.
L'affaire porte beaucoup d'enseignements, mais fait surtout réaliser que plusieurs d'entre nous n'aiment pas, mais vraiment pas lire ou entendre des opinions contraires à la nôtre au point d'utiliser un langage qui n'a pas sa place dans l'espace public. Ceux qui se demandent pourquoi ils ont été bannis doivent savoir que la responsabilité de leurs opinions, publiées sur notre mur, repose à la fois sur eux et sur nous.
Il est clair que la xénophobie et le racisme ont des racines dans la région, mais, faut-il l'ajouter, le phénomène est difficile à mesurer. Il faut aussi chercher à comprendre ces comportements et faire la différence entre un déséquilibré qui passe à l'acte et les autres qui ruminent des idées noires.
Deux autres textes déposés sur Facebook ont suscité des réactions extrêmes et mal avisées. Le premier, la chronique de Patricia Rainville sur l'épisode de la jeune mère de famille qui a laissé son poupon dans l'auto, le moteur fermé, par un froid sibérien a suscité de part et d'autre des opinions accompagnées de superlatifs, dont un bijou : « Les crisses de journalistes ne se mêlent pas de leurs affaires » !
Coup de griffe
Comme quoi même les sujets plus légers pognent eux aussi aux tripes, la chronique de Mélissa Viau sur la clinique vétérinaire d'Alma qui ne fait plus de dégriffage a suscité l'incompréhension de propriétaires de chat (s) qui crient au meurtre.
Même dans un désaccord profond, il devrait toujours y avoir de la place pour la courtoisie, le respect et l'intelligence. Ces gens qui font mauvais usage de réseaux sociaux détruisent la poule aux oeufs d'or, celle qui permet à tous de s'exprimer !
Nos journaux font la promotion et défendent nos valeurs communes , tels les libertés, l'égalité et le respect, acceptent les débats et rejettent les propos haineux.