L'homme qui m'a fait aimer l'aviation

CHRONIQUE / Premier à recevoir les hommages de la communauté aéronautique de la région, samedi soir, Pierre Desbiens s'est souvenu de l'hiver 1959 où, après ses études, au tout début de la vingtaine, il était à la recherche d'une école de pilotage à Saint-Honoré.
« On m'avait dit qu'il y avait une piste au lac Docteur. C'était une petite piste de 30 pieds de large et il y avait des arbres au bout. Quand je suis monté dans l'avion, j'ai constaté qu'il était sur skis. C'est avec ça que j'ai commencé à piloter », a-t-il raconté.
Le beau temps arrivé et la piste de neige disparue, Pierre Desbiens apprend qu'il y a tout près de là d'anciennes pistes militaires en asphalte pouvant accueillir des avions sur roues.
Emballé par ce qu'il voit, il jure de mettre toutes ses énergies pour développer cet aéroport.
Il fonde cette année-là le Club d'aviation du Saguenay puis réussit à convaincre la compagnie Lemelin Air Transport de Québec d'ouvrir une école satellite à Saint-Honoré, dont l'instructeur était Denis Langlois. Plus tard, il participe à la création de Mont-Valin aviation qui, sous l'impulsion du chanoine Jean-Paul Laliberté, donnera naissance à l'École de pilotage du Cégep de Chicoutimi en 1968.
Devenu lui-même instructeur puis pilote de ligne avant de fonder, avec ses associés, la compagnie Exact Air en 1983, Pierre Desbiens ne faisait pas qu'enseigner le pilotage. Il transmettait son amour de l'aviation. Un amour qui commandait aussi le respect de ses propres limites et de celles de la machine.
Contagieux
Moi aussi il m'a contaminé lorsque je me suis présenté au Club d'aviation du Saguenay, en septembre 1983, pour devenir un modeste pilote privé après avoir mis de côté mon rêve de devenir pilote de chasse. On est toujours un peu timide dans ce temps-là ; c'est con, mais on a peur de faire rire de soi et se faire dire : « Tu veux devenir pilote ? Pour qui tu te prends ? »
Mais Pierre nous rendait la tâche facile et on sentait qu'assis à droite, il avait autant de plaisir que nous. Patient et toujours souriant, il nous apprenait à tester nos limites. C'est comme ça qu'il m'a joué un bon tour. Car après mon brevet de pilote privé, il m'a dit que j'avais des aptitudes et m'a proposé de poursuivre ma formation de pilote professionnel et qu'ensuite, il me financerait la licence d'instructeur pour travailler avec lui au club. Cette passion a monopolisé tous les loisirs que me laissait mon travail au Quotidien, puis ce fut l'annotation sur multimoteurs, le vol aux instruments et enfin, la licence de pilote de ligne. Et si mon fils aîné mène aujourd'hui une belle carrière de pilote militaire, c'est parce qu'il a vu chez moi cette passion qui m'a été transmise.
Chez Exact Air, Pierre respectait les limites de ses pilotes. Si un vol me mettait mal à l'aise, il me disait : « Si tu n'es pas confiant, n'y va pas. C'est pas grave ». Et il ne nous jugeait pas. Il voulait qu'on revienne vivant avec nos clients.
Lorsque Pierre a pris sa retraite comme pilote-examinateur en 2014, le chef d'équipe technique des opérations de l'aviation civile du Canada lui a remis un certificat de reconnaissance pour les 1961 tests en vol qu'il a menés au nom de Transport Canada. Une carte signée par l'équipe de formateurs en pilotage de Transport Canada et une lettre signée par Christian Fleury, inspecteur de Transport Canada, accompagnaient le certificat : « Merci à vous monsieur Desbiens, pour tout ce que vous avez fait pour l'aviation au Québec et dans votre belle région du Saguenay. L'amour de l'aviation est contagieux et je connais plusieurs pilotes à qui vous avez réussi à le transmettre. Encore merci. »
Moi aussi j'en connais un.