Jean Garon affirme affirme qu'à l'époque où il dirigeait Lévis, de 1998 à 2005, le projet était beaucoup plus modeste.

L'histoire romancée pour savourer l'été

Jean Garon, le coloré père de l'agriculture québécoise contemporaine, nous a quittés la semaine dernière alors que je terminais la lecture d'Un bonheur si fragile, la dernière saga en quatre tomes du prolifique écrivain Michel David décédé prématurément en août 2010.
Coïncidence, j'avais à peine pénétré dans la ruralité des premières décennies du siècle dernier imaginée par ce pédagogue devenu romancier que je voulais faire partager mon enchantement en proposant cette description de la vie simple de personnages bien campés d'un Québec qui entrait difficilement dans la modernité.
Deux lectures captivantes
À l'époque, le monde rural pratiquait, par obligation évidemment, l'autosuffisance alimentaire. L'industrialisation a bouleversé ce secteur économique jusqu'à l'élection de René Lévesque qui s'est empressé de confier à Jean Garon la grande réforme de l'agriculture sur les assises de la loi sur la Protection du territoire agricole.
Remettons à une prochaine réflexion la perception populaire du résultat de cette grande opération politique pour revenir à ce bonheur si fragile qui s'avérera ma lecture dominante de l'été 2014. Mon livre de l'année demeure cependant L'Orangeraie, du Chicoutimien d'origine Larry Tremblay aujourd'hui intégré, comme de multiples autres Bleuets, à la communauté artistique de la métropole.
Un bonheur si fragile n'a pourtant pas de qualité littéraire particulière. La plume de Marie-Bernadette Dupuy, qui contribue le plus efficacement à la renommée internationale de JCL , est sans doute davantage fleurie. Michel David n'a jamais figuré parmi les finalistes du prix du Gouverneur général, mais ses livres se vendent bien. Ils ont captivé suffisamment de lecteurs pour mériter à son auteur le prix du public au Salon du livre de Montréal.
Un conteur génial
L'écrivain est un conteur incomparable. Il utilise un langage du terroir. Ses descriptions sont sommaires, mais son sens du dialogue ajoute beaucoup d'intérêt à la coloration des personnages. Il a l'habileté de semer à chaque chapitre des éléments anodins qui excitent la curiosité du lecteur à la recherche de rebondissements surprenants ou d'un développement heureux.
L'auteur était déjà décédé depuis quatre ans quand j'ai été attiré par l'image aux couleurs éclatantes qui décore la page couverture du quatrième volume d'Un bonheur si fragile. Le dessin rappelle une scène de la vie quotidienne dans les villages d'antan. Dès les premières lignes, le récit me captiva. Je me suis procuré, par la suite, la série complète que j'ai dévorée en quelques semaines à travers mille et une occupations dont les derniers travaux de la quarantième édition du magazine AL sur l'industrie de l'aluminium.
Ce touchant récit d'humbles familles rurales d'un Québec dominé par l'Église et les membres de son clergé captivent par sa simplicité. Il décrit le courage de nos ancêtres animés par une foi inébranlable à élaborer de grandes familles et construire un pays abandonné par les jeux de la grande politique avec la seule richesse de leur travail.
La technologie naissante ne leur était pas accessible. Les Canadiens français vivant à la campagne exploitaient la terre et la forêt avec des outils du Moyen-Âge. Dès l'aurore, beau temps mauvais temps, semaine et dimanche, parents et enfants se partageaient les tâches quotidiennes du fermier, soit traire les vaches, cueillir les oeufs, nourrir les animaux et nettoyer l'étable. Il fallait procéder aux réparations des bâtiments, des clôtures, de l'équipement et tirer l'essentiel de l'existence avec ses propres ressources.
Et lorsque le chef de famille choisissait de participer à la coupe forestière annuelle pour les papeteries et les entreprises de la construction, l'épouse ajoutait, durant tout l'hiver, la gérance de la ferme familiale à tous ses travaux quotidiens. Une responsabilité colossale qu'elle assumait généralement avec autorité et efficacité.
L'oeuvre de Michel David est le prolongement d'Un homme et son péché et des Filles de Caleb, les deux romans phares du terroir québécois. Elle est considérable même si l'auteur n'a pu y consacrer que les dernières années de sa vie après 33 ans dans l'enseignement. Le temps lui a d'ailleurs manqué. Il voulait couvrir tout le vingtième siècle, mais la mort l'a arrêté tout juste avant la Révolution tranquille.