Sophie Gagnon-Bergeron et Simon Philippe Turcot ont uni leurs talents de photographe et d'auteur pour produire un magnifique ouvrage, Le Festin de Mathilde. Il brosse le portrait du couple de Tadoussac qui opère le restaurant Chez Mathilde depuis une dizaine d'années.

L'heureuse exception de La Peuplade

La plus récente publication de La Peuplade, Le Festin de Mathilde, représente un objet rare. Pour l'éditeur saguenéen, d'abord, il s'agit du premier livre qui n'épouse pas les traits d'une oeuvre littéraire. Le format est différent, aussi. Plus grand et presque luxueux avec sa couverture cartonnée et son papier de qualité supérieure. Et il y a les photographies, plein d'images somptueuses captées par Sophie Gagnon-Bergeron au fil de 12 visites à Tadoussac.
L'histoire qu'elles racontent, parallèlement aux textes rédigés par Simon Philippe Turcot, est celle d'une table gastronomique créée par un couple de merveilleux fous, le chef Jean-Sébastien Sicard et celle qui veille sur tout le reste, Mireille Perron. Leur établissement situé au coeur du village, Chez Mathilde, fait partie de ces lieux profondément enracinés dans le milieu qui les a vus naître.
« Ce sont des gens de coeur, pas des affairistes, et depuis une dizaine d'années, plein de personnes se sont greffées autour d'eux. Moi et Mylène (Bouchard, cofondatrice de La Peuplade), nous les suivons depuis leurs débuts, qui correspondent aux nôtres. Nous échangeons sur nos entreprises respectives. Nous rêvons ensemble et par l'entremise de ce livre, nous honorons le travail de nos amis »,  a confié Simon Philippe Turcot au cours d'une entrevue accordée au Progrès.
Le Festin de Mathilde trouve son origine dans cette complicité entre les deux couples, les deux familles, qui se voisinent régulièrement. Quand l'idée de produire un livre est née, le premier réflexe des Saguenéens fut de le confier à une autre maison, vu que ce créneau leur était étranger. « Ensuite, il est devenu évident que nous le ferions et maintenant qu'il est sorti, je considère que ce livre est magique, chaleureux. C'est un objet culturel comme il ne s'en fait plus au Québec », affirme Simon Philippe Turcot.
« L'euphorie intangible »
L'une des caractéristiques du Festin de Mathilde tient à son caractère pointilliste. À la manière de peintres tels Signac et Seurat, c'est à petites touches qu'on y brosse le portrait du restaurant et de tout ce qui gravite autour. Les textes sont courts, en effet, chacun évoquant de manière poétique des sujets tels la présence de la musique dans le restaurant, le jardin tenu par les propriétaires, la tire d'érable refroidie sur la neige, même en été, ou encore l'intégration des produits de la Côte-Nord dans les plats mitonnés par le chef.
« Il s'agissait de capter l'essence de Chez Mathilde et nous voulions que ce document résiste au passage du temps, tout en faisant connaître Jean-Sébastien à l'échelle nationale. Il n'est pas médiatisé, ce qui découle de l'éloignement de Tadoussac et du fait qu'avant cette année, son établissement n'était pas présent sur internet. Il faut que les Québécois prennent conscience de l'existence de cet homme », énonce Simon Philippe Turcot.
Des recettes sont donc présentées dans la dernière portion du livre, sans toutefois prendre le pas sur l'humanisme que laissent filtrer les chapitres précédents. On voit vivre la famille, le personnel, le restaurant lui-même, avant de prendre un bain de Tadoussac par l'entremise de vignettes qui n'ont rien de touristique. La Pointe de l'Islet, la Pointe Rouge, la vieille chapelle, les dunes, sont montrées de façon originale par Sophie Gagnon-Bergeron. Ses gros plans de pierres et de souches, entre autres, sont si beaux qu'on voudrait en faire des tableaux.
Elle a aussi capté la vie du restaurant en temps réel, la joie qui émane des membres de l'équipe, la touche finale apportée à une assiette, la douce mélancolie qui imprègne le dernier soir de la saison, prélude aux mois d'hibernation. « La première chose qu'on m'a demandée, c'était d'illustrer l'euphorie intangible. J'ai donc épousé le parti-pris du documentaire », fait observer la photographe.
Une autre de ses priorités fut de rechercher des analogies entre les plats et le paysage, histoire de respecter les thèmes définis par Simon Philippe Turcot: la nature, le territoire, les humains, les collaborateurs du restaurant, l'expérience culinaire. C'est ainsi qu'en refermant le livre, on a le sentiment de connaître ce couple qui a choisi d'inventer sa vie, de créer de la beauté, de joyeux souvenirs, des moments de réelle complicité, sans même avoir eu la chance de le côtoyer.
À défaut de leur rendre visite à Tadoussac, La Peuplade offre l'opportunité de rencontrer Jean-Sébastien Sicard et Mireille Perron, de même que Simon Philippe Turcot et Sophie Gagnon-Bergeron, aujourd'hui à 10 h 30. Un déjeuner-causerie réunissant les artisans du Festin de Mathilde  se déroulera à la librairie Les Bouquinistes. C'est ouvert à tous et l'accès est gratuit.