Judith Bérard avait deux créations à soumettre à l'attention du public, hier, lors de son passage au Saguenay. En plus de son nouvel album, la chanteuse a présenté l'huile d'olive produite sur la ferme que possède son mari en Italie, le compositeur et producteur Romano Musumarra.

L'heure des retrouvailles a sonné

Judith Bérard est connue en pointillé, d'une certaine manière. Certains se souviennent de l'avoir vue à la télévision, dans les séries Scoop et Lance et compte. D'autres, sans doute plus nombreux, gardent en mémoire ses performances dans des comédies musicales telles que Starmania, Jeanne La Pucelle et Notre Dame de Paris.
La plupart des gens n'ont retenu que le nom, toutefois, et la principale intéressée reconnaît que son profil s'est érodé au Québec. Loin de s'en offusquer, elle réalise que sa décision de vivre en Europe, aux côtés du compositeur et producteur Romano Musumarra, a créé un certain éloignement. C'est pour ça que la sortie de l'album Tant qu'on rêve tombe à point nommé. L'heure des retrouvailles a sonné.
« Il y a des moments où j'ai eu peur de revenir. Je craignais que les gens m'aient oubliée et c'est grâce à Romano que ce projet a vu le jour. Il m'a constamment ramenée dedans, alors que je n'osais pas réaliser mon rêve. En fin de compte, ça s'est replacé et j'ai même créé une maison de disques », a souligné la chanteuse, hier, lors de son passage au journal.
Le nouvel encodé fait écho à son goût pour les comédies musicales. On y entend ses airs favoris, dont certains qui ne lui étaient pas destinés. Ça commence avec un extrait de Mozart, Vivre à en crever, dont les arrangements se révèlent élégamment musclés. On passe ensuite à S.O.S., l'hymne de Starmania qu'elle associe à son partenaire Bruno Pelletier, puis à la pièce-titre de Jeanne La Pucelle.
Pour sélectionner les compositions, parmi une liste dangereusement longue, Judith Bérard et Romano Musumarra ont écouté des versions toutes simples, genre piano-voix. Quand c'était à leur goût, ils passaient à l'étape de la production. Les pistes ont été gravées dans le studio aménagé sur la ferme que possède le compositeur en Italie, plus précisément à Orvieto. Lui et la Québécoise y vivent depuis 2005.
De doux moments
L'objectif derrière Tant qu'on rêve ne correspond pas aux modèles d'affaires habituels. Il ne n'agit pas d'une tentative de squatter le palmarès, ni d'effectuer une tournée des salles de 800 places. Ce disque s'apparente plutôt à une carte de visite, le doux rappel des beaux moments vécus depuis ce jour de 1993 où Luc Plamondon lui a proposé le rôle de Crystal dans Starmania.
Ce fut un épisode décisif, puisque la jeune femme a trouvé le médium idéal pour canaliser son goût pour la chanson et la comédie. En même temps, ça représentait un excellent véhicule pour mener une carrière qui soit à la fois longue et satisfaisante, quitte à s'effacer derrière ses personnages.
« Je voulais que ça dure tout le temps, le métier, et je ne regrette pas d'avoir choisi de devenir une sorte de troubadour, plutôt qu'une vedette. Je me suis investie dans des projets qui m'ont fait grandir », énonce Judith Bérard. Même hors de la scène, elle a vécu de belles expériences, comme ce cours de chant suivi en Italie, où elle réside depuis dix ans. Il aurait bonifié sa voix pour la peine.
Toujours dans la patrie de son conjoint, la Québécoise a assisté à l'éclosion du ténor Vittorio Grigolo, devenu une star de l'art lyrique. Il a enregistré son premier album à Orvieto, dans le studio qui a vu naître Tant qu'on rêve. « Nous avons aussi chanté ensemble », indique-t-elle.
Judith Bérard a aussi redécouvert le charme des petites salles, à l'occasion de spectacles donnés dans des bars d'Orvieto et des environs. Ce projet initié pour le plaisir lui a permis d'interpréter des chansons françaises qui, là-bas, conservent une certaine aura. « Ça m'a fait du bien », confie l'interprète, qui souhaite reprendre cette formule en mai, à la faveur d'une tournée québécoise.