Mariane Tremblay présente une oeuvre intitulée Nuit étoilée, laquelle consiste en un coussin rendu brillant par ses soins, grâce à d'innombrables perles cousues sur le tissu. Il supporte un cube renfermant les restes d'une paruline.

Les visions d'une Jeannoise

Derrière une exposition se cache souvent la vraie vie, un phénomène qu'on peut vérifier à l'Espace Virtuel, un lieu de diffusion associé au Centre Bang. Situé au Cégep de Chicoutimi, il abrite une production de la Jeannoise Mariane Tremblay, Témoin oculaire, dont la genèse remonte à sa tendre enfance.
«Ça part du fait que je suis témoin de manifestations qui m'apparaissent parce que j'observe beaucoup, dans une attitude proche de la contemplation. Je compense ainsi pour le problème de vision avec lequel je dois composer depuis ma naissance: l'hypermétropie. Sans lunettes, tout est flou, de proche comme de loin», décrit la jeune femme.
Des stores qui bougent sous l'effet de la chaleur deviennent quasiment enchantés. Elle a le sentiment qu'ils pianotent, comme sur le film qui accueille les visiteurs. Idem pour les bidons de lave-glace flottant sur la piscine de ses voisins. Eux aussi font l'objet d'une projection ayant pour titre Le lac des cygnes.
Quatre photographies captées dans le temps des Fêtes - leur teinte bleutée est causée par des lumières de Noël - sont projetées dans la salle principale. Elles intriguent les gens, qui assimilent à des fossiles les traces que laisse voir le sol enneigé. Certaines ont été créées par des pattes d'oiseaux, d'autres par le froissement des ailes.
Clou de l'exposition <em>Témoin oculaire</em>, cette installation de Mariane Tremblay comprend la photographie d'une grange du Lac-Saint-Jean trouvée sur Google Map, ainsi que deux paratonnerres.
Ce dessin représentant une luciole a été créé par Mariane Tremblay. Elle l'a placé sous une loupe afin de montrer comment les verres peuvent déformer une image.
Un autre lien avec les problèmes de vision de Mariane Tremblay émane de quatre loupes sous lesquelles on trouve des dessins représentant des lucioles, ainsi que du vinyle comme celui qu'on pose au fond des piscines. «Ça montre comment les verres correcteurs déforment l'image», explique l'artiste.
Un peu plus loin, près de jolis dessins montrant, entre autres, une auréole, elle a placé un cube blanc sur un coussin bleu. Cette oeuvre baptisée Nuit étoilée est étonnante à plus d'un titre. Le cube abrite les restes d'une paruline, en effet, tandis que le coussin brille en raison des innombrables perles cousues par la Jeannoise.
«C'est un exercice de patience et la brillance des perles fait écho à une nuit étoilée. On pense aux coussins qui servent à transporter une couronne, ce qui illustre le fait qu'à mes yeux, le cube est précieux», fait observer Mariane Tremblay.
Dans la salle du fond, par ailleurs, une installation ajoute un élément biographique, alors qu'on voit une photo émanant de Google Maps. Elle montre une grange délabrée qui se trouve sur une terre cultivée jadis par le grand-père de l'artiste, à Saint-Eugène d'Argentenay.
À quelques pieds de cette image, deux tiges de métal sont fixées à l'horizontale, sur des murs opposés. Ce sont des paratonnerres qui, normalement, étaient fixés à une boule dont l'éclatement trahissait le passage d'un éclair. Un dessin en montre une, justement, en train de se briser.
«Ça m'a fait de quoi de voir la grange en train de s'effacer sur la photographie. La boule symbolise le clash des époques, le patrimoine qui se dégrade», souligne Mariane Tremblay, dont l'exposition est à l'affiche jusqu'au 29 octobre.