Le réalisateur Martin Scorsese.

Les traditions

C'est le retour au travail après la relâche du temps des Fêtes. Déjà loin dans le cours des événements, Noël et le jour de l'An demeurent les seules traditions profondément ancrées dans l'imaginaire collectif. Mais les autres volent en éclats.
Notre vieille Terre est entrée dans l'ère multicolore. Quelles en seront les couleurs dominantes? Les paris sont ouverts. Les «messes de minuit» résistent à cette évolution. Les églises étaient aussi remplies aux messes célébrées durant toute la soirée qu'à la solennelle entonnée sur le coup de minuit.
Partout, le spectacle était édifiant. Les réjouissances qui entouraient la commémoration de la nativité, en 2013, me sont toutefois apparues bien différentes des dernières années. Au réveillon, on se regroupait toujours, jusqu'à un passé tout récent, autour d'un bon repas, mais la montagne de cadeaux formée devant le sapin de Noël ressemblait plutôt dans nombre de foyers, en 2013, à une butte. Les jouets destinés aux enfants dominent toujours, mais les échanges de présents entre adultes sont plus modestes.
Le jour de l'An se transforme de plus en plus en étape planétaire. Je me rappelle des déplacements nombreux que nécessitait, jadis, l'échange des voeux. Après la messe et le déjeuner familial, nous allions à l'hôtel de ville où le maire et les conseillers attendaient la population. Puis c'était la visite à l'Évêché où, pour la seule fois de l'année, le pasteur du diocèse recevait avec cordialité les membres de la communauté catholique. Une journée épuisante qui prenait la forme d'une corvée agréable.
L'Infoman
Aujourd'hui, le passage d'une année à l'autre est essentiellement célébré devant la télévision. De toutes les émissions axées sur cet événement, j'ai préféré la revue de l'année d'Infoman.
Elle était épurée des balivernes qui servent parfois de remplissage à la projection hebdomadaire. Jean-René Dufort a même réussi à nous surprendre lors de sa visite impromptue au maire Jean Tremblay, l'une de ses cibles politiques favorites. Notre premier magistrat lui a exhibé le vêtement et le casque qu'il revêtira lorsqu'une nouvelle catastrophe frappera sa ville.
La projection, aux premiers jours de l'année, du film le plus attendu s'insère parmi les traditions modernes.
Celui de 2014, Le loup de Wall Street, est projeté depuis les derniers jours de la dernière année dans les principales salles de la région. Il s'agit d'un document romancé sur la dernière crise boursière qui a coûté des millions d'emplois à travers le monde.
Le loup de Wall Street
Le réalisateur Martin Scorsese ne nous épargne aucun des excès qu'inspire l'accès à l'argent trop facilement gagné. Je n'ai jamais vu une telle dépravation. Ces vendeurs de rêves, de sociétés bidon, de «papiers commerciaux» ont volé des sommes colossales à tous les investisseurs qui ont commis l'erreur de leur prêter une oreille attentive. Leur maître, le courtier déchu Jordan Belfort, qui se vante d'avoir arraché à ses victimes jusqu'à 50 millions$ en commissions frauduleuses durant une seule année, est superbement interprété par Leonardo DiCaprio.
C'est ce même comédien qui avait touché tant de coeurs par sa générosité dans Le Titanic, le film sur le naufrage du célèbre bateau retransmis, hier soir, à la télévision. Le loup de Wall Street trace le portrait d'une société décadente où des gens riches carburent aux drogues et à une luxure bestiale.
La tradition la plus immuable, c'est celle des augmentations d'impôt. Les gouvernements la vénèrent avec avidité. C'est l'occasion de combler, partiellement du moins, les trous que l'application de leurs promesses électorales irréalistes et leur mauvaise administration (pensons à la commission Charbonneau) creusent constamment.
Ces hausses de l'effort fiscal sont la plus grande source d'inquiétude des contribuables de la classe moyenne. Elles dépassent souvent l'inflation comme celles de la Régie des rentes du Québec (5,175%) et d'Hydro-Québec (5,8%) alors que le revenu d'un nombre croissant de travailleurs et de retraités est figé depuis que l'économie tourne au ralenti.