Les tabous de la campagne

Il y a des sujets dont on ne parle pas en campagne électorale. Comme l'extraordinaire complexité des rapports d'impôt, qui nous rend otage des comptables et autres service de «fiscologie appliquée». Est-ce normal que nous en remplissions deux et que même la ligne «revenu brut» diffère de l'un à l'autre? Qu'il faille payer un logiciel ou un spécialiste pour cette relation toute simple que tout citoyen doit avoir une fois par an avec son gouvernement? Et comme ce dernier sait tout de nous, et a tous nos relevés en main, pourquoi n'envoie-t-il pas aux simples salariés un rapport pré-rempli qu'ils n'auraient qu'à signer? Certains pays le font. Mais ces trivialités sont indignes des politiciens en campagne!
Nouvelle taxe
Passons aussi sous silence la taxe de 3 cents par litre d'essence qui nous frappera en janvier. Tous les partis sont d'accord, motus et bouche cousue. Les compagnies de transports devront acheter des crédits à la bourse du carbone de la Californie, et nous refileront la facture. Le gouvernement empochera 500 millions et chaque fois qu'il en voudra plus, il n'aura qu'à augmenter les objectifs de réduction des gaz à effet de serre, obligeant les compagnies à acheter plus d'actions, plus chères. On enrichira la Californie et sous prétexte de vertu écolo, le gouvernement nous spoliera.
Est-ce que ce sacrifice en vaut la peine alors que la Chine et l'Inde polluent sans vergogne à plein ciel? Sans compter que le GIEC, l'organisme de l'ONU qui prêche l'apocalypse climatique, commence à nuancer: le réchauffement planétaire n'est pas au rendez-vous. De plus, un physicien français agréé par le GIEC vient de démontrer scientifiquement l'absurdité de la lutte au carbone. N'en parlons pas. Soutirons quelques millions aux citoyens, et jasons charte et référendum.
On ne parle pas non plus des compagnies de cartes de crédit qui saignent les PME avec leur pourcentage obligatoire et piègent les jeunes en distribuant les cartes avec légèreté. Ni des banques et caisses qui abusent des frais de service. Ni des faillites suspectes, et de la facilité déconcertante avec laquelle une entreprise mal prise peut esquiver ses dettes et se relancer, laissant exsangues les petits créanciers, qui épongent les erreurs des plus gros.
On n'a pas apostrophé non plus les candidats sur l'inversion du consentement au don d'organes qui sauveraient des vies, sur Télé Québec, qui vivote sans rendre justice à sa mission de couvrir les régions. On n'a pas débattu de la multiplication des carrefours giratoires, des limites de vitesse factices et irréalistes qui font de tous des délinquants routiers. Ni de l'utilisation abusive de certains photos-radars. On a à peine effleuré la question du co-voiturage, sans plans précis.
Plus cher
On n'a pas discuté du manque de places en garderie, malgré leurs 15 ans d'existence, de l'escalade inexorable des coûts d'un système pourtant inadapté à bien des familles.
On n'a pas parlé des pénuries suspectes de médicaments, du prix devenu astronomique de l'assurance obligatoire, des tonnes de pilules que nous payons sans les consommer parce que le médecin en prescrit plus que nécessaire pour nous éviter une course au rendez-vous. Ni de l'assurance autonomie qui coûtera sûrement le double des prévisions.
On ne s'est pas demandé si le Conseil du statut de la femme est encore nécessaire, comme d'autres organismes utiles, mais pas essentiels. On n'a pas questionné les parachutes dorés, les allocations de départ des élus qui quittent avant terme ou des grands mandarins dont on ne renouvelle pas le mandat. Ni les amis du pouvoir qui trouvent refuge sur la liste de paye des contribuables.
Je veux juste un peu d'oxygène, moins de taxes et d'impôt, des tarifs stables et indexés. Je veux qu'on cesse de me punir parce que je gagne ma vie et celle de ma famille.
Je voterai le 7 avril; par dépit et par défaut, en ronchonnant sur ces sujets tabous savamment esquivés durant 33 jours.