Les policiers et la Ville: un dialogue de sourds

Le bras de fer qui s'est amorcé entre la Ville de Trois-Rivières et ses pompiers et policiers n'est pas à la veille de se conclure. Les syndiqués n'ont pas l'intention d'accéder aux demandes des élus et continueront leurs moyens de pression.
Visiblement, les deux parties sont engagées dans un dialogue de sourds. D'un côté, le syndicat clame haut et fort qu'il est amplement dans son droit de manifester son mécontentement, puisque le projet de loi aura des répercussions, quoi que moins importantes qu'ailleurs au Québec, sur le régime de retraite de ses membres. De l'autre, on maintient que rien dans la convention collective ne permet aux travailleurs d'apposer des autocollants sur les autopatrouilles et les camions de pompiers, ou encore de revêtir des pantalons de camouflage pour les policiers.
Une firme privée procédera ainsi au nettoyage des voitures dès la fin de la semaine, confirme le porte-parole de la Ville, Yvan Toutant. La facture se retrouvera dans la boîte aux lettres du syndicat. «Ce que l'on dit, c'est que ce qu'ils font est illégal. On juge que ce n'est pas aux citoyens de payer la facture. Nous ne sommes pas en discussions pour une convention collective. Nous, c'est réglé.»
Le président de l'Association des policiers et pompiers de la Ville de Trois-Rivières, Louis Lesage, ne voit pas en quoi les moyens de pression exercés par ses membres sont inappropriés.
«Lorsqu'une convention collective prend fin, elle se continue en attendant une nouvelle entente. Pourtant, nous pouvons apposer des autocollants», maintient-il.
«Il y a déjà une entreprise privée qui s'occupe de nettoyer les voitures. Que vont-ils faire? Charger 30 secondes de plus? La Ville, plutôt que de s'entêter à enlever les autocollants, devrait se virer de bord et faire des pressions auprès du gouvernement pour apporter des nuances à cette loi», croit le président du syndicat.
Celui-ci trace un parallèle entre ce dossier et celui de l'agent Jason Dubé, qui risquait d'être congédié à la suite d'un accident de travail. Les policiers avaient manifesté leur mécontentement en portant des brassard, ce que la Ville condamnait. La Commission des relations du travail avait finalement donné raison aux policiers.
«La charte nous donne le droit de manifester, de se faire entendre et voir. Nous ne pouvons pas toucher aux services aux citoyens, et nous n'avons pas l'intention de le faire», maintient M. Lesage.
Des sanctions individuelles ne sont pas à prévoir contre les policiers qui apposeraient des étiquettes sur les voitures, puisqu'il est plus complexe d'identifier un coupable. «C'est sûr que c'est difficile. C'est pourquoi on leur dit de les enlever sinon nous allons envoyer une facture au syndicat. Nous ne ferons pas de chasse aux sorcières», clame le porte-parole de la Ville.
Les pantalons, un dossier qui se poursuit
En plus des autocollants, le port de pantalons de camouflage par les agents ne fait pas plaisir aux élus, qui comptent sévir à ce sujet. Les mesures punitives n'ont toutefois pas encore été décidées.
«Ça rend les citoyens insécures, mentionne M. Toutant. En plus, c'est la saison du tourisme et certains se demandent s'il s'agit de l'armée, d'une milice ou de policiers, ce n'est pas normal.»
Louis Lesage laisse toutefois entrevoir que le syndicat ne restera pas les bras croisés si certains membres étaient pénalisés et que les moyens de pressions seront accentués.