Les élèves de l'école Marguerite-Belley de Jonquière étaient attentifs, lors de la projection du film Les enfants de dieu. Ils participaient alors à une activité organisée par le festival Regard sur le court métrage au Saguenay.

Les enfants transportés

Leurs pieds ne touchaient pas à terre, mais leur esprit était rendu loin, à des milliers de kilomètres de l'écran tendu dans le gymnase de l'école Marguerite-Belley de Jonquière. Ces enfants assistaient à une projection organisée par le festival Regard sur le court métrage au Saguenay, à la faveur du volet scolaire. Au programme: le film Les enfants de dieu, qui se déroule en Irak.
Le héros, Mohammed, n'a plus de jambes, mais son coeur est grand comme le désert. Pour faire bonne impression auprès d'une fille, il effectue un pari audacieux en faveur de l'équipe féminine de soccer dont elle garde les buts. Si le groupe perd contre les garçons, il se séparera de ses photos d'équipes célèbres, dont celle du Real Madrid.
Le court métrage d'une dizaine de minutes est sous-titré, mais qu'importe. Les petits Jonquiérois ont les yeux scotchés sur l'écran. Ils voient le personnage principal se déplacer à l'aide de ses bras, au-dessus du mur de béton d'où il observe le match. Les filles résistent vaillamment, mais voici qu'un penalty donne l'avantage aux garçons. On a le goût de crier, comme Mohammed, que l'arbitre est vendu.
Cette histoire est universelle, mais un détail livré à la toute fin trahit la réalité de l'Irak post-Saddam. Quand le garçon demande à son amie si elle regardera un match à la télévision, elle dit non. «Aujourd'hui, nous n'avons pas l'électricité", explique la fillette en poussant un fauteuil roulant tellement usé que chez nous, il n'aurait d'avenir qu'à la ressourcerie.
«Avez-vous trouvé des points de ressemblance entre le film et votre réalité à vous?», demande la directrice du volet jeunesse, Sylvie Poisson, aux 66 écoliers rassemblés dans le gymnase. «Les filles se font agacer», répond une petite voix perdue au coeur du groupe. Il n'est pas question d'élaborer, cependant, puisque le deuxième court métrage, La coupe, va atterrir sur l'écran.
C'est l'occasion de mesurer le pouvoir d'attraction des films sélectionnés par Regard, puisque l'image est sombre. Elle montre une fillette s'apprêtant à couper les cheveux de son paternel, un homme doux qui, manifestement, l'adore. L'enfant, qui est un brin ratoureuse, va lui grafigner le coeur en demandant la permission de visiter une amie au lieu de rester avec lui.
Malgré l'éclairage déficient, qui confère à ce film une esthétique proche du théâtre d'ombres, les écoliers sont demeurés attentifs tout du long. Assis sur leurs propres chaises, sorties de la classe pour être posées sur le plancher en terrazzo, ils étaient quasiment immobiles, mais c'était, bien sûr, un état transitoire.
D'autres films, plus faciles à apprécier, faisaient en effet partie de la séance. Paulie, par exemple, qui met en scène une "bolle" frustrée de voir un tricheur couronné à sa place, mais surtout Mr Hublot, un court métrage d'animation couronné dimanche dernier, au gala des Oscar.
Cette production charmante, qui s'articule autour d'un homme vivant dans un environnement hyper-contrôlé, fut l'une des plus appréciées. Les pattes des enfants se sont mises à bouger, signe qu'ils étaient gagnés par le rythme effréné de ce film qui fait penser à ceux de Nick Park, le génie derrière la série Wallace et Gromit.
Leurs applaudissements vigoureux ont donné raison à la direction de l'école, qui invite Regard à projeter des courts métrages depuis plusieurs années, pendant les heures de cours. "Ça faisait longtemps que les élèves me demandaient à quel moment on verrait les films. Ils m'en parlaient depuis le début de l'année», a raconté l'enseignante Chantale Gilbert au cours d'une entrevue accordée au journal.
S'ils ont un faible pour les films d'animation, les jeunes affichent une ouverture d'esprit que pourraient leur envier maints adultes. Même les histoires pas drôles du tout arrivent à les captiver, comme celle sur l'intimidation projetée il y a deux ans. «Les enfants pleuraient. Ils voulaient savoir si c'était de la fiction. Ça les avait vraiment touchés», rapporte Chantale Gilbert.
Pour elle aussi, la session annuelle constitue un moment privilégié. S'appuyant sur les documents fournis par le festival, l'enseignante anime une discussion qui prolonge l'impact de la séance. «On revient sur chacun des films et ça aide les jeunes à développer leur curiosité, ainsi que leur esprit critique», fait-elle valoir.
Dcote@lequotidien.com