Le nouvel album de Julie Boulianne a été enregistré avec le claveciniste Luc Beauséjour, ainsi que l'ensemble Clavecin en concert. Il a pour titre Handel et Porporaet constitue son premier projet chapeauté par Analekta.

Les deux maîtres et la chanteuse

Oubliez la rivalité entre les Beatles et les Rolling Stones ou celle qui opposait Beau Dommage à Harmonium. Ne croyez pas, non plus, que Musique Plus a inventé quelque chose avec son Combat des clips. Il y a plus de deux siècles, des musiciens étaient engagés dans une bataille autrement plus féroce. L'Allemand Handel et l'Italien Porpora se disputaient les faveurs du public londonien.
Le premier était appuyé par la Royal Academy of Music et, partant, la famille royale. L'autre compositeur, lui, avait suscité l'adhésion de quelques personnalités d'affaires qui lui ont donné pour écrin l'Opera of the Nobility. C'est l'histoire de ce duel musical que relate le nouvel album de la mezzo-soprano Julie Boulianne, Handel et Porpora.
Il s'agit du premier d'une série d'enregistrements effectués sous le parapluie d'Analekta. L'artiste originaire de Dolbeau-Mistassini interprète neuf airs en compagnie du claveciniste Luc Beauséjour et de l'ensemble Clavecin en concert. Les notes ont été mises en boîte en juin 2013, à l'église Saint-Benoit-de-Mirabel.
«Nous voulions faire quelque chose de différent et nous avons regardé du côté des castrats, dont le répertoire se situe à l'intérieur de mon registre. Ça nous a permis d'aborder le travail de deux compositeurs importants», a expliqué Julie Boulianne il y a quelques jours, à l'occasion d'une entrevue téléphonique accordée au journal.
Elle raconte que Porpora écrivait ses oeuvres en prenant soin d'accommoder les grands castrats de son époque. Il leur offrait un canevas à partir duquel ils avaient la liberté de broder, alors que les partitions de Handel, qui lui sont familières depuis belle lurette, comportent un plus grand nombre d'indications.
«Pour amorcer ma collaboration avec Analekta, j'avais en tête un disque Handel, alors que la compagnie envisageait différents projets avec Luc Beauséjour. C'est comme ça qu'on nous a offert de travailler ensemble, une expérience que j'ai beaucoup appréciée. Les trois jours à l'église ont été un charme», décrit la mezzo-soprano.
Pour s'en convaincre, il suffit de visionner un vidéo réalisé pendant les séances d'enregistrement. On voit Julie Boulianne chanter avec son corps, autant qu'avec sa voix et elle confirme que ces images ont été captées dans le feu de l'action, qu'il ne s'agit pas d'une simulation. «On a vécu de très beaux moments. Parfois, c'était comme dans un concert», rapporte la Jeannoise.
Elle croit que l'atmosphère qui régnait dans l'église a rejailli sur l'album, qui a également profité de la tenue d'un concert à la mi-mai, à la chapelle Bonsecours. Le défi était particulier, puisqu'il fallait trouver un angle intéressant pour faire du Handel, dont le répertoire est plus fréquenté le boulevard Talbot un samedi après-midi, tout en apprivoisant Porpora.
«Pour se distinguer avec Handel, on doit y aller avec son coeur, répond Julie Boulianne. Quant à Porpora, j'ai été contente de l'aborder. À certains moments, pendant les séances, on en a mis beaucoup.» Elle apprécie le fait que chaque disque comporte son lot de leçons et se sent de plus en plus à l'aise dans ce contexte.
«Tout est différent en studio: le stress, la concentration et la voix, énonce la mezzo-soprano. Or, ça prend un certain temps pour connaître sa voix, pour savoir ce qui sonne bien sur un enregistrement, comparativement à la scène.» Elle aura d'autres occasions d'apprivoiser ce médium, puisque l'entente avec Analekta prévoit la mise en marché d'un certain nombre d'albums.
«Il faut que je produise», lance Julie Boulianne avec un sourire dans la voix.