Philippe Couillard

L'énigmatique Bleuet

Philippe Couillard est une énigme politique. Montréalais d'origine, il demeure à Saint-Félicien depuis 2002 avec sa nouvelle compagne, Suzanne Pilote, dans un ancien gîte dressé sur les rives de l'Ashuapmushuan. Élu député d'Outremont le 9 décembre dernier, il a pris l'engagement d'affronter, à la prochaine élection générale, le péquiste Denis Trottier qui, tout comme lui, n'a jamais connu la défaite.
Dans Roberval, le débat sera axé sur l'exploitation forestière. Denis Trottier a profité de l'avantage que lui confère son rôle d'adjoint parlementaire au ministère des Ressources naturelles pour prendre l'offensive. Il a regroupé, à "son" Rendez-vous de la forêt québécoise, tenu à Saint-Félicien les 21, 22 et 23 novembre dernier, les principaux intervenants industriels et politiques de cette activité économique majeure, dont Richard Garneau, de Résolu, Denis Lebel et Philippe Couillard.
Greenpeace attaque
Quant à la première ministre Pauline Marois, elle a profité de l'occasion pour annoncer l'injection de 430 millions$ dans un éventail d'initiatives destinées à relancer l'industrie, dont 150 millions$ pour des travaux sylvicoles. Mais Greenpeace a renié sa parole. Son directeur Nicolas Mainville a retiré à Résolu le certificat FSC (Forest Stewardship Council), décrétant ainsi l'élimination de centaines d'emplois. Simplement parce que d'importants clients refuseront d'acheter des produits provenant d'aires protégées ou habitées par le caribou forestier.
L'attitude du mouvement écologiste indigne Philippe Couillard. Au Cercle de presse du Saguenay, jeudi dernier, il martelait que le Québécois forestier et sa famille sont plus importants que les quelque 2500 caribous qui circulent dans les parterres de coupe de la forêt boréale. L'espèce n'est pas menacée puisque l'essentiel du troupeau, soit plus de 7500 têtes, vit au-delà de la limite nordique où l'exploitation industrielle est interdite.
Le Saguenay-Lac-Saint-Jean a déjà suffisamment contribué aux efforts de conservation de la ressource depuis l'application des recommandations de la Commission Coulombe. La région a perdu des milliers d'emplois. Les gouvernements et Greenpeace seraient mieux inspirés en surveillant davantage les assauts à l'environnement commis dans les zones riveraines des grandes agglomérations urbaines.
Les gardiens de la nature ferment les yeux quand les médias exhibent des plaies ouvertes. Il est évidemment beaucoup plus facile de toujours frapper sur Résolu et les travailleurs de la forêt. «Le développement durable comprend, rappelle Philippe Couillard, l'environnement, l'économique et le social. Le PQ semble figer sur le premier élément.»
L'énergie propre
Le chef libéral a profité de cette dernière présence au Cercle de presse pour insister sur l'avantage considérable que confère à notre industrie de l'aluminium l'utilisation d'une énergie propre, l'hydroélectricité. Ailleurs, notamment en Chine, la production du métal gris est une activité extrêmement polluante parce que l'énergie provient du charbon ou du pétrole. Les dirigeants de Rio Tinto Alcan sont convaincus, a-t-il confié, que les gouvernements et les grands acheteurs seront de plus en plus sensibles à la nécessité de réduire les émissions des gaz à effet de serre. Le discours est bien connu, mais il n'émeut toujours pas les dirigeants de la planète.
Philippe Couillard s'exprime généralement sur le ton de la confidence comme un professeur d'université... à l'exemple notamment d'un Gérard Bouchard. Son langage est clair, les mots appropriés surgissent aisément. Il n'a rien du politicien classique, fort en gueule, qui torpille ses rivaux avec des expressions assassines citées au Téléjournal de 22 heures. «Je suis poli, répond-il à ceux qui lui reprochent son ton trop serein, mais je peux être tough, ajoute-t-il avec le sourire. Vous le constaterez à mon retour à l'Assemblée nationale, mardi prochain (le 11 février).»
S'il devient premier ministre, rétablira-t-il les crédits d'impôt sur la masse salariale instaurés par le gouvernement de Lucien Bouchard pour aider les PME en régions? Non, mais il allégerait financièrement le coût de l'éloignement des grands marchés et il imaginerait des stimulants à l'exportation.