Lu Guang

Le World Press vu par Jeannot Lévesque

L'oeil du photographe ne s'allume pas seulement derrière une caméra, ainsi que l'a remarqué l'auteur de ces lignes jeudi, à La Pulperie de Chicoutimi. Visiter l'exposition du World Press Photo avec le collègue Jeannot Lévesque, un vétéran de la photo de presse, permet de jeter un regard différent sur les clichés primés cette année.
«Il y a beaucoup de Chinois, beaucoup d'Italiens aussi», fait remarquer Jeannot à propos de la cuvée 2015. Parmi ceux qui l'ont impressionné, on note Yong Zhi Chu, auteur d'une photographie en noir et blanc captée dans les coulisses d'un cirque. Un macaque adossé à un mur jette un regard apeuré sur son dresseur, dont on ne voit pas la tête.
«Le cadrage est très intelligent», signale Jeannot. Un peu plus loin, le voici devant une image captée par un autre Chinois, Cai Sheng Xiang. «L'ouverture de la caméra devait être fermée au maximum. On dirait un tableau», commente-t-il à propos de la photo montrant un marché en plein air où vendeurs et animaux sont disséminés entre les arbres.
La Chine, c'est aussi la pollution, illustrée par une série de clichés créés par Lu Guang. L'un d'eux fait voir une usine grise devant laquelle se dressent des moutons gris plantés là pour faire «cute». «On ne sait pas si c'est des vrais ou des faux. Je trouve ça surréaliste», laisse échapper Jeannot.
Juste à côté, une image très dure captée par le même homme: un type achève de creuser le trou dans lequel sera glissé un bébé emmailloté qui repose à même le sol. «La représentante du World Press croit qu'il faut l'éclairer davantage», note Jeannot. Il semble que cet enfant a été victime de malformations causées par la pollution.
<p>Jérôme Sessini</p>
Côté italien, la photographie de Massimo Sestini consacrée à des réfugiés voguant au large des côtes libyennes l'interpelle. On dirait une cuillère pleine à ras bords, un concentré d'espoir et de crainte dont le destin s'annonce plus qu'incertain. «Ça pète, cette image. Les réfugiés, c'est de ça dont tout le monde parle», énonce Jeannot.
Deux visions de l'Ukraine
Un autre nom à résonnance italienne, celui du Français Jérôme Sessini, accompagne une série traitant du drame vécu dans le ciel de l'Ukraine, lorsque des rebelles pro-russes ont abattu un avion de la Malaysian Airlines. Une image captée dans un champ de blé frappe de plein fouet, celle d'un passager reposant sur le sol, toujours fixé à son siège.
On remarque également celle qui montre un prêtre orthodoxe tendant un crucifix devant un policier portant un bouclier, à l'occasion d'une manifestation tenue dans la même région. «Ça illustre le thème du pouvoir versus la religion», fait observer Jeannot.
Parlant de manifestation, celle qui s'est déroulée à la Place Taksim, à Istamboul, a fourni un beau sujet à Bulent Kilic, l'un des photographes de presse que Jeannot respecte le plus. «C'est la troisième fois que ce gars-là gagne au World Press», précise-t-il.
<p>Sergei Ilnitsky</p>
Le sport a aussi droit de cité et parmi les images présentées à La Pulperie, deux ont accroché l'oeil de Jeannot. «Celle-là, c'est parce que Lionel Messi est mon joueur favori», confie-t-il en montrant un cliché du Chinois Bao Tailiang où l'Argentin toise le trophée qui vient de lui échapper, son équipe ayant perdu contre l'Allemagne au Mondial de soccer.
Dans un genre différent, la série du Russe Sergei Ilnitsky montrant des skieurs nimbés de lumière l'a séduit. «J'aime ce travail artistique. C'est beau», estime le photographe du Quotidien. En revanche, le cliché montrant un attrapé du joueur de football Odell Beckham le laisse froid: «Je ne comprends pas. On peut en faire des pareils aux matchs de Cougars.»
Dans la catégorie Nature, enfin, la série de l'Allemand Christian Ziegler relative aux plantes carnivores le rend admiratif. «C'est impressionnant au niveau des couleurs», commente Jeannot. Ce n'est pas tous les jours qu'on voit des escargots et des fourmis cohabiter avec ces végétaux aussi jolis qu'inquiétants.