L'Usine Novelis à Jonquière a fermé ses portes en 2012.

Le terrain de l'ancienne Usine Novelis fortement contaminé

BPC, hydrocarbures pétroliers, métaux... Le terrain de l'ancienne Usine Novelis à Arvida, qui fabriquait des produits laminés en aluminium, présente un volume de 2173m3 de contaminants, soit l'équivalent approximatif de 260 «dix roues» de 15 tonnes. Et les eaux souterraines sont également contaminées.
Le directeur de la Chaire en éco-conseil de l'Université du Québec à Chicoutimi, Claude Villeneuve
«Un héritage empoisonné», convient le directeur de la Chaire en éco-conseil de l'Université du Québec à Chicoutimi, Claude Villeneuve.
L'Usine Saguenay de Novelis a fermé ses portes le 1er août 2012, plus de 155 travailleurs perdant leur emploi. Novelis avait six mois suivant la cessation des activités pour remettre une étude de caractérisation des sols au ministère de l'Environnement. L'entreprise a respecté cet engagement, assure le ministère. La réhabilitation devait quant à elle être réalisée «dans les meilleurs délais». Quatre ans plus tard, ces «meilleurs délais» ne semblent toujours pas être venus à échéance, la décontamination n'ayant pas débuté.
Novelis a fait parvenir un plan de réhabilitation du site au ministère le 20 septembre dernier. Le ministère doit maintenant évaluer le plan, avant que la décontamination ne débute.
Cancérigènes
Les sols présentent une contamination en hydrocarbures pétroliers C10-C50, en hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), en métaux et composé inorganique et en BPC. Les HAP sont particulièrement reconnus comme étant cancérigènes, le benzopyrène (un HAP) étant le principal contaminant cancérigène de la cigarette.
«Les HAP sont dangereux quand tu les respires, affirme Claude Villeneuve. Si le terrain est sec et venteux, les HAP peuvent être transportés. Il s'agit d'un cancérigène. C'est surtout dangereux quand tu le respires parce qu'il vient en contact avec les alvéoles pulmonaires et peut circuler dans le sang. Ensuite, le tout provoque des mutations qui mènent à des cancers. Les individus plus jeunes sont plus susceptibles d'avoir des problèmes parce que leurs cellules sont en multiplication. Les enfants, les femmes enceintes et les malades chroniques sont plus susceptibles aux contaminants que les adultes en bonne santé.»
Selon Claude Villeneuve, vivre à proximité du site est «plus ou moins inquiétant». «Disons que c'est comme traverser une discothèque en 1995!»
Les eaux souterraines présentent quant à elles une contamination en hydrocarbures pétroliers C10-C50, en HAP, en hydrocarbures aromatiques monocycliques (HAM) et en BPC. Les contaminants excèdent les critères réglementaires associés au zonage industriel et commercial (C). Les hydrocarbures pétroliers et les BPC seraient particulièrement présents.
Lorsque jointe par courriel, l'entreprise, dont le siège social est à Atlanta, n'a pas répondu.
Rio Tinto soutient avoir décontaminé lors de la vente
Le terrain de l'Usine Saguenay de Novelis recèle bien des surprises, dont la présence des fondations d'une ancienne usine de recherche expérimentale d'Alcan. L'Usine Deschênes a été en fonction de 1961 à 1967.
Rio Tinto assure avoir fait une caractérisation complète lors de la scission (spin-off) qui a permis à Novelis d'obtenir l'Usine Saguenay, en 2005. «À ce moment, il n'y avait aucune contamination notable. On avait déjà décontaminé par le passé. Nous nous sommes conformés à nos obligations», soutient la porte-parole de RT, Xuan-Lân Vu.
C'est Alcan qui opérait l'Usine Saguenay jusqu'en 2005. Auparavant, le terrain de la rue Fay avait eu une longue histoire.
L'Usine Deschênes, peu connue du public, utilisait un procédé expérimental alternatif pour passer directement de la bauxite à l'aluminium. Le chlorure d'aluminium gazeux était utilisé. Une source digne de confiance affirme que l'usine s'étendait sous terre sur l'équivalent de cinq étages et que le site aurait été recouvert de béton par Alcan quelque temps après la fermeture. Cette information n'a toutefois pu être confirmée par une source officielle.
Xuan-Lân Vu affirme que le procédé utilisé à l'Usine Deschênes présentait une complexité technique importante, liée à des températures et des coûts très élevés. «Pour ces raisons, la recherche expérimentale n'a pas été concluante», mentionne-t-elle.
Vente
Si Novelis décidait de vendre son terrain, l'acheteur serait soumis à certaines contraintes. Récemment, de nombreuses rumeurs ont circulé concernant l'intérêt qu'aurait RT pour le terrain. «Nous ne commentons pas les rumeurs», a dit Mme Vu à ce sujet.
Règle générale, si un acheteur exerce une activité autre que celle qui est présentement exercée sur un terrain, des obligations légales de caractérisation et de décontamination peuvent s'appliquer. «Il y a toutefois une vérification à faire, au cas par cas, en fonction du type d'activité nouvellement exercée par un acheteur (...)», écrit la porte-parole du ministère de l'Environnement, Sophie Gauthier.
C'est la cessation des activités qui se déroulent dans une usine qui oblige une entreprise à procéder à la caractérisation du site, comme l'a fait Novelis, et non la vente. «L'obligation prévue par la Loi sur la qualité de l'environnement (...) vise celui qui cesse d'exercer une activité visée par le Règlement.»
En bref
Intérêt
Au moins trois entrepreneurs de la région étaient intéressés à acheter l'usine, après la fermeture, selon nos informations. Novelis a toujours affirmé que le bâtiment n'était pas à vendre. L'usine contient cinq fours de 45 tonnes de capacité. «Pour entre 3 et 6 M$, on est capable de faire un centre de coulée parfaitement correct», mentionne une source qui ne veut pas être identifiée.
En tonnes
Chaque m3 de terre contaminée représente entre 1,5 et 2 tonnes de matière. C'est donc dire que près de 4000 tonnes de matériel contaminé se retrouvent dans le sol de l'Usine Novelis.
Surveillée 24/24
Le Progrès-Dimanche a effectué une courte visite à l'Usine Saguenay il y a deux semaines. Rapidement, un agent de sécurité est venu parler à la journaliste et au photographe. Des gardiens s'occupent de l'usine 24h/24, sept jours sur sept.
L'entreprise Véolia s'y rend d'une à deux fois par semaine pour amasser des échantillons d'eau, avons-nous appris. Le chauffage, minimal, permet par ailleurs de garder l'usine «opérationnelle».
Aqueduc
Les maisons et entreprises situées près de l'usine Novelis sont toutes desservies par l'aqueduc municipal et les sols du secteur sont de nature argileuse, ce qui constitue une barrière naturelle qui diminue le risque de migration des contaminants. Les risques de contamination par l'eau sont «très faibles», assure le ministère.
Critères
La plupart des contaminants dans les sols de Novelis excèdent le critère C, c'est-à-dire que leur quantité est si grande que le terrain ne pourrait même pas être utilisé pour un usage industriel. Quant à Cascades, les contaminants sont généralement en moins grande quantité que le critère C, mais en plus grande quantité que le critère B. Le critère B correspond à la limite maximale acceptable de contaminants pour des terrains à vocation résidentielle, récréative et institutionnelle.