Pierre Karl Peladeau répond aux questions des médias suite au point de presse de Pauline Marois.

Le souffle du dragon

Un entrepreneur m'écrit: «Mon père disait: pour avancer, mets-toi un dragon au derrière. Pauline Marois vient de s'en mettre tout un!». Pierre Karl Péladeau soufflera du feu, non seulement sur sa chef, mais aussi sur le PQ, et sur ses collègues candidats, sur les journalistes, sur les autres partis.
Il secoue déjà ce PQ vieillissant, dont les congrès ressemblent de plus en plus à des réunions d'aînés nostalgiques. Mais l'autocrate autoritaire, intransigeant, contrôlant, habitué à une cour soumise, s'accommodera-t-il des procédures, des commissions, des tirs amis, des compromis dans ce parti compliqué qui a humilié ses chefs les plus démocrates, et qui puise ses militants dans la gauche, mais doit la bardasser sans la bazarder pour garder le pouvoir?
Pierre Duchesne, maintenant ministre, et Pierre Karl Péladeau avaient été à couteaux tirés, lors du lock-out au Journal de Montréal. Comme président de la Tribune de la presse, Duchesne refusait d'accréditer des «scabs» et réclamait un durcissement de la loi anti-briseurs de grève. Le PQ a évacué ce projet de sa plate-forme électorale adoptée la veille de l'annonce de la candidature de PKP. La dame de béton se prépare des conciliabules orageux, des claquements de porte.
Lors de son point de presse, PKP a ostensiblement tenté de s'humaniser, de se placer en missionnaire altruiste. D'abord, en évoquant sa séparation, la psychanalyse, son souci d'avoir l'approbation de son ex. Puis, en utilisant l'expression «j'ai consacré 25 ans de ma vie à Québecor». Cet empire bâti par son père lui a permis de prospérer, de se faire connaître; c'est plutôt l'empire qui l'a consacré. Exit, l'image d'impitoyable requin prêt à broyer des travailleurs pour son succès!
Dilemme
Les militants péquistes devront choisir quelle cause leur tient le plus à coeur: le syndicalisme ou l'indépendance. Le crédo de M. Péladeau, qui entre en politique pour «nous donner un pays», va aussi mettre de la pression sur Pauline Marois qui fait miroiter un référendum à ses purs et durs, mais rassure les frileux en ne le promettant pas.
Lors du point de presse, M. Péladeau s'est fait demander trois fois s'il remplacerait Mme Marois. La presse attendait la réplique classique des dauphins: «Elle a toute ma loyauté tant qu'elle voudra rester». Il a plutôt lancé un sibyllin: «Pour l'instant, je veux être élu dans Saint-Jérôme». Un journaliste rétorque qu'il ne répond pas à la question posée. Son regard d'acier et son ton deviennent tranchants comme un sabre de samouraï: «Ma réponse est adéquate!». Que les reporters se préparent à des duels verbaux!
Un journaliste de Québecor osera-t-il bousculer ce candidat propriétaire de son gagne-pain qui peut quitter la politique du jour au lendemain pour revenir aux affaires? L'auto-censure va s'insinuer, perverse et insidieuse.
Qui demandera à M. Péladeau pourquoi il a financé les libéraux jusqu'en 2008 s'il est si souverainiste que cela? Cela nous ramène à une question que la commission Charbonneau a soigneusement évitée: pour quel retour d'ascenseur les gens d'affaires financent-ils des partis à l'encontre de leurs convictions?
Les libéraux se posaient champions économiques, contre un PQ artistique et écolo. Ils devront trouver de nouveaux arguments devant ce champion du «Québec inc.». Même s'il se présente à Saint- Jérôme, sa candidature risque de brasser à Québec. Porte-étendard du rêve du retour des Nordiques, il a obtenu un aréna digne de la LNH et un contrat exclusif sans appel d'offres. Le tout confirmé par une loi spéciale qui a provoqué une scission au PQ! Comme ministre potentiel de l'économie, si Québecor postule toujours pour une équipe de la Ligue nationale, le conflit d'intérêts rodera. Entre-temps, l'entretien du rêve et ses relations cordiales avec le maire Régis Labeaume pourraient bien ramener la capitale dans le giron péquiste et donner son coup de mort à la CAQ.
Cette candidature sort tout le monde de sa zone de confort; beau malaise...