Le maire de Saguenay, Jean Tremblay.

Le ridicule tue les idées

CHRONIQUE / Le trou noir de l'administration Jean Tremblay est la démocratie, ce qui comprend la participation citoyenne. Une opposition organisée, le courage d'élus (es) et les interventions de citoyens ont favorisé une prise de parole critique face aux dérives. Ainsi, pour justifier leur participation à ce fonctionnement anti-démocratique, certains se défendent en exposant des conceptions tronquées. Voici des exemples éloquents: «nous sommes élus pour décider», «je parle aux citoyens chaque jour», «j'ai consulté en masse de citoyens en fin de semaine dans un festival», «les citoyens ne peuvent pas tout décider». Un nouveau candidat a même proposé de construire «une tob géante pour discuter autour d'un feu chaque semaine avec une guitare». Puisque le ridicule tue les idées, revoyons certaines bases.
Pourquoi parler de participation citoyenne ? Parce qu'elle est à la base de l'exercice démocratique. Elle éclaire les décisions politiques et demeure un moyen extraordinaire de politiser une population et freiner l'aliénation citoyenne (sentiment de ne pouvoir rien changer). Des expériences se multiplient partout dans le monde et forment un corpus de connaissances accessible, riche en savoirs et expériences (panel, jury et  convention de citoyens, budget participatif, etc.). Malheureusement, la participation citoyenne est devenue une grosse boîte pleine de modèles sujets à la récupération politique et privée. Il faut donc nuancer et préciser certains points, dont les contextes et conditions de son exercice. Je m'attarde plus précisément sur la mise en place de procédures dont l'objectif est le bien commun. Ce qui exclut, de fait, les consultations organisées par des acteurs concernés directement par un enjeu (ex. : consultation d'Énergie Saguenay).  
Débat ouvert
Commençons par affirmer qu'une participation citoyenne ne signifie pas écouter, ici et là, les opinions des uns et des autres. Exit les serrages de main, sondages Facebook, discussions autour du feu. Ce sont, au mieux, des techniques minimales pour sonder un terrain. Un débat public ouvert, où sont discutés tous les points de vue, est déjà beaucoup mieux, mais insuffisant. Il indique aux élus qu'il est nécessaire d'approfondir un enjeu, qu'il soit local (quartier) ou global (ville), avant de prendre une décision. De fait, les procédures et outils ne sont pas les mêmes pour la construction d'un édifice dans un quartier, le développement d'un parc urbain, l'ajout d'un deuxième pont ou d'un quai flottant, l'étalement urbain, l'accès à l'eau potable.
Outre le fait que la participation citoyenne doit s'inscrire dans une procédure rigoureuse adaptée au sujet, il faut considérer deux éléments centraux pour juger sa qualité : l'information et la décision. Les procédures doivent se baser sur des faits, une présentation des différents points de vue, savoirs, options, intérêts privés et collectifs. Le tout doit être accessible à l'ensemble de la population. Autre point majeur, la décision. On utilise beaucoup les outils participatifs pour faire bonne figure ou cautionner des décisions déjà prises. De plus, les élus s'engagent rarement à respecter les résultats ou à expliquer leur choix dans le cas contraire. La décision est un point crucial de la participation citoyenne dans une période où, justement, les manipulations politiques nourrissent l'aliénation citoyenne.
Vous ne croyez pas que les citoyens puissent juger de sujets complexes ? Vous pensez à quelqu'un en particulier (voisin, contact Facebook, parent, collègue) et avez peur de seulement penser qu'il puisse participer à une décision concernant votre avenir ? Pourquoi ce voisin, contact Facebook, parent ou collègue serait-il, du simple fait de son élection, du jour au lendemain, plus sage que tous les autres citoyens ? Sceptique ? Je vous suggère de lire Jacques Testart, «Comment les citoyens peuvent décider du bien commun». Ça vous décoiffe les lieux communs.