Le chef de l'Orchestre de la Francophonie, Jean-Philippe Tremblay, est heureux que les astres se soient alignés afin de permettre la tenue d'un premier concert à Chicoutimi. Cet événement aura lieu mardi, au Théâtre Banque Nationale. Il réunira 70 musiciens, dont le pianiste Louis Lortie.

Le retour au bercail

Jean-Philippe Tremblay se trouve dans une situation particulière. Sa carrière internationale se porte bien, à un moment où la musique classique traverse une zone de turbulence sur fond de détresse économique. En Europe comme en Amérique, les formations les plus réputées vivent dans la hantise du couperet. Certaines ont été tellement fragilisées que leur avenir est compromis.
«Aux États-Unis, une dizaine d'orchestres symphoniques ont fermé leurs portes, tandis que les orchestres des Pays-Bas viennent de subir les pires coupures de leur histoire. C'est pourtant là qu'on retrouvait les meilleures conditions», a décrit le fondateur de l'Orchestre de la Francophonie il y a quelques jours, lors d'une entrevue accordée à Progrès-Dimanche.
C'est au pays du gouda, justement, qu'il a vécu l'une de ses expériences les plus gratifiantes au printemps. L'Orchestre philharmonique de la radio des Pays-Bas lui a demandé de remplacer son collègue Serge Beaudet à l'occasion d'un concert diffusé en direct. On l'a contacté le vendredi, à Montréal, alors que la première répétition était prévue pour le dimanche, à Utrecht.
«J'accepte ce genre de proposition quand je suis familier avec le répertoire. L'avantage est que dans un tel contexte, les gens sont plus ouverts. C'est un bon moment pour faire connaissance», énonce Jean-Philippe Tremblay. C'est tellement vrai que l'orchestre envisage de faire une tournée asiatique en sa compagnie.
Toulouse, Tokyo, Chicoutimi
La prochaine saison sera marquée par de nombreux retours, ainsi que de nouvelles collaborations, dont une avec l'Orchestre du Capitole de Toulouse. Il s'agit de l'une des formations les plus réputées de France, là où le grand Michel Plasson a planté sa tente pendant près de 30 ans. Un remplacement mènera également le Chicoutimien au Japon, alors qu'il dirigera l'Orchestre symphonique de Tokyo.
«J'aime le statut de chef invité parce qu'il me fait découvrir d'autres manières de travailler. La seule chose que je demande, c'est de disposer de dix jours par mois pour préparer les nouvelles oeuvres», explique Jean-Philippe Tremblay. Les demandes ont été si nombreuses qu'il a dû mettre une sourdine à sa pratique de l'alto, l'an passé. Il y a eu peu de concerts en tant qu'interprète, ce qui lui a manqué.
Le musicien affirme qu'il sera plus actif en 2015, grâce à la création d'un groupe de chambristes établi à Montréal. On le reverra également dans la région, d'abord à l'opérette, où il participera à une production de L'Étoile de Chabrier, puis à la tête de L'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Son retour, prévu pour le mois de mars, sera marqué par l'interprétation du Requiem de Mozart.
Pour revenir à la crise qui frappe le monde la musique, Jean-Philippe Tremblay affirme qu'elle touche aussi le Canada et que l'une des causes tient à la composition des conseils d'administration. «Ça va mieux quand les musiciens exercent le contrôle, avance-t-il. C'est pour ça qu'au sein de l'Orchestre de la Francophonie, on fait faire des exercices de gouvernance. Nous devons nous prendre en mains.»