Le lait en échange du bois

L'Institut économique de Montréal propose rien de moins que d'échanger avec le gouvernement américain la fin de la gestion de l'offre dans les productions du lait, des oeufs et du poulet contre un accès libre et permanent au marché du bois d'oeuvre pour les producteurs canadiens.
Il s'agit du contenu de la dernière note économique publiée par le groupe de réflexion et signée par Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques dans la collection réglementation. Cette proposition n'étonne personne, car l'IEDM est bien connue pour son orientation économique basée sur les lois de l'offre et de la demande, ainsi qu'un minimum de réglementation ou d'intervention de l'État pour réguler les échanges commerciaux.
L'auteur de la note est conscient qu'il sera difficile de convaincre le puissant lobby du bois d'oeuvre de mettre un terme à une guerre commerciale qui a débuté en 1980. D'un autre côté, il soutient que le gouvernement canadien doit se servir du levier Donald Trump pour réussir à obtenir un véritable libre marché, tout en étant conscient qu'il faut mettre sur la table un « gros morceau » pour en arriver à ce résultat.
« Le président des États-Unis a fait campagne électorale en promettant aux producteurs agricoles de leur ouvrir de nouveaux marchés. On doit saisir cette occasion et offrir cette possibilité au président américain pour lui permettre d'avoir quelque chose de gros pour résister aux différents lobbys comme celui du bois d'oeuvre », indique l'analyste, conscient qu'avec cette nouvelle note, l'IEDM va soulever la colère d'agriculteurs qui n'accepteront pas si facilement de servir de monnaie d'échange pour aider les multinationales à transiger leur bois sans barrière.
Alexandre Moreau réitère que l'objectif n'est pas d'amener les consommateurs canadiens à acheter des produits laitiers américains pour réaliser des économies. L'IEDM juge que la fin du système de gestion de l'offre au Canada donnera naissance à une industrie laitière plus performante avec la possibilité, pour les producteurs, de faire le choix de l'exportation vers des marchés internationaux. À la longue, affirme M. Moreau, les Américains ont observé une baisse des prix pour les produits sous la gestion de l'offre. L'analyste estime que le Canada suivra la même courbe si la gestion de l'offre y est abolie.
« On devrait aussi penser aux consommateurs », reprend l'auteur de la note économique. Les chiffres tirés des banques de données de l'OCDE démontrent que la famille canadienne débourse 258 $ de plus par année pour soutenir la gestion de l'offre au Canada. Certaines sources, ajoute Alexandre Moreau, évoquent des coûts allant jusqu'à 44 $ par année pour le même ménage. L'IEDM conclut donc que ce système de gestion de l'offre favorise un petit groupe au détriment de la majorité des consommateurs canadiens.
L'IEDM plaide, pour ainsi dire, en faveur d'une industrie du lait beaucoup plus performante. Le système actuel, explique-t-on, soutient les fermes moins productives tout en limitant la capacité des producteurs plus efficaces de se développer. L'auteur rappelle que plusieurs entreprises laitières vivent des difficultés en raison de cette dynamique. Ainsi, le système de gestion de l'offre leur permet à peine de vivre, tout en sécurisant les institutions financières qui sont toujours prêtes à les supporter en raison des garanties offertes par ce régime pour les agriculteurs.
Interrogé sur les conditions sanitaires de production des aliments, l'analyste souligne que le Canada importe déjà de grandes quantités de victuailles du sud de la frontière. Il ne croit pas à une si grande différence entre les deux systèmes.
Lors de son dernier passage dans la région, le candidat à la direction du Parti conservateur du Canada, Maxime Bernier, a réitéré le même engagement que celui formulé par l'IEDM. Le politicien a tenu à préciser que le libre marché des deux côtés de la frontière devait reposer sur les mêmes contraintes de production. Maxime Bernier avançait la mise en place d'un rachat des quotas pour les producteurs qui vont décider d'abandonner la gestion de l'offre. Or, l'IEDM propose sensiblement la même formule pour permettre une transition en douce vers un marché ouvert des deux côtés de la frontière.
Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques.
Les Américains y gagneraient sur le prix des maisons
Les Américains ont avantage à ce que le marché du bois d'oeuvre soit libre de tout droit ou de quota à l'importation sur le bois canadien pour réaliser des économies sur le prix des maisons.
Avec une surtaxe sur le bois d'oeuvre canadien, les acheteurs américains de résidences neuves auraient globalement déboursé 1 milliard $ de plus, selon les coûts moyens de construction de 2016. Ainsi, chaque résidence aurait coûté 1300 $ de plus à construire en raison de l'effet d'une surtaxe sur les entrées de bois canadiens sur le marché américain, selon la note économique de l'Institut économique de Montréal (IEDM).
Le signataire de la note économique, Alexandre Moreau, estime qu'il faut bien saisir la nature du protectionnisme américain évoqué par le nouveau président des États-Unis. Il s'agit, selon M. Moreau, d'un protectionnisme visant principalement les pays dont les conditions de travail sont largement inférieures à celles qui prévalent dans l'ensemble de l'industrie américaine. Cette situation explique que le président Trump a dans la mire des juridictions comme le Mexique ou des pays émergents.
« Les conditions de travail et les salaires des travailleurs au Canada sont comparables à celles des États-Unis. Le premier ministre Couillard a évoqué qu'un traité de libre-échange bilatéral était possible et c'est effectivement une solution », juge l'auteur.
Les chiffres sont tout de même significatifs. Pendant le dernier accord sur le bois d'oeuvre, les consommateurs américains ont globalement payé 6,36 G $ pour s'approvisionner. Les entreprises canadiennes ont quant à elle laissé sur la table 2,03 G $. Ce conflit est donc désavantageux des deux côtés de la frontière, sauf pour les producteurs américains qui utilisent ce levier pour maintenir des prix élevés au sud de la frontière.
Dans le cas du bois d'oeuvre, 26 000 emplois sont en péril au Canada advenant une décision défavorable des Américains. Ces décisions vont à l'encontre de l'esprit du libre-échange qui a permis aux deux économies de se développer depuis l'entrée en vigueur des premières ententes tels le pacte de l'automobile, les accords du GATT et la première entente de libre-échange ayant conduit à l'ALÉNA.