Les Bleuets doivent une fière chandelle à leurs cousins français de la filière Pechiney. C'est leur technologie AP60 qui replace la Vallée de l'aluminium au centre de l'industrie mondiale du métal gris.

Le génie français

Les Bleuets doivent une fière chandelle à leurs cousins français de la filière Pechiney. C'est leur technologie AP60 qui replace la Vallée de l'aluminium au centre de l'industrie mondiale du métal gris.
Après les mouvements de bourse qui ont ravi la multinationale française et ses secrets technologiques pour les livrer à Alcan, puis à Rio Tinto, c'est l'avantage de l'immense potentiel d'énergie à valeur compétitive qui mérite à la région l'exploitation de l'AP60.
L'inauguration, jeudi dernier, de l'usine pilote, dans une mise en scène spectaculaire conçue par un génie de la communication, marque aussi le changement de la garde dans la responsabilité des activités de recherche et développement menées depuis l'an 2000 au Laboratoire de Saint-Jean-de-Maurienne, pour augmenter l'efficacité du procédé d'électrolyse et en réduire les coûts.
Le choc de 1977
«Par l'utilisation d'une puissance électrique qui surpasse tout ce qui se fait dans le monde de l'aluminium, expliquait Claude Vanvoren, le vice-président technologies, aux quelque 200 invités, Rio Tinto Alcan définit aujourd'hui les nouveaux standards en termes d'efficacité énergétique, de productivité et de réduction des gaz à effet de serre. Ce que nous faisons ici, sous le regard du reste du monde de l'aluminium, représente donc une avancée, un progrès à tous les niveaux. »
Quand il annonça que dorénavant le maintien de la domination de l'AP60 est confié aux équipes du Centre de recherche et développement Arvida, le CRDA, j'ai ressenti l'immense inquiétude qu'avait provoquée, le 8 juin 1977, la décision d'Alcan de déplacer ce laboratoire de l'aluminium à Kingston, en Ontario.
L'opposition énergique de la région avait inspiré à la direction d'Alcan la sagesse de revenir sur sa décision et de faire confiance à la région. On n'ose pas imaginer les conséquences qu'aurait provoquées la perte du CRDA. Sans la présence de quelque 300 chercheurs oeuvrant notamment à Arvida et à l'UQAC en synergie avec leurs confrères québécois et européens, le Saguenay-Lac-Saint-Jean aurait été réduit à encadrer des robots producteurs d'aluminium.
Gare aux prédateurs
C'est le syndicat d'Arvida qui avait attaché le grelot. Ainsi alertées, toutes les forces vives de la région avaient fait front commun pour réussir finalement à conserver le CRDA. Le président actuel des syndiqués du complexe Jonquière, Alain Gagnon, est tout aussi préoccupé des emplois que ses prédécesseurs. Il a proclamé devant l'impressionnant parterre de personnalités internationales venues vivre cet événement historique la compétence de la main-d'oeuvre en mentionnant, au passage, les sacrifices que ses compagnons consentent dans cette traversée de la surproduction.
Mais comme en 1977, la région ne doit pas baisser sa garde malgré les beaux discours. Car des prédateurs rodent dangereusement comme on l'a constaté ces derniers mois autour de la Grappe de l'aluminium. Ils ont déprécié, avec la complicité de mercenaires, la mission que la région poursuit depuis une vingtaine d'années pour pousser plus loin la transformation de l'aluminium génératrice d'emplois de qualité.
Fort heureusement, la région compte de précieux alliés. D'abord les partenaires de Saint-Jean-de-Maurienne, dont le chef Claude Vanvoren n'hésite pas à classer le CRDA " parmi les plus importants centres R-D du Canada avec des chercheurs de très haut niveau. Ils incarnent notre leadership technologique. »
Puis Étienne Jacques, chef des opérations RTA Métal primaire Amérique du Nord, qui a mis en lumière la compétitivité des entreprises d'ici dans la participation à l'immense chantier de 1,32 milliard$ de l'AP60. Nous méditerons enfin sur ce témoignage de Jacinthe Côté, la grande patronne de RTA: " ... Faire plus, faire mieux, faire équipe avec la région, c'est du développement durable. C'est notre fierté. Et nous sommes en train de former le parc d'alumineries le plus productif et le plus vert au monde. Dans un contexte économique peu favorable, personne n'aura réalisé autant que nous. Et tout ça main dans la main avec les gens d'ici, employés, entrepreneurs, équipementiers, ingénieurs. »