Le personnage central de la pièce Devant moi, le ciel plonge parfois dans ses souvenirs, marqués par l'apparition des membres de sa famille.

Le drame de l'exil, en notes et en images

Une femme assise sur un banc de parc. Dans sa main, une petite valise. Dans sa tête, le souvenir des jours heureux dans son pays d'origine. Ayant perdu famille et mari pour cause de troubles politiques, la voici à la croisée des chemins, au coeur d'une société dont les codes lui échappent.
C'est la situation que dépeint Devant moi, le ciel, une pièce créée par le Dynamo Théâtre et que le Théâtre La Rubrique présentera aujourd'hui à 13h 30, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Tous pourront y assister, alors qu'hier avant-midi, seuls les groupes scolaires pouvaient voir ce bijou de spectacle.
Le premier sujet d'étonnement tient au fait que pendant une heure, aucun mot n'est prononcé. Les comédiens, qui se distinguent aussi par leurs capacités athlétiques, arrivent pourtant à raconter une histoire riche en événements. Même la psychologie des personnages est explorée avec finesse, notamment celle de la dame et de son conjoint, ainsi que de l'adolescente qui brisera sa solitude.
Une partie de la magie se déploie sur l'écran installé au fond de la scène. Le ciel que mentionne le titre s'y décline sur tous les temps: orageux, ensoleillé, incertain. Comme la musique, celle de Bach et les compositions originales de Christian Légaré, si belles qu'elles mériteraient d'être endisquées, ces images reflètent l'humeur du moment.
Elles installent un climat qui, la plupart du temps, correspond à l'état d'esprit de la dame à la valise. Au début, on la sent légèrement déstabilisée par son nouvel environnement, par les joggers, la cocotte qui court les magasins, la femme âgée qui nourrit les pigeons en imitant leur cri.
Une certaine crainte se manifeste par la suite, gracieuseté d'une bande de jeunes au comportement agressif. Ils filent avec une partition de Bach que la dame venait d'ouvrir au-dessus du banc, faisant désormais office de piano. Musicienne accomplie, elle venait de jouer quelques mesures afin de retrouver de doux souvenirs, ceux d'avant le chaos, d'avant l'exil.
On communie à sa mélancolie, tout en découvrant son ancienne vie par petites touches. Les scènes avec des membres de sa famille brossent un tableau idyllique qui montre à quel point la chute fut brutale. D'un côté, l'amour, les bonheurs partagés. De l'autre, l'indifférence teintée de mépris.
On comprend sa tristesse à laquelle correspond celle de l'adolescente qui fait partie de la bande évoquée tantôt. Elle aussi est tourmentée, ce qui provoque un rapprochement avec la réfugiée. Une image toute simple, mais combien poétique, accompagne ce dialogue sans mots, cette rencontre de deux mondes.
Les étudiants du secondaire qui ont assisté à la représentation étaient émus, autant qu'attentifs. Ils ont également ri lors des interventions de la vieille dame, ainsi que de la cocotte au narcissisme exacerbé. On dit que ce spectacle est destiné aux jeunes de 10 à 14 ans, mais ce n'est pas vrai. Il mérite d'être vu par tous, y compris les adultes.
Ceux-ci seront émerveillés par le travail des interprètes, leurs chorégraphies, les acrobaties qui servent l'histoire, tout en ajoutant un soupçon de légèreté. On parle beaucoup des projets multidisciplinaires, ces temps-ci, et Devant moi, le ciel constitue l'un des meilleurs arguments en faveur de cette approche.
Des spectacles aussi remarquables, on en voudrait tous les jours.