Le président de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord (CCISF), Carl Côté

Le dialogue doit reprendre entre la région et Rio Tinto, selon la Chambre de commerce

« Il est temps de mettre cartes sur table et de réunir les gens à une même table. La région doit cesser de réagir pour se mettre en action et proposer des solutions. L'exemple de Vaudreuil démontre qu'il est possible d'agir malgré les problèmes importants que doit affronter l'industrie de l'aluminium avec la production chinoise. »
Le président de la Chambre de commerce et d'industrie Saguenay-Le Fjord (CCISF), Carl Côté, comprend bien les réactions émotives qui émanent des quatre coins de la région avec l'annonce de la suppression de 103 emplois à l'aluminerie de La Baie de Rio Tinto.
Une annonce qui a aussi eu l'effet d'une bombe chez les membres de la Chambre de commerce, dont plusieurs doivent composer avec des relations d'affaires pas toujours faciles avec la multinationale.
Carl Côté considère que ces réactions s'expliquent par le fait que les gens n'ont pas l'information nécessaire, ce qui les amène à avoir des perceptions qui ne correspondent pas nécessairement à la réalité, mais qui traduisent bien le malaise qui persiste dans la région. Il cible la culture de communication déployée par Rio Tinto qui est à l'origine de ce malaise et affirme que l'entreprise doit obligatoirement procéder à un repositionnement pour reprendre le dialogue avec la région. Pour le président de l'organisme, ça signifie qu'il faut cesser de tout relier à des ententes confidentielles dont on ne connaît pas les dispositions. Il affirme que la région doit être en mesure de faire face à la transformation de cette industrie pour demeurer un moteur économique important.
« Je ne veux pas défendre Rio Tinto, mais ils font face à une concurrence très forte. Nous produisons trois millions de tonnes d'aluminium par année, et la Chine en produit 50. Elle doublera cette production d'ici cinq ans. On doit prendre l'exemple sur Vaudreuil où les travailleurs et le syndicat ont réussi des améliorations majeures. On doit cesser de réagir et être en action. L'énergie abordable n'est plus un facteur prépondérant. Il faut que l'entreprise ouvre son jeu. »
Carl Côté a salué la réaction du député de Dubuc, Serge Simard, qui abonde sensiblement dans le même sens que son organisme dans sa critique de la stratégie de communication déployée par Rio Tinto. Il juge que le député avait raison de témoigner de sa colère puisque la décision va avoir des conséquences significatives pour l'économie de La Baie dans une usine où les travailleurs avaient choisi de ne pas avoir recours à la syndicalisation. Aujourd'hui, l'entreprise administre à cette usine les mêmes contraintes que celles imposées aux autres installations de la région où les travailleurs sont syndiqués.
« Une fois que nous avons fait état de nos frustrations, on fait quoi ? On doit s'asseoir pour trouver des solutions », reprend le président de la CCISF, avant d'ajouter qu'il est important d'être plutôt proactif face au marché de l'aluminium mondial qui met beaucoup de pression sur l'industrie. Nous devons rétablir un climat de communication sain, identifier des pistes de solutions, pour préserver la pérennité et la croissance encore possible de cette importante industrie qui impacte énormément la région. »
Jeudi, la candidate à la mairie de Saguenay et chef de l'Équipe du renouveau démocratique (ERD), Josée Néron, proposait la mise en place d'un forum permanent afin d'entreprendre un dialogue avec la multinationale. La CCISF, malgré le contexte difficile de l'industrie, invite Rio Tinto à une grande table qui ressemble à ce que proposait Mme Néron à partir des conclusions du sommet sur l'aluminium tenu à l'Université du Québec à Chicoutimi.
« La CCISF persiste en mentionnant que nous sommes à l'heure d'une discussion sérieuse avec Rio Tinto sur les enjeux de développement. En tant que leader économique important, nous incitons fortement Rio Tinto à s'asseoir dans un grand comité avec les décideurs de la région, et ce, à court terme. La CCISF termine en mentionnant qu'il est urgent d'agir et non seulement de réagir. De plus, le gouvernement doit s'assurer d'un partenariat économique gagnant entre Rio Tinto et la région et jouer un rôle prédominant dans ce dossier », mentionne en conclusion le communiqué de la CCISF.
«Tout est décidé d'avance», selon le maire Guy Larouche
(Louis Potvin) - Le maire de Roberval, Guy Larouche, juge que l'attitude de Rio Tinto va créer un climat de méfiance entourant les négociations sur la gestion du lac Saint-Jean.
« Nous avons eu une rencontre le 18 janvier avec eux et plusieurs maires. Ils auraient pu nous avertir que des décisions difficiles s'en venaient. Et non, ils ne nous ont pas préparés au pire ! Je trouve que ça brise la relation de confiance que nous essayons d'avoir avec eux », a-t-il affirmé.
Guy Larouche constate que Rio Tinto (RT) ne dialogue pas vraiment. « Ça vient confirmer ce qu'on perçoit. Tout est décidé d'avance. Ils nous consultent pour la forme. On n'est pas vraiment impliqué. Eh bien ! s'ils tentent de nous endormir, ils vont trouver que nous sommes réveillés », a-t-il ajouté.
Il pense que cette annonce de RT va changer la manière de négocier pour réclamer une gestion participative du Lac-Saint-Jean. Les élus vont être plus critiques et tenter d'obtenir que le scénario de gestion qu'ils ont privilégié soit adopté.
Guy Larouche espère que le gouvernement du Québec va s'en mêler et réclamer des comptes de la part de la multinationale. « Une chance qu'ils ont enlevé le mot Alcan de leur nom, car ils n'étaient pas dignes de le conserver. Le gouvernement Couillard doit intervenir et les remettre à l'ordre pour que la compagnie respecte ses engagements. »
Philippe Couillard défend la multinationale
(Laure Gagnon-Tremblay) - Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, a réagi, jeudi, à l'annonce des suppressions d'emplois que prévoit la multinationale Rio Tinto à l'usine de Grande-Baie. M. Couillard s'est porté à la défense de l'entreprise et estime qu'elle se doit de rester compétitive, selon ce que rapporte Radio-Canada.
Le premier ministre dit avoir discuté avec Rio Tinto et confirme qu'il continue de soutenir l'entreprise. Il dénonce plutôt les déclarations du Parti québécois, qu'il qualifie « d'irresponsables ».
Philippe Couillard croit que l'industrie de l'aluminium est importante pour le Québec et pour la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, même si elle est soumise aux aléas du marché. Il estime qu'il faut donc envoyer des signaux positifs à l'entreprise, et comme les décisions sont prises à l'international, le gouvernement doit continuer de montrer qu'il soutient cette industrie.
Mireille Jean demande au PM d'agir
(Laure Gagnon-Tremblay) - La députée péquiste de Chicoutimi, Mireille Jean, demande elle aussi la tenue d'une commission parlementaire à l'Assemblée nationale sur Rio Tinto, à la suite de l'annonce de l'entreprise qui prévoit couper plusieurs postes à l'usine Grande-Baie. 
Mme Jean joint de cette façon sa voix à celle de ses collègues Alexandre Cloutier et Sylvain Gaudreault. Selon la députée, l'entente de continuité signée en 2006 n'est pas respectée, et elle demande au gouvernement de s'assurer que les promesses de Rio Tinto seront tenues. 
Mireille Jean enjoint également le premier ministre à agir rapidement. Elle poursuit, par communiqué de presse, en assurant que les investissements de la multinationale sont primordiaux pour l'économie de la région et que Rio Tinto doit rendre des comptes, d'autant plus qu'elle utilise les ressources naturelles du Saguenay-Lac-Saint-Jean.