Julien Poulin

Le conseil de Julien Poulin: «Think big»

«Think big ostie». On n'en sort pas, Julien Poulin se fait appeler M. Gratton sur la rue, 35 ans après le premier Elvis Gratton, ce personnage coloré qui a marqué la carrière de l'artiste âgé de 68 ans. «Des fois je suis tanné, mais la madame hier sur la rue Racine m'interpelle et me dit: ''Merci pour les belles heures''. C'est ça un artiste».
Le comédien livrait une conférence hier soir à des étudiants dans le cadre du Festival des finissants en arts de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Il a répondu à la question d'un étudiant à la toute fin de sa conférence, qui lui demandait: ''Qu'est-ce que vous conseillez à ceux de notre génération qui veulent devenir artistes? '' «Je pense que je vais citer Bob: ''Think big ostie''", a-t-il balancé en riant aux éclats avec ses grandes dents qui pointent vers l'avant en se basculant tête en arrière sur sa chaise.
Julien Poulin s'est montré très généreux avec les jeunes. Il a parlé du début de sa carrière avec Paul Buissonneau et la Roulotte. «Y a personne qui connaît ça ici, je ne veux pas vous ennuyer avec ça», lance-t-il avant de raconter qu'il avait 19 ans et que Buissoneau avait 40 ans quand il lui a proposé de travailler au théâtre pour 1,67$ de l'heure.
Il a parlé de théâtre, de cinéma, d'auteur, du métier de comédien, de la vie d'artiste. «Tu dis quoi à la fille de 22 ans qui te demande: ''Qu'est-ce qu'il faut faire M. Poulin pour devenir comédienne''? J'ai le réflexe de lui dire de passer par les institutions et d'aller à l'école, comme vous le faites. Je ne devrais pas vous dire ça, mais je pense que les 15 artistes qui travaillent le plus au Québec ne sont pas allés à l'école. Claude Legault a été refusé à son audition», confiait le comédien qui avoue que la fatigue commence à arriver à son âge.
«Je ne sais plus si j'ai encore la force de faire de la radio le matin, de la télé l'après-midi et du théâtre le soir entre des tournages de film qui demandent qu'on soit en action de 12 à 15 heures par jour», dit-il tout en encourageant les jeunes à vivre leur passion.
Julien Poulin hésite à comparer les générations et le métier d'artiste à travers les âges, mais il croit que les jeunes en savent plus sur la précarité du métier aujourd'hui qu'eux pouvaient y songer à leur époque. "À 37 ans, j'ai déménagé avec deux sacs verts en guise de biens et meubles. À 40 ans, je jouais au théâtre et un de mes amis avec qui j'avais fait de la scène à mes débuts est venu me voir. Il était architecte et après la représentation, il est venu à ma rencontre en pleurant, ému de me voir sur scène, car lui ne l'avait pas fait», de raconter le comédien qu'on verra au grand écran la semaine prochaine dans le film Miraculum où on le voit avec la comédienne Louise Turcot dans une scène assez explicite.
Les jeunes lui ont parlé de Shakespeare, de Tosltoï et d'Anna Karénine, il leur a parlé de Zola, de Jean Gabin et de Don Quichotte. «Dans mon temps, mes modèles étaient Marlon Brando, James Dean, ça ne vous dit rien je suis sûr. On faisait du théâtre, mais on ne pensait jamais au cinéma ou à la télévision. Aujourd'hui vous avez de beaux modèles québécois pour vous inspirer», a mis en lumière le comédien qui accompagne les jeunes finissants en art toute la semaine.