Lucien Gendron était de passage au Cercle de presse, mercredi.

L'aluminium doit redevenir la marque de commerce de la région

La région du Saguenay-Lac-Saint-Jean doit se recentrer sur tout ce qui concerne l'aluminium si elle entend devenir un pôle mondial incontournable pour cette industrie, et cette vision doit aussi inclure la création d'un musée de l'aluminium tel que voulait le faire le Centre patrimonial d'Arvida.
« Lorsque vous allez en France dans la région de Chamonix, vous vous rendez compte que le ski est le centre d'intérêt et tout est ski. Si la région souhaite être incontournable pour l'aluminium, elle doit développer tous les volets, incluant tout autant le développement de l'industrie, la recherche et son histoire », insiste Lucien Gendron, qui assume aujourd'hui la présidence de l'Institut d'histoire de l'aluminium de l'Amérique du Nord.
Devant le Cercle de presse mercredi, le retraité du monde de l'éducation a livré un vibrant plaidoyer pour relancer la région dans les grands créneaux que sont la forêt et l'aluminium, et ce, malgré une certaine volonté étatique de déplacer le pôle vers Montréal avec la création d'Alu-Québec, au détriment des institutions régionales. L'Institut d'histoire illustre bien les actions à poser pour que la région conserve sa place.
« Nous avons obtenu que le SNEAA nous confie ses archives. On discute en ce moment avec Rio Tinto pour que l'entreprise accepte de faire de même. Nous travaillons à l'élaboration des protocoles sur l'utilisation de ces archives de façon scientifique par les chercheurs. Ça nous permettrait de créer un centre majeur d'archives sur l'industrie », a expliqué celui qui a travaillé au milieu des années 1980 à la création du pôle de recherche sur l'aluminium à l'UQAC.
L'ex-syndicaliste Jean-Marc Crevier, dans une sortie publique dans les pages du Quotidien il y a quelques jours, déplorait un certain manque de cohésion entre les différents organismes oeuvrant dans le développement de l'aluminium. Un manque de cohésion qui risque, selon Crevier, de coûter cher à la région à l'avenir puisque la grande région de Montréal met en place ses propres instruments pour récupérer cette industrie.
Nombreuses réussites
Lucien Gendron ne partage pas nécessairement le même constat. Il a rappelé le grand mouvement lancé par le ministre Marc-André Bédard, le recteur de l'UQAC Gérard Arguin, le CRCD et les dirigeants d'Alcan pour que la région se dote des outils pour faire la transition vers l'industrie de la transformation de l'aluminium. Un mouvement qui a donné naissance au CQRDA, à la revue scientifique AL13, et plus tard à la Société de la Vallée de l'aluminium.
« On a créé la grappe des équipementiers la mieux structurée au monde. Depuis 1984, le CQRDA a, à lui seul, piloté 788 projets de recherche qui ont été déployés dans les entreprises. En 1984, si on avait dit qu'une entreprise de Chicoutimi allait fabriquer des bicyclettes pour équiper le réseau des villes de vélos libre-service, on vous aurait regardé drôlement. On a trop souvent l'habitude de parler de nos mauvais coups. Il faut aussi regarder les succès », reprend Lucien Gendron.
Ce dernier pouvait difficilement éviter les questions sur la situation qui prévaut à l'UQAC alors que la course au rectorat a fait éclater sur la place publique de profondes divisions au sein de l'institution. M. Gendron se rappelle le retour de Gérard Arguin, au lendemain d'une crise profonde, en 1980, et les mandats de Bernard Angers qui a su regrouper les différentes factions de l'institution d'enseignement dans deux grands projets.
« Il voulait assurer la pérennité avec le déploiement des infrastructures et il a réussi. Il a en plus réalisé une campagne de financement de 8 millions $ pour atteindre son objectif. Les anciens de l'université déplorent ce qu'ils voient en ce moment. »
Premières publications scientifiques
Les travaux de l'étudiante au doctorat Patricia Maltais avancent rondement et devraient permettre à l'Institut d'histoire de l'aluminium en Amérique du Nord de voir les premières publications scientifiques se concrétiser d'ici quelques années avec en trame de fond les relations de travail au sein de la multinationale Alcan entre 1937 et 2007.
L'institut a vu le jour juste à temps pour permettre de constituer une banque d'un peu plus de 30 grandes entrevues avec les principaux acteurs d'une forme de paix industrielle pour mettre un terme aux affrontements violents entre l'entreprise et les syndicats pendant les années 1870. Ces grandes entrevues combinées aux archives syndicales constituent une mine d'information et la chercheuse ne cache pas que la mise en perspective et l'analyse de toute cette documentation représente un travail important.
L'entrevue accordée par David Culver, l'ex-grand patron d'Alcan, peu de temps avant de mourir, constitue la pièce centrale de ce travail. Hier, Lucien Gendron a mentionné avoir hâte que l'on puisse révéler au grand public la vision de ce patron qui a à l'époque réussi à convaincre les administrateurs réfractaires au gouvernement souverainiste de René Lévesque de construire une nouvelle aluminerie à La Baie.
M. Culver a de plus été celui qui a convenu avec le président de la FSSA de l'époque, Lévis Desgagné, qu'il était temps de trouver de nouvelles approches pour mettre un terme aux grands conflits qui fragilisaient l'entreprise auprès des grands clients avec des conséquences pour les ouvriers. Selon la chercheuse, la banque d'entrevues permet de bien comprendre cette période charnière dans les relations ouvrières.