Philippe Couillard

L'affrontement

Demain, le Québec détournera son regard fixé sur les Jeux de Sotchi pour le diriger, l'espace d'une période de questions, vers les perpétuels Jeux olympiques du discours politique. Philippe Couillard fera un retour très attendu à l'Assemblée nationale.
Cette fois en qualité de chef du PLQ. Dans le gouvernement Charest, le Jeannois d'adoption dirigeait le monstrueux ministère de la Santé qui dévore 43% du trésor public et sert de cible favorite à l'opposition.
Un scénario prévisible
Durant son séjour à la direction de la Santé, le Dr Philippe Couillard neutralisa généralement les assauts avec beaucoup d'habileté. Sa connaissance approfondie des dossiers lui inspirait les réponses appropriées. La situation a changé depuis son départ en 2008. Il succède aujourd'hui à Jean Charest, un redoutable débatteur, victime de l'usure du pouvoir. Son style est bien différent. Le savant personnage à l'élégante barbiche blanche et à la physionomie de diplomate raffiné pourra-t-il se montrer cinglant? Il demeurera poli, prévient-il, mais il saura s'indigner, hausser le ton, faire frémir le gouvernement minoritaire aux moments propices.
Même s'il est enveloppé de suspense, le scénario de demain est déjà écrit... ou presque. Philippe Couillard fera tous les efforts pour ramener Pauline Marois et sa garde rapprochée sur le terrain des finances publiques et de l'économie. La réalité est incontournable, martèlera-t-il. Les économistes les plus réputés multiplient les études sur des éléments inquiétants de la comptabilité nationale. Ceux des HEC, l'école des Hautes études commerciales de Montréal, en arrivent à la conclusion que le «Québec vit au-dessus de ses moyens».
La plus récente analyse réalisée par Matthieu Arsenault, économiste principal à la Financière Banque Nationale, avec la collaboration de Luc Godbout et de Pierre Fortin, prévoit des déficits à répétition. Le vieillissement de la population provoquera progressivement une augmentation des dépenses supérieure aux revenus. Comme aucun gouvernement ne veut subir l'odieux de choix déchirants, l'escalade se poursuivra.
Nouvelle loi sur les mines
Les recherchistes du pouvoir suggéreront sûrement aux leaders du gouvernement des statistiques "positives". La première ministre mentionnera éventuellement l'outil de développement que représente la nouvelle loi sur les mines adoptée grâce à l'appui de la CAQ, la Coalition avenir Québec. Elle voudra maintenir la qualité des services et soutenir le plus vigoureusement possible une économie toujours fragile.
Le gouvernement minoritaire fera le plein de munitions avec son projet de Charte des valeurs et il croit éviter les discussions déchirantes sur la date d'un éventuel troisième référendum sur la souveraineté en soumettant à la population un livre blanc sur l'avenir du Québec qui réanimera évidemment le débat sur cette question existentielle dans toutes les chaumières du Québec.
Sans vouloir faire le procès du fédéralisme, les ténors péquistes ne manquent pas d'arguments convaincants. Le député-ministre Alexandre Cloutier, de Lac-Saint-Jean, l'a démontré dans sa réponse à son collègue conservateur de Roberval, Denis Lebel, qui s'était inquiété, dans une entrevue accordée à La Presse, de la dépendance grandissante du Québec "à la croissance économique du reste du Canada» que démontre l'augmentation des paiements de péréquation.
Québec devra démontrer qu'Ottawa défavorise le Québec dans ses initiatives de développement des provinces comme l'aide à la recherche, le versement de subventions et l'attribution de contrats importants. Mais les leaders souverainistes ne devront plus laisser entendre que la péréquation n'est qu'un mirage. L'Institut de la statistique du Québec vient en effet de confirmer que le fédéral verse au Québec 16,l milliards$ de plus qu'il n'en perçoit en impôts ou en redevances.
Comme aucun parti ne veut se faire hara-kiri en réduisant les dépenses, Québec n'a pas le choix de provoquer une augmentation de la richesse collective. La meilleure façon d'y parvenir, c'est de soutenir avec autant de vigueur les PME que la grande entreprise.