La spécialiste en génétique de l'asthme, Catherine Laprise, soutient qu'il est possible de faire une carrière stimulante en recherche en région.

La recherche en région, c'est possible

La professeure-chercheuse de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Catherine Laprise, spécialisée en génétique de l'asthme, a eu la confirmation au début du mois de février qu'elle recevait une subvention sur cinq ans de 1 M$ des Instituts de recherche en santé du Canada. Son projet de recherche sur l'asthme, présenté en collaboration avec le chercheur Tomi Pastinien de l'Université McGill, s'est classé sixième sur les 64 projets qui tentaient d'obtenir la prestigieuse et substantielle subvention. Sa persévérance et son travail acharné lui valent le titre de Personnalité du mois de février 2014 Le Quotidien-Radio-Canada.
Il est possible de faire de la recherche en région et de réussir au même titre que des chercheurs oeuvrant dans des universités réputées sur la scène internationale. Catherine Laprise en est la preuve vivante.
La professeure-chercheuse reçoit des demandes, chaque année, d'universités désirant l'accueillir dans leurs institutions de recherche. Elle refuse chaque fois, ne ressentant pas le besoin de sortir de la région ou de la province pour faire progresser ses recherches.
«J'atteins mes objectifs de carrière à l'UQAC tout en demeurant près de ma famille, indique-t-elle. Ça va bien ici et je ne vois pas pourquoi j'irais ailleurs. Maintenant, avec toutes les technologies de communication, on peut travailler en région en faisant un bon réseautage et en travaillant en équipe.»
À la fin de ses études post-doctorales au Health Sciences and Technology de Harvard, à Boston, elle a accepté un poste de recherche à l'UQAC. Sachant qu'elle avait eu des offres d'autres universités, des collègues n'ont alors pas hésité à se moquer d'elle.
«On me disait à la blague «Mais qu'est-ce que tu vas faire à aller mourir à Chicoutimi? Tu reviendras nous voir après!», raconte Catherine Laprise en riant. Maintenant, ces collègues voient que c'est possible de mener une carrière en recherche en région.»
Toutefois, les documents qu'elle a reçus en provenance du comité de sélection des Instituts de recherche en santé du Canada prouvent bien que le jury n'est pas habitué d'écrire le nom de notre université régionale. Mme Laprise raconte en souriant qu'elle a reçu des documents sur lesquels il était écrit Université du Québec à "Chikatimi" ou encore «Université du Québec à Montréal département Saguenay».
Elle espère que le Saguenay-Lac-Saint-Jean sera reconnu un jour pour la qualité de ses recherches, autant en sciences fondamentales qu'en sciences humaines.
«Le développement de la région a beaucoup passé auparavant par les industries, souligne-t-elle. L'économie du savoir pourrait faire une différence si nous faisons de la recherche de qualité. Je pense que nous allons obtenir tôt ou tard cette reconnaissance, car la région rassemble des gens très créatifs.»
Améliorer la qualité de vie
La biologiste de formation, qui collabore maintenant avec les plus grands noms de son domaine, ne se dirigeait pourtant pas vers la recherche universitaire.
«Quand j'ai fait mes demandes d'admission pour l'université, j'étais intéressée par tout», raconte-t-elle. Elle a déposé des demandes en éducation préscolaire et en enseignement primaire, en psychologie, en médecine, en biologie et en théâtre, en se disant qu'elle choisirait en fonction des réponses positives qu'elle obtiendrait. Elle a été acceptée partout, et a fini par fixer son choix sur la biologie.
«J'ai aimé la diversité des aspects auxquels on touche en biologie. Je voulais finalement un domaine où je pouvais avoir l'impression que je pouvais changer les conditions de vie des humains, et c'est ce que je peux faire maintenant en travaillant sur l'asthme», ajoute celle qui souffre elle-même d'asthme, tout comme ses enfants et plusieurs membres de sa famille.
Mgauthier@lequotidien.com