Georges Claveau, Daniel Lemieux, Jean-Yves Gagnon et Carl Thibeault ont taillé en pièces l'action politique au restaurant Lucerne de La Baie.

La parole aux électeurs

Le débat des chefs de jeudi soir ne changera pas les intentions de vote des habitués du restaurant Midas de Saint-Félicien.
<p>Dominique Bilodeau et Marcel Bouchard n'ont pas fait leur choix et le débat ne les a pas aidés.</p>
<p>Les retraités Jean Martel, André Bouchard et Laurent Côté ont regardé attentivement le débat des chefs.</p>
Café en main, des hommes discutaient politiques tout en déplorant les élections à répétitions. « Moi, j'ai écouté On connaît la chanson à la place du débat parce que je connais celles des politiciens. Les débats ne m'intéressent plus. Je suis tanné! Je ne sais pas pour qui je vais voter. Ils devraient s'engager à faire des élections aux quatre ans. Je suis tanné des gouvernements minoritaires », a réclamé Dominique Bilodeau.
Marcel Bouchard a écouté en entier le débat jeudi soir. Lui aussi affirme que son choix n'est pas fait. « Moi j'écoute jusqu'à la fin ce que les politiciens ont à dire et à proposer et ensuite je fais mon choix. Je n'ai rien décidé même si j'ai bien aimé François Legault lors du débat. Ma femme a peur que j'annule son vote, si je ne penche pas du même bord qu'elle. Moi je vote toujours pour les idées et non pour un parti », a-t-il mentionné.
Yan Taillon va continuer à voter libéral. « J'ai trouvé que monsieur Legault et madame David ont été les meilleurs, mais ce n'est pas suffisant pour avoir mon vote. Mon homme, c'est Philippe Couillard. Il a été calme et posé pendant le débat. J'ai aimé ça. Je vote toujours pour l'homme, mais cette fois l'idée de tenir un référendum ne me plaît pas du tout », a-t-il mentionné.
Deux hommes rencontrés à une autre table penchent pour Philippe Couillard parce qu'il peut devenir premier ministre. « Je n'ai pas écouté le débat. Par contre, j'aurais tendance à choisir monsieur Couillard parce que c'est le chef de parti », a affirmé Yoland Simard.
Christian Aubé est un libéral convaincu. Il a bien aimé la performance de Philippe Couillard. « Je pense qu'il y a plusieurs personnes qui penchent pour lui parce qu'il risque d'être le premier ministre. Notre comté ne peut pas passer à côté d'une chance semblable », fait-il valoir.
Un homme qui est venu s'immiscer dans la conversation animée par la présence du Quotiden a réitéré sa volonté de voter pour le Parti québécois et Denis Trottier. « C'est un vrai gars de la place », a-t-il lancé faisant référence au fait que Philippe Couillard ne vit à Saint-Félicien que depuis quelques années.
Dans la circonscription de Lac-Saint-Jean
François Legault a marqué des points alors Françoise David s'est démarquée avec son attitude calme et posée. Pour sa part, Philippe Couillard a cogné fort chaque fois qu'il pouvait coincer Mme Marois sur un possible référendum. Et pour sa part, «Pauline en avait trop à dire et elle n'arrêtait pas de parler», a constaté Clément Rousseau, un citoyen qui a écouté le débat attentivement. «Je voulais savoir ce qui se dirait. Ça s'est bien passé, personne n'est parti en peur. Avec Charest, ça a déjà pris le mors aux dents.»
Au restaurant McDonald's d'Alma, l'endroit où plusieurs se réunissent tous les matins pour placoter, le débat présenté jeudi soir était le sujet de conversation. Toutefois, d'autres ne cachaient pas qu'ils avaient préféré regarder le match de hockey, se disant plutôt désenchantés par la politique.
À l'intérieur du restaurant, quelques-uns misaient sur l'issue de la campagne, d'autres faisaient déjà leurs paris sur les personnes qu'ils verraient devenir ministre et certains préféraient faire leurs mots croisés en écoutant leurs compagnons.
Mais ce qui a ressorti des conversations est la performance du chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault. Aux dires de plusieurs, il s'en est très bien tiré. Raymond Lapointe d'Alma aimerait bien qu'il puisse avoir la chance de faire ses preuves. «Il va avoir mon vote, il ne l'a jamais eu! Il a été le meilleur et a très bien parlé. Il a une tête sur les épaules et veut couper aux bonnes places.»
Entre deux gorgées de café et se gardant une petite gêne sur son candidat favori, Réjean Lapointe affirme de son côté que peu importe qui est au pouvoir, «c'est toujours du pareil au même et un éternel recommencement. Je n'ai même pas regardé le débat. Je ne voulais pas me faire raconter des menteries. Marois n'a pas respecté ses promesses. De son côté, Charest a endetté la province et a enrichi la mafia. On le voit avec la Commission Charbonneau».
À une table voisine, d'autres retraités disaient également avoir aimé l'attitude de François Legault et Françoise David. «M. Legault a été avantagé. Il a donné quelques bons coups de poing à Mme Marois», a lancé André Bouchard d'Alma. «Mais quand Couillard en a eu la chance de s'attaquer à la faiblesse du PQ, soit l'idée d'un référendum, il n'a pas pris un marteau pour cogner sur le clou, il a plutôt sorti sa masse», a remarqué un autre électeur.
«J'ai déjà hâte au prochain débat. C'est là que ça va se jouer», a ajouté Laurent Côté.
La désillusion règne
Au lendemain du premier débat des chefs, la désillusion régnait en maître, tôt hier matin, au « comptoir des lamentations » du restaurant Lucerne de La Baie où nous nous sommes déplacés pour connaître l'opinion de quelques citoyens.
Bien installés autour du comptoir en « U » pour prendre le petit déjeuner, ces quelques travailleurs ont commencé par affirmer qu'ils n'avaient pas grand-chose à dire sur la politique sauf que, très rapidement, les langues se sont déliées. L'un d'eux a affirmé qu'il n'est jamais allé voter même s'il a des opinions très tranchées sur la politique. « C'est de valeur que Réal Caouette soit mort, au moins il mettait de la couleur dans la politique », affirme l'un d'eux.
Invités à se prononcer sur l'élection dans Dubuc, difficile de connaître les opinions de chacun sur le choix qu'ils feront dans ce milieu somme toute tissé serré. Parmi les propos qui se dégagent, la baisse des tarifs d'électricité industrielle de l'aluminerie de Baie-Comeau suivie d'une hausse des tarifs résidentiels de 4,8 %, les subventions accordées pour l'installation de l'ex-usine MDF au Transfo-Parc et son déménagement vers les États-Unis de même que la disparition de l'usine Port-Alfred suscitent encore la rancoeur. « Ces compagnies-là ont profité de tout gratuitement avec l'aide de nos gouvernements. Cet argent-là part de la poche des citoyens. Elles ont tout grugé, puis sont parties. Ici tout ferme. L'aluminium, la forêt, ce n'est plus la priorité du monde », souligne un autre participant au panel matinal.
Pour ce qui est du débat des chefs, l'exercice est passé à la moulinette étant qualifié de « comédie » dirigée par des enfants d'écoles n'ayant rien d'intéressant à dire. « Je suis certain qu'il y a de bons hommes et de bonnes femmes là-dedans, mais quand ils sont élus, il faut qu'ils suivent la ligne de partie. T'es ti-cul quand t'arrives là-dedans. »
L'endettement de la province fait l'objet de jugements sévères en raison de la présence de plusieurs programmes sociaux comme l'instauration de garderies. L'un rappelle qu'à son époque, on faisait garder les enfants par un oncle, une tante une grand-mère que l'on payait le vendredi. « Ils ont créé un monstre avec les garderies. On reçoit notre talon de paye et il ne reste plus rien. »
Pour ce qui est de la charte de laïcité, un consensus se dégage sur la nécessité de son adoption. « Si ça continue, on n'aura plus d'identité. Tu portes une cagoule de motoneige et tu risques de te retrouver en prison », sont des propos entendus.
Décidément, la liste des récriminations contre les politiciens est longue, à tel point que l'un des citoyens a qualifié lui-même de « comptoir des lamentations » la pièce du Lucerne. Quant au non-votant, le petit débat l'incitait presque à exercer son droit le 7 avril prochain.