Les vampires ont la cote au cinéma.

La nouvelle culture du paranormal

CHRONIQUE ÉGLISE / Depuis leurs débuts, la littérature et le cinéma ont traité de sujets religieux et spirituels. Comme grand amateur de genre fantastique, j'aime y faire cette recherche de sens et des symboles pour y découvrir la réflexion et la sensibilité que l'on a voulu y insérer : la vie et la mort, la souffrance, l'univers, l'homme et la création, le bien et le mal, etc. Et au coeur de cette profondeur de sens, qu'en est-il de la foi en tant que telle ?
Ces dernières années, le genre fantaisiste et surnaturel gagne en popularité. Spontanément, je pense à Star Wars, Avatar, Contact, Le Roi lion, Boréal express, Exorcisme, Dracula, Twilight, Harry Potter, etc. Les sorciers, magiciens, loups-garous et démons, sous des formes plus modernes, continuent de fasciner. Mais véhiculent-ils encore les mêmes archétypes existentiels ? Je ne les condamne pas, je me plonge dans la réflexion qu'ils proposent.
Ce qui était dénoncé et désigné comme mauvais, dangereux et démoniaque connaît désormais une inversion de sens presque totale. Rappelons-nous comment les créatures de la nuit constituaient un univers sombre et horrifiant ! Les vampires, par exemple, personnifiaient la pire des malédictions. Ces 'non-vivants', qui doivent absorber le sang, l'essence même de la vie.
Aujourd'hui, les vampires ont encore la cote dans l'univers culturel et cinématographique, mais on nous les montre au grand jour. Ils protègent, tombent amoureux des humains, se marient ! Être un vampire serait-il devenu une bénédiction ? Serait-ce le rêve de l'éternelle jeunesse ? Si les auteurs ont embelli l'image des vampires, leur essence n'a pourtant pas changé : ils sont toujours dépendants des vivants pour survivre.
Leur vie demeure une non-vie. Ils n'ont pas évacué tout ce qui rappelle notre finitude qui fait pourtant partie de la vie, qui fait partie de moi, de chacun et chacune de nous. Je porte en moi ce potentiel de mort, mais aussi un potentiel de vie. Doit-on y voir la tentative d'un réconfort existentiel face à la mort et à la souffrance ? Est-ce un désir d'embellir cet aspect moins beau, moins invitant de notre existence, dans une société toujours en quête de repousser l'ultime et fatale réalité de la vie qu'est la souffrance et la mort ?
Besoin de sens
Il y aurait lieu de s'interroger sur ce déplacement de sens. Je propose une piste pour y réfléchir : cela sert-il à combler un certain vide quant au besoin de sens de nos contemporains ? Est-ce une manière de combler un certain vide spirituel ? Le fantastique, le surnaturel et le paranormal sont-ils en train de procurer un nouvel horizon de sens et d'espérance ?
Comme chrétien, je me questionne sur ce retournement et j'y vois des liens avec nos aspirations à « mourir dans la dignité ». Je me sens interpellé sur le sens de cette requête et de la dignité dont il est question. Il me semble que cela n'est pas étranger à notre rapport à la finitude, à la souffrance et à la mort dont nous parlions plus haut.
La foi au Christ porte une espérance : « Les personnes en bonne santé n'ont pas besoin de médecin, ce sont les malades qui en ont besoin » (Lc 5, 31), dit Jésus, qui annonce que Dieu veut donner un autre sens à nos souffrances. La réponse se trouve en regardant la croix. Malgré mes tentatives de me voiler les yeux, de repousser l'inévitable, la mort viendra tout de même. Mais quelle bénédiction ! À défaut d'une aide médicale à mourir, Dieu propose une aide spirituelle dans la souffrance : l'espérance ! Dieu n'est pas ce vampire qui, pour survivre, doit me détruire. Il est LE Vivant et il n'a pas besoin de ma vie. Seulement que je me tourne vers lui en confiance et que je m'approprie ma propre souffrance pour y laisser sa Vie s'y déverser en abondance pour la transfigurer.
Les vampires ? C'est bon pour le cinéma. Ils peuvent bien retourner dans leur tombeau et nous laisser vivre notre vie !
Frédéric Tremblay, Institut de formation théologique et pastorale