Le président du syndicat des Métallos de l'aluminerie d'Alma, Alexandre Fréchette, le vice-président, Sylvain Maltais, le conseiller syndical, Hugues Villeneuve, et le président du Local 9190 des Métallos du Roberval-Saguenay, Daniel Girard, ont fait une proposition à Unifor pour mettre un terme à la guerre qui couve sous la campagne de syndicalisation de l'aluminerie de La Baie

La guerre syndicale continue

Unifor rejette toujours la proposition du Syndicat des Métallos de l'Usine Alma de Rio Tinto de procéder au dépôt des cartes signées dans le cadre de la campagne de maraudage à l'usine de La Baie. L'organisation en avance aurait ainsi poursuivi l'opération afin d'obtenir la signature d'une majorité de travailleurs pour la mise en place d'un syndicat.
Le directeur québécois d'Unifor, Renaud Gagné, n'a pas mis de temps à rejeter la proposition répétée en point de presse, jeudi matin, par le président des Métallos d'Alma, Alexandre Fréchette. Au cours d'un entretien avec Le Quotidien, Renaud Gagné a été bref alors qu'il a expliqué qu'il appartenait aux travailleurs de choisir leur organisation syndicale.
Interrogé sur l'échec plus que probable de la campagne de syndicalisation provoqué par le litige entre les deux grandes organisations, M. Gagné a indiqué qu'il pourrait faire trois pages de commentaires, mais préférait s'abstenir. «C'est trop facile de dire que la syndicalisation va échouer parce qu'il y a une querelle entre les syndicats», a simplement résumé le grand patron d'Unifor.
Jeudi matin, les représentants des Métallos d'Alma et du Chemin de fer Roberval-Saguenay, section Saguenay, ont rencontré la presse pour traiter des enjeux de la campagne de syndicalisation en cours à l'usine de La Baie de Rio Tinto. Alexandre Fréchette a évité de critiquer le syndicat Unifor qui est aussi affilié à la FTQ.
«Nous sommes prêts à rencontrer les représentants d'Unifor avec l'encadrement de la FTQ. Nous allons déposer les cartes et si Unifor a plus de signatures que nous, nous allons tout simplement nous retirer pour les supporter dans la campagne jusqu'à la fin. Dans cette affaire, les plus grands perdants sont les travailleurs de La Baie qui ont jugé pertinent de s'adresser à nous afin de se prémunir contre les prochaines coupes de Rio Tinto.
«Il ne faut pas oublier, reprend Alexandre Fréchette, que si nous sommes en ce moment en campagne de syndicalisation, c'est parce que des travailleurs ont décidé de nous contacter. Nous sommes présents puisqu'il y a un nombre très significatif de travailleurs qui souhaitent la syndicalisation.»
Les dirigeants des Métallos sont demeurés discrets sur le nombre de cartes signées en ce moment par des travailleurs de La Baie. Il est toutefois clair que les deux organisations en place n'ont pas atteint les 225 à 250 signatures de carte nécessaires pour obtenir une majorité incontestable par l'employeur comme ce fut le cas lors de la dernière campagne de syndicalisation.
L'un des enjeux évidents pour le moment concerne la représentativité dans les usines de la région. En recrutant les travailleurs de La Baie, les Métallos vont contrôler la plus importante production en terme de tonnes métriques. Le SNEAA conservera une très légère avance en nombre de membres.
Dans le dossier de l'aluminerie de La Baie, les instigateurs de la campagne de syndicalisation avaient choisi l'organisation des Métallos. Ce sont les travailleurs d'Alma qui ont été les premiers à tendre la main aux travailleurs de La Baie au lendemain de l'annonce de la suppression d'une centaine de postes transférés des taches à la sous-traitance.
Selon Alexandre Fréchette, les travailleurs de l'aluminerie de La Baie arrivent à un moment charnière. Il rappelle que Rio Tinto a annoncé au lendemain des compressions de nouvelles coupes de l'ordre de 750 M $ pour les installations de l'Atlantique. «Rio Tinto a démontré que les travailleurs non syndiqués ne sont pas à l'abri de ces décisions pour éliminer les emplois de qualité afin de faire place à la sous-traitance.»
Opération séduction d'Unifor
(Myriam Gauthier) - Unifor était en opération séduction, jeudi en fin d'après-midi, à l'Usine Grande-Baie de Rio Tinto. Une délégation de la section régionale attendait les employés à leur sortie de l'usine baieriveraine pour leur distribuer des tracts.
Le président du Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida (SNEAA, Unifor), Alain Gagnon, refuse toutefois de voir la compétition entre Unifor et les Métallos d'Alma, tous deux affiliés à la Fédération des travailleurs du Québec, comme une «guerre». 
«On est là pour mettre fin à un mythe comme quoi on n'est pas présents. On a toujours été présents. Il n'y a pas de guerre, c'est une option, et c'est à eux de prendre la décision. Le champ est libre et c'est ouvert à tout le monde», a-t-il énoncé. 
Une quarantaine de représentants d'Unifor étaient postés à la sortie du chemin d'accès qui mène à l'Usine Grande-Baie, en bordure de la route 381. Le groupe était arrivé en autobus vers 16 h 15 et prévoyait quitter les lieux vers 19 h 15, pour rencontrer les travailleurs à la fin de différents quarts de travail.
Des tracts étaient distribués sous la pluie aux automobilistes qui s'arrêtaient. L'événement se déroulait calmement, lors du passage du Quotidien, et les employés qui ne se souhaitaient pas s'arrêter n'étaient pas importunés par les syndiqués. Quelques militants d'Unifor se trouvaient aussi au Potvin & Bouchard de La Baie.
L'événement était prévu depuis un moment, a ajouté M. Gagnon. «Il y a beaucoup de désinformation, et on veut donner les vraies informations. On fait cette activité à la demande des gens. On sent une vague», a-t-il indiqué sans vouloir préciser si son organisation pensait avoir les devants de la course. L'organisation syndicale affirme recevoir de nombreux téléphones et multiplier les rencontres d'informations, le soir, dans les résidences des employés qui en font la demande.
50 % + 1
Unifor s'engage, dans le tract distribué, à choisir l'option du «minimum 50 % + 1». Les syndicats qui courtisent des travailleurs ont deux choix : demander un vote à l'ensemble des employés lorsqu'un syndicat parvient à faire signer des cartes à 35 % des travailleurs ou déposer une requête en accréditation au Tribunal administratif du travail lorsque la majorité des travailleurs ont signé leur carte (soit le «minimum 50 % + 1»). Chaque carte de membre signée est valide un an.
«C'est aux gens de faire leur choix. On a un bureau régional, on représente déjà 1500 employés de l'aluminium dans la région et on est plus forts que jamais», a lancé pour sa part François Beaudoin, représentant national au service de recrutement chez Unifor.