La Fabuleuse histoire d'un Royaume a 30 ans

Créée en 1988, La Fabuleuse histoire d'un Royaume raconte les quasi deux siècles de l'histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean dans un spectacle pour lequel plus de 160 artistes bénévoles et une cinquantaine d'employés mettent la main à la pâte. Avec un budget porté à 1,5 M $ par Diffusion Saguenay, les projections vidéo spécialement conçues pour la 30e saison transformeront la scène du Théâtre du Palais municipal de La Baie. Vue par plus d'un million de personnes en France et au Québec depuis ses débuts, la production présentée du 7 juillet au 19 août aura des airs de nouveauté pour tous.
Depuis deux semaines, le Théâtre du Palais municipal fourmille 20 heures par jour. La préparation d'un spectacle comme La Fabuleuse histoire d'un Royaume est toujours considérable, sauf qu'elle prend encore plus d'ampleur pour la 30e année avec l'intégration des projections vidéo, un « plus » impressionnant pour la mise en scène, mais une nouvelle contrainte pour l'équipe technique.
Le contenu vidéo était déjà présent dans la production d'environ deux heures, mais pas dans une telle forme. Neuf projecteurs ont été acquis et ont été spécialement modifiés par le fabricant en Allemagne. L'agence Matières de Québec, sous la direction artistique de Ghislain Turcotte, a conçu les vidéos qui s'intégreront aux décors. 
Par exemple, les montagnes en arrière-plan sont parfaites pour y faire évoluer les Amérindiens. Elles sont toutefois moins pratiques pour présenter la faste cour du roi de France au temps de la colonisation. Elles prendront donc maintenant les traits des jardins de Versailles.
« La vidéo est au service du spectacle pour créer une ambiance comme on a rarement vu sur scène. Les décors prennent vie, c'est magique. Depuis 1988, nous réalisons un exploit et nous émerveillons le public. Nous étions novateurs à nos débuts et nous le sommes encore », souligne le metteur en scène, Louis Wauthier, déjà impliqué il y a 30 ans.
En tant qu'accompagnement, la vidéo a toutefois ses limites et les décors de la scénographe Sophie Desrosiers sont toujours pertinents pour représenter des lieux physiques, comme le magasin général du village de Val-Jalbert. 
Lors du passage de la journaliste, le système d'éclairage était complètement revu pour une première fois en au moins quatre ans. Le concepteur Nyco Desmeules, qui est aussi chef éclairagiste au Grand Théâtre de Québec, avoue qu'un défi de ce genre se pose rarement dans une carrière.
« Il faut repositionner beaucoup de trucs. C'est important que la lumière n'éclabousse pas la vidéo, sinon ça perd son effet, explique-t-il. En plus, la superficie à couvrir ici est assez surdimensionnée avec la taille d'un demi-aréna. »
Du côté des effets spéciaux, la responsable Isabeau Côté doit repenser la pyrotechnie, comme les explosions qui ponctuent le tableau des Guerres mondiales. « La partie technique doit fusionner avec la vidéo. On peut amplifier ce qui est projeté ou ajouter d'autres moments forts », affirme-t-elle.
Pour Louis Wauthier, La Fabuleuse place les gens dans un moment de l'histoire régionale, tel le Grand Feu de 1870 ou le Déluge de 1996, un moment visuel, mais aussi sonore. C'est là qu'intervient le spécialiste Serge Lachance et sa nouvelle console. Il pourra maintenant éditer environ 50 pistes sonores, soit chaque instrument de la trame musicale, les voix préenregistrées et la bande ajoutée par la vidéo. Un gros mandat, admet-il.
Le spectacle se tient à 19 h 30 du mercredi au samedi, sauf les 16 et 17 août. L'admission est de 55,75 $ pour les adultes, 31 $ pour les étudiants et 14 $ pour les enfants. Les billets peuvent être achetés sur le site de Diffusion Saguenay ou au (418) 698-4080.
La population régionale sollicitée
Bien que l'aspect technique soit important, c'est sous l'impulsion des 162 comédiens et danseurs, qui répètent depuis janvier, que l'histoire prend vie. 
La plus jeune comédienne a seulement 4 ans alors que le plus vieux compte 88 printemps. Plusieurs membres de même famille montent ensemble sur scène. 
Les quatre couturières qui habillent les artistes sont aussi à l'oeuvre à temps plein depuis le début de l'année. L'atelier, supervisé par Odette Lavoie, débordait en début de semaine de chapeaux aux tons crème. L'équipe doit en produire 70 pour le tableau de l'Hôtel Roberval, quand le lac Saint-Jean était prisé par les riches pêcheurs et croisiéristes et nouvellement desservi par le train. Écrite par le dramaturge originaire de la région Michel-Marc Bouchard, la scène a été réintégrée cette année avec celle du hockey et devrait provoquer bien des rires.
Au fil des saisons, les tableaux originaux de l'auteur Ghislain Bouchard évoluent et il y en a maintenant 24. Notons que pour une seule scène, il y a presque autant de chapeaux à créer que de perruques à réaliser pour tout le spectacle par la responsable des coiffures Pauline Simard.
Tout ce beau monde, et même les animaux qui agrémentent quelques scènes, est géré par la directrice de production Marie-Alice Simard, elle aussi présente depuis 1988. « Si elle n'est pas là, je démissionne », assure sans plaisanter le metteur en scène Louis Wauthier.
Alors que La Fabuleuse attire de plus en plus le public de l'extérieur (environ 75 % de l'audience), M. Wauthier espère que la population de la région reviendra fêter le 30e anniversaire. 
« Chaque saison, nous voulons aller plus loin. C'est sûr que nous voulons aussi être là pour une 31e année, une 32e et ainsi de suite. Je crois que, cette année, les gens doivent avoir le goût de revoir le spectacle et de revivre la magie. »