Le bédéiste originaire de Jonquière, Pascal Girard, maille le réel et l'inventé dans son nouvel album, intitulé La collectionneuse. Publié par les Éditions de la Pastèque, cet ouvrage est disponible depuis le 14 janvier.

La double vie de Pascal Girard

C'est l'histoire d'un auteur de bandes dessinées qui voit une jeune femme voler l'un de ses albums. Que faire en de telles circonstances? Dénoncer la belle? Laisser faire, tout en se montrant flatté de son intérêt? Telles sont les questions que se pose le personnage central de La collectionneuse, le nouvel album de Pascal Girard publié aux Éditions de la Pastèque.
Le bédéiste originaire de Jonquière est parti de ce flash pour imaginer des péripéties qui courent sur une centaine de pages. Comme c'est devenu son habitude, son héros lui ressemble étrangement. Il porte le même nom, pratique le même métier et a vraiment écrit Jimmy et le Bigfoot, l'ouvrage dont une librairie a été soulagée.
Est-ce à dire que La collectionneuse représente l'équivalent d'un journal personnel? Bien sûr que non, a répondu le principal intéressé hier, lors d'une entrevue téléphonique accordée au Quotidien. Oui, des épisodes de sa vie sont maillés à des événements fictifs, mais la trame est tellement serrée que si on voulait tout démêler, ça reviendrait à défaire une courtepointe.
« Les gens qui me connaissent savent que j'ai grossi le trait. Je me suis toujours dessiné dans mes histoires. Ça m'amuse de me mettre en scène, mais à la longue, celui que je montre est devenu un personnage à part entière. Dans le nouvel album, on a des éléments en commun, sauf que je lui fais vivre des choses différentes », mentionne Pascal Girard.
Tranche de vie
La part de vérité dans La collectionneuse tient au fait que l'auteur, comme son alter ego en deux dimensions, est un jeune trentenaire qui a traversé une période de transition. Pour lui, elle s'est traduite par un déménagement à Montréal, alors que son double a été largué par sa blonde.
Une autre chose qui est commune aux deux, c'est leur décision de retourner aux études. En revanche, le vrai Pascal Girard n'a jamais entrepris une enquête comme celle que relate son nouvel album. Elle a pour objet de retrouver la voleuse, sans qu'on sache trop pourquoi. C'est peut-être pour aider le libraire, victime de plusieurs larcins. Peut-être aussi parce que la femme est jolie.
L'histoire est bien menée et souvent très drôle. Il n'y a pas de suspense comme dans un thriller, cependant, puisqu'on est dans la tranche de vie façon Lauzier, façon Bijoux de la Castafiore. On entre dans la tête du héros, dont l'ego est fragilisé. On le voit accumuler les gaffes et les malaises.
« Au début, je voulais écrire un policier. Il y a une enquête, mais je n'ai pas réfléchi tant que ça à ce que je souhaitais dire. Le scénario est fait de notes que j'ai mises ensemble et je suis content du résultat. Grâce à ce livre, je me rapproche de plus en plus de ce que j'avais en tête quand j'ai commencé dans le métier. Le dessin est meilleur. Le scénario aussi », estime Pascal Girard.
Ce qui lui fait plaisir, entre autres, c'est le sentiment d'avoir trouvé sa manière, de s'être affranchi des influences qui, forcément, façonnent l'artiste en devenir. Il est maintenant prêt à pousser le bouchon un peu plus loin, en racontant une histoire dont le principal protagoniste ne serait pas calqué sur lui.
« Pour le prochain, je veux me mettre en danger. Je commence à être dans ma zone de confort », énonce Pascal Girard.