Philippe Couillard

La campagne des chefs

Au Québec, une campagne électorale est essentiellement axée sur les chefs. Et depuis l'avènement de la télévision, les préoccupations des grands centres occupent toute la place. Roberval fait exception, cette année, parce que Philippe Couillard a renoncé au confort d'Outremont, une circonscription de l'Île de Montréal qui a toujours voté libéral depuis sa formation en 1963, pour affronter Denis Trottier. Et il a pris l'engagement de revenir chaque semaine dans son nouveau comté, ce qui représente, par la route, à partir de Montréal, un trajet de 461 kilomètres, soit la même distance qu'entre Paris et Londres.
Dès son retour dans sa nouvelle circonscription, samedi, il a de nouveau sauté à pieds joints dans le terrain que Denis Trottier défend avec la dernière énergie, celui de l'exploitation forestière. C'est le thème dominant dans le nord du Lac-Saint-Jean, mais aussi dans d'autres régions, car ce secteur économique est affaibli de 30 000 emplois, soit le tiers de sa main-d'oeuvre, depuis l'Erreur boréale amplifiée par la crise financière de 2008 et l'application des recommandations de la commission Coulombe.
Le Rendez-vous
Le député sortant n'a pas attendu la campagne électorale pour obtenir des engagements chiffrés de l'État. Il estime avoir consacré six ans à la préparation du Rendez-vous national de la forêt québécoise qui a entraîné, le 20 et 21 novembre dernier à Saint-Félicien, quelque 200 spécialistes, industriels et politiciens dans une mise à jour de la situation suivie de décisions incontournables.
Escortée du député Trottier et des ministres Stéphane Bédard, président du Conseil du trésor, et Martine Ouellet, titulaire des Ressources naturelles, la première ministre Pauline Marois a annoncé l'adoption d'un programme de soutien à l'industrie forestière qui nécessitera des investissements de quelque 430 millions$. «C'est un message fort!» s'était exclamé Richard Garneau, le grand patron de Résolu, dans un mouvement de satisfaction.
Quant à Philippe Couillard, il profite de toutes les occasions pour passer le message à la presse nationale. Son intention de consacrer annuellement 225 millions$ au reboisement, à de l'aménagement en forêt publique, rendra-t-elle Greenpeace et les écolos plus sensibles aux malheurs des forestiers et de leur famille? «Dites aux jeunes, a-t-il insisté, que l'exploitation forestière offre encore de beaux et bons emplois...»
La conjoncture a permis à la forêt de se glisser discrètement parmi les thèmes nationaux. Peut-on espérer que la projection des discours, sur le sujet, dans le débat national modifiera la perception négative que les urbains des grands centres entretiennent à l'endroit de cette activité économique majeure depuis le brulot de Richard Desjardins? Je vous laisse la réponse.
Statut particulier
La campagne continuera de tourner autour de l'imprévisible région de Québec et de l'indécise Montérégie avec, au centre, les maires des deux plus importantes villes, qui réclament leur statut spécial. Denis Coderre et Régis Labeaume ont raison de pourfendre le système qui complique à l'extrême la réglementation. Les municipalités ne sont pas les seules à en souffrir. Pensons aux PME qui, après avoir perdu un temps fou à remplir des formules, sont souvent obligées de recourir à des professionnels pour décoder certains éléments de cette paperasse gouvernementale.
Mais offrir au maire de Montréal un siège au conseil d'administration d'Hydro-Québec et lui céder, comme il le réclame, des pouvoirs sur les relations internationales, l'immigration et la culture serait irresponsable et contraire à l'esprit de la constitution.
Québec jouit déjà d'un statut particulier avec sa Commission de la capitale nationale.
Et Montréal, par sa présence dominante au conseil des ministres de n'importe quel gouvernement, peut facilement faire adopter ses grands projets et obtenir les ressources nécessaires à leur réalisation. Ne faisons pas de la métropole une cité-État isolée du Québec des régions.