La Bibliothèque Hélène-Pedneault

Il y a la Salle François-Brassard, la Salle Pierrette-Gaudreault, le Centre Georges-Vézina, la Salle Marguerite-Tellier. Ces lieux perpétuent la mémoire de personnalités ayant oeuvré sur le territoire de la ville de Saguenay. Ils témoignent de la reconnaissance de leur communauté et de son souci de valoriser l'excellence.
Cette démarche est si pertinente qu'un groupe de citoyens a communiqué avec les autorités municipales de Saguenay, l'été dernier. L'ouverture prochaine de la bibliothèque de Jonquière l'avait incité à soumettre le nom d'une fille de la place, Hélène Pedneault, pour désigner l'imposant édifice s'élevant à l'angle des rues Saint-Dominique et du Vieux-Pont.
Un article publié en novembre, dans le journal La Pige, livrait une partie des arguments avancés par les citoyens. Ils ont rappelé qu'Hélène Pedneault a vécu dans le quartier Saint-Dominique jusqu'à l'aube de sa vie adulte, ont fait valoir sa contribution en tant qu'écrivaine et féministe, tout en signalant que la ville de Québec a donné son nom à une rue, il y a quatre ans.
Le comité dont font partie, entre autres, l'homme de théâtre Denis Leclerc et le directeur général et artistique du Café-Théâtre Côté-Cour de Jonquière, Réjean Bouchard, a fait chou blanc lors de ses premiers contacts avec la ville. Nullement découragé, il a exprimé le désir de relancer l'affaire au début de la présence année.
Un livre opportun
Le jour de leur prochaine rencontre avec les autorités, les citoyens n'auront qu'à remettre un exemplaire du livre Qui est Hélène Pedneault? , lancé à la fin de 2013. Cet ouvrage fondé sur 68 témoignages couvre tous les pans d'une vie très riche, une vie cruellement interrompue par le cancer qui a emporté la Jonquiéroise en 2008, à l'âge de 56 ans.
Elle fut journaliste à La vie en rose, ainsi qu'au Progrès-Dimanche et à Radio-Canada, plus précisément à la radio de Chicoutimi. Sa pièce de théâtre La Déposition constitue une oeuvre importante, tandis que le monde de la chanson lui doit des dizaines de textes interprétés par Marie-Claire et Richard Séguin, Michel Robert, Sylvie Tremblay, Renée Claude, Geneviève Paris, Judi Richards et Luce Dufault.
L'auteure, elle, a écrit deux biographies de Clémence Desrochers et des ouvrages plus personnels, dont Mon enfance et autres tragédies politiques, Journal intime et politique 1984-2003, ainsi que La douleur des volcans.
Hélène Pedneault a aussi géré la carrière de plusieurs artistes, en plus de militer pour la cause des femmes et la protection de l'environnement, la souveraineté du Québec et une plus grande justice sociale. Pas étonnant que le Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean l'ait honorée peu de temps avant son décès. Malgré sa relative jeunesse, cette femme était incontournable.
Un choix qui s'impose
Le livre de Sylvie Dupont fait ressortir les liens profonds qui unissaient Hélène Pedneault et sa communauté d'origine. Lorsque sa carrière l'a menée à Montréal, il y a eu un éloignement, mais pas de rupture. Jamais elle n'a renié Jonquière, une ville qu'il lui plaisait de retrouver lorsque le travail ou l'amitié lui commandaient de s'y rendre.
«Hélène était partie par besoin d'indépendance et parce qu'elle avait le goût de voir le monde. Elle était si attachée à sa région que c'est ce qui l'a incitée à acheter un chalet à Saint-Zénon, dans Lanaudière. Le paysage lui rappelait le Saguenay», a fait remarquer sa biographe lors d'une entrevue accordée à l'auteur de ces lignes.
Comme si ce n'était pas suffisant, précisons qu'elle a oeuvré au Centre culturel du mont Jacob et que La Déposition compte parmi les réussites du Théâtre La Rubrique, qui célèbre ses 35 ans cette année. La somme de ses réalisations, qui est impressionnante, montre à quel point la proposition de donner son nom à la bibliothèque tombe sous le sens.
Elle est d'autant plus pertinente que cette femme possède un profil similaire à celui de la bibliothèque, une institution qui se veut multiforme, enracinée dans la terre jonquiéroise et ouverte sur le monde.