Jean-Noël Tremblay, le politicien le plus cultivé de la Révolution tranquille, est entré au Temple de la Renommée de la mairie de Saguenay.

La belle carrière de Jean-Noël Tremblay

Jean-Noël Tremblay, le politicien le plus cultivé de la Révolution tranquille, est entré au Temple de la Renommée de la mairie de Saguenay. Une plaque commémorative renseigne dorénavant les nouvelles générations sur la carrière absolument hors du commun de ce personnage au verbe fleuri qui a navigué avec l'agilité d'un champion olympique dans les sphères politiques complexes et agitées d'Ottawa et de Québec durant une trentaine d'années.
Il fut aussi professeur, conférencier, écrivain et conseiller de grandes personnalités. Bachelier en théologie, il fit même un pas vers la prêtrise. En lui rendant hommage, le maire Jean Tremblay, l'une des rares autorités québécoises à proclamer son appartenance au christianisme, veut sans doute démontrer que de nombreux grands esprits conservent leur foi dans notre monde de plus en plus modifié par l'athéisme. «...Aux jours les plus pénibles, quand je désespérais, écrit cet érudit dans Le lieu de mon espérance, j'ai retrouvé Jésus; lui seul m'a dit le prix de l'amour véritable. Je me garderais bien de vous solliciter, de monnayer votre âme et de vous imposer un bonheur invité.»
La fin de l'Union nationale
Les aînés se rappelleront, à la lecture des grandes étapes de son cheminement, les combats épiques que ce fils du Lac-Saint-Jean a menés sur plusieurs terrains, notamment lorsqu'il fut député de Chicoutimi et ministre des Affaires culturelles dans les gouvernements Johnson et Bertrand. Il a connu son Waterloo en affrontant, au scrutin de 1970, la future vedette souverainiste Marc-André Bédard pendant que le jeune Robert Bourassa remportait une victoire décisive sur l'Union nationale de Maurice Duplessis avec 72 sièges contre 17. Le père de la Baie James écrira une page d'histoire à l'élection suivante d'octobre 1973 en faisant entrer 102 députés libéraux sur une possibilité de 110 à l'Assemblée nationale.
Jean-Noël Tremblay a flatté la fierté des Chicoutimiens en représentant le Québec du premier ministre Daniel Johnson père dans les relations traditionnelles avec Paris et les autres grands partenaires de la francophonie internationale. Dépourvu de tout sens politique partisan, il a échappé par une douloureuse hésitation l'édifice administratif qui regroupe aujourd'hui, hors des grands centres, l'essentiel des prolongements, en régions, des ministères de l'État québécois.
Marguerite-Belley
Dans un souci de démocratie, il avait confié au conseil municipal de Chicoutimi le privilège de lui désigner l'endroit où seraient regroupés les services de l'État alors disséminés sur la rue Racine. Tous les élus avancèrent mille et une raisons pour réclamer la construction de l'immeuble tant convoité dans leur quartier. Daniel Johnson rend l'âme au matin du 26 septembre 1968, jour de l'inauguration de Manic 5. Pris au dépourvu quand son nouveau chef, Jean-Jacques Bertrand, fixe à l'été 1970 un nouvel appel au peuple, Jean-Noël Tremblay décrète que l'édifice administratif sera érigé à proximité de La Pulperie, dans le quartier Ouest.
À la conférence de presse convoquée pour expliquer son choix, il n'a qu'une maquette dessinée hâtivement à offrir aux journalistes. Le gouvernement n'avait pas encore désigné l'architecte responsable de la réalisation du projet ni la maison d'ingénierie. Il fera accepter ses intentions à la prochaine séance du conseil des ministres. Mais Gérald Harvey, le député de Jonquière nommé ministre par Jean Lesage et plus tard par Robert Bourassa, modifiera, à l'avantage de sa circonscription, la proposition soumise à l'ancien gouvernement.
S'il a causé alors un immense choc au leadership des Chicoutimiens dans la foulée d'un renouvellement politique, Gérald Harvey s'est élevé à la hauteur de ses responsabilités régionales en participant activement, avec le regretté maire Maurice Paradis d'Alma, à l'épanouissement de nos institutions majeures, notamment l'Université du Québec à Chicoutimi.
Il aurait été fort intéressant d'entendre Jean-Noël Tremblay dialoguer avec les membres du Cercle de presse sur le Québec de la Révolution tranquille, les relations qu'il doit développer avec le pouvoir fédéral dans la perspective de la mondialisation et sa perception de notre région en profonde mutation démographique et économique.