Étant entourée d'humains, de chats et de chiens, la petite biche de salon a rapidement été désensibilisée aux dangers de la nature.

Il est illégal de garder un animal sauvage en captivité

CHRONIQUE / Le 28 novembre dernier, les agents de protection de la faune débarquaient chez Brigitte Thomas et Yves Martel à Wentworth-Nord dans les Laurentides. On venait saisir leur cerf de Virginie gardé en captivité depuis quatre ans dans un environnement plus que parfait. La bête, qui était loin d'être en danger ou négligée, fut arrachée de sa famille pour être reconduite quelque part, dans un refuge du Québec.
Au travers de ce drame, les agents de protection de la faune rappellent qu'au Québec, il est illégal de garder un animal sauvage en captivité, à moins d'avoir un permis. Malgré l'admiration qu'on peut avoir pour leur travail, notamment au niveau du démantèlement de réseaux de braconniers, on peut se demander pourquoi les agents n'ont pas pris le temps de trouver une solution tout en laissant l'animal en sécurité, dans son habitat. Même si on dit que nul n'est censé ignorer la loi, il y a des cas d'exceptions qui mériteraient d'être traités différemment.
Lors de sa découverte en 2012, selon la loi, la petite orpheline à déclaration obligatoire aurait dû être signalée à SOS Braconnage au 1-800-463-2191. L'animal aurait alors été confié à un centre conçu pour elle et ayant la vocation de remettre les animaux en liberté. En revanche, on ne garantit pas qu'une ressource aurait été disponible pour prendre en charge cet animal au moment ou il a été trouvé. La famille aurait pu aussi entamer les démarches pour avoir un permis spécial afin de garder le faon, mais courait-elle un risque qu'on leur enlève leur protégée le temps des laborieuses démarches? L'envie de sauver ce bébé sans défense était plus forte que tout pour ces amoureux des animaux.
Étant entourée d'humains, de chats et de chiens, la petite biche de salon a rapidement été désensibilisée aux dangers de la nature. Même si on avait eu l'intention de la relâcher en nature, sa première rencontre avec un coyote ou un chasseur lui aurait coûté la vie. La remise en liberté, qui devrait être notre priorité face à un animal sauvage, devient donc impossible.
Les humains ont de la misère à gérer les comportements de leurs animaux domestiques. Ils se tannent de leurs relations avec des animaux dont l'interaction est plus difficile à créer, tels que le lapin, le cochon d'Inde, le hamster, etc. Plusieurs finissent dans des refuges qui débordent ou délaissés carrément dans la nature. Imaginez les abus si on permettait aux gens de posséder un animal sauvage dont ils ignorent les maladies, les comportements, l'alimentation et les besoins. Un raton laveur dans une maison, mignon sur une photo, peut causer bien des dégâts tout comme le cerf en rut. Les agents de la faune ont donc le mandat de préserver la faune et protéger les humains. Avec ce genre d'histoire, qui finit abruptement, on souhaite ainsi décourager les gens à garder des bêtes sauvages dans leur salon.
De retour dans sa famille
Tout comme l'histoire du populaire raton laveur Nymous, qui avait séjourné huit jours loin de sa famille et avait failli y laisser sa peau, les agents de protection de la faune se réitèrent. Ils préparent les conditions pour pouvoir redonner la biche à Brigitte Thomas et Yves Martel. Sachant que le cerf de Virginie est un animal nerveux, espérons que May n'aura pas de séquelles reliées à ce déménagement précipité et à ce séjour en terrain inconnu. Comme il était impossible de lui redonner sa liberté, et qu'une intégration avec ses semblables risquait d'être laborieuse, il ne restait que l'option de la retourner dans ce milieu dans lequel elle s'était si bien adaptée. Qui sait, peut-être que l'histoire de May, tout comme celle de Nymous, sera l'inspiration d'un nouveau refuge pour les cervidés au Québec?