Il y a de la relève chez Identification Sports en la personne de la fille de Michel Boivin, Karell. La jeune femme s'occupe du volet de l'entreprise consacré à la marque Lavoie.

Identification sports: récit d'un fleuron régional

Un heureux accident. Trois petits mots à l'origine d'un grand succès d'affaires.
En 40 ans d'activités, Identification Sports a relevé plusieurs défis.
La semaine dernière, l'entreprise baieriveraine Identification Sports a célébré son 40e anniversaire. Le propriétaire, Michel Boivin, est très candide lorsqu'il relate les balbutiements de l'entreprise qu'il a fondée à la fin des années 70 avec son ami Claude Bouchard. Une compagnie qui, contre vents et marées, a réussi à tirer son épingle du jeu pour devenir un fleuron régional. « Ce fut un pur hasard. C'est parce que mon chum savait comment imprimer des chandails et faire de la sérigraphie que je me suis lancé dans le linge. J'aurais pu être en affaires dans n'importe quel autre domaine », a confié Michel Boivin, au cours d'une longue entrevue accordée au Progrès.
Tout jeune, l'entrepreneur a tourné le dos à la restauration, un secteur d'activité dans lequel il avait un emploi assuré, pour réaliser ses propres projets. Fils du propriétaire du restaurant Vio, un établissement qui a eu pignon sur rue à Chicoutimi pendant de nombreuses années, Michel Boivin avoue qu'après avoir épluché des patates pendant six ans à l'adolescence, il « n'aimait pas réellement ça ». Son penchant artistique lui a donné envie de se tourner vers d'autres horizons.
« Mes deux frères étaient meilleurs que moi pour ça et c'est certain qu'à 15 ans, je savais déjà que je ne serais pas dans la lignée du restaurant. Je voulais être le petit poisson rouge tout seul dans son bocal au lieu d'être un poisson dans l'océan », image Michel Boivin qui, dès la fin de l'adolescence, aspirait à être maître de son propre destin.
L'homme d'affaires se souvient d'une époque où il faisait de la sérigraphie dans le sous-sol de la maison familiale. Les odeurs générées par le procédé embarrassaient ses parents et la petite compagnie a dû déménager ses pénates en dessous d'un dépanneur de la rue Boily, dans le quartier Saint-Joachim.
Michel Boivin se rappelle aussi de débuts difficiles pour la PME qui se spécialisait alors dans la broderie et la pose d'écussons. À 22 ans, et de son propre aveu dans un élan de pure folie, le jeune homme et son associé ont décidé de se lancer dans la fabrication de chandails, après avoir obtenu un contrat lucratif pour un championnat de karaté. Les choses ont malheureusement mal tourné.
« On a acheté toutes les machines et des quantités incroyables de tissu. Le chèque de 15 000 $ n'a pas passé et le contrat est tombé. Je n'avais plus d'argent et plus de client. Heureusement, tout le tissu qu'on avait tombait dans les mêmes couleurs que le championnat de canoé-kayak à Jonquière. Pierre Lajoie nous a donné un break. On a aussi eu un contrat pour le corps de tambours et clairons de Jonquière. Après ces deux contrats-là, on a vu la lumière au bout du tunnel », raconte le proprio, de façon aussi colorée que les rayons de vêtements qui meublent la salle de montre de son commerce de La Baie.
Une ère nouvelle
Le père de Michel Boivin, Sylvio, a acheté la bâtisse du chemin du Plateau pour son fils en 1977. C'était le début d'une ère nouvelle. Deux ans plus tard, le jeune entrepreneur est devenu l'unique propriétaire d'Identification Sports. Au fil des ans, l'édifice a été le théâtre de plusieurs projets d'agrandissement. L'immeuble est passé de 1200 pieds carrés au début des années 80 à 14 000 pieds carrés aujourd'hui.
L'année 1988 a été déterminante pour Identification Sports. Louis Lavoie, fondateur des sacs Lavoie, est venu travailler avec l'équipe de Michel Boivin. La compagnie est ensuite devenue propriétaire de la marque. Quarante ans après la fondation de l'entreprise, les sacs, étuis à crayons et boîtes à lunch Lavoie représentent 50 pour cent des activités de l'entreprise.
« Les sacs Lavoie nous ont permis une ouverture sur le marché provincial et celui des Maritimes », note Michel Boivin. La fille du patron, Karell, est devenue associée. C'est la jeune femme qui administre tout le volet lié à la marque.
Se réinventer et survivre
L'ex-membre des Blue Velvet, un groupe qui, pendant 10 ans, a fait fureur au Vio Restaurant avec ses spectacles mariant l'humour et les grands classiques de la chanson francophone, a vécu les années fastes de l'industrie du textile.
En 1988 et 1989, Identification Sports a encaissé les contrats, d'abord pour le 150e anniversaire de la région, puis pour le Brier Labatt, la Coupe Memorial et les championnats canadiens de patinage artistique.
Puis, la chute. Le début des années 90, marqué par la fermeture de nombreuses usines de textiles au Québec et par l'émergence de la Chine, est venu brouiller les cartes. Michel Boivin et son équipe ont dû faire preuve d'audace.
« On a commencé à se faire rentrer dedans par la Chine. En plus de perdre nos clients, on a perdu nos fournisseurs. Le coton ouaté, le fil, la teinture, j'ai tout perdu ça. C'est devenu très dur. Il a fallu faire affaire directement avec l'Asie », met en relief Michel Boivin. Des changements dans les tendances vestimentaires ont aussi affecté les activités de l'entreprise. À une époque où les gens n'en avaient que pour le rose, le jaune et le vert fluorescents, Identification Sports a fabriqué des milliers de pièces de vêtements dans ces teintes flamboyantes. Du jour au lendemain, les chandails éclatants sont devenus dépassés.
« La mode du fluo, ç'a cassé tellement sec. Je vous dirais que le 4 septembre 1990 à exactement 8 h 15, c'était fini. On s'est retrouvé avec des centaines de mètres de tissu, particulièrement du polar. On a vendu ça à perte et on a fait des couvertures avec le reste. J'en ai encore à mon chalet! », relate Michel Boivin, un homme que l'on pourrait définir comme un brin pince-sans-rire qui semble prendre plaisir à jouer sur deux tableaux : ceux de l'humour et des choses sérieuses. Le ton est toujours juste. Cela a peut-être quelque chose à voir avec le fait que les 35 employés d'Identification Sports semblent de bien bonne humeur, assis derrière leur poste de travail. C'est du moins l'image qu'ils projettent au moment où Michel Boivin guide la journaliste du Progrès pour une grande tournée du propriétaire.
Nouvelle technologie
Aujourd'hui, la fabrication de vêtements n'occupe plus une portion aussi importante du chiffre d'affaires de l'entreprise. Il y a une dizaine d'années, Identification Sports a fait le choix de se tourner vers la sublimation, une technique qui permet d'imprimer des motifs sur du textile à très haute température. Les couleurs se transforment en gaz et intègrent la fibre. Cette façon de faire, qui a nécessité d'importants investissements et l'achat d'un mastodonte de machine il y a trois ans, assure la qualité de l'impression et la pérennité du motif.
« Tout ce qu'on coud ici, c'est parce que c'est sublimé. Sauf les sacs », mentionne Michel Boivin qui, à 63 ans, ne semble pas près de tirer sa révérence.
Une pénurie de couturières freine les projets
Encore aujourd'hui, Michel Boivin et son équipe ont des projets plein la tête. Mais en dépit de l'important virage technologique entrepris il y a quelques années, un élément majeur freine l'expansion de l'entreprise : le manque de main-d'oeuvre spécialisée.
Michel Boivin le dit d'emblée. Les couturières sont devenues une denrée excessivement rare. Une dizaine de dames travaillent derrière des machines à coudre, sur le chemin du Plateau, un nombre nettement insuffisant. Si bien que Michel Boivin a dû se tourner vers la Beauce pour combler ses besoins dans ce domaine. Après un appel de candidatures infructueux, il a fait paraître une annonce par l'entremise d'Emploi Québec. Une dame de Sainte-Euralie a répondu à l'appel.
« En Beauce, ils venaient de fermer une grosse usine de textile et des couturières avaient perdu leur emploi. Cette madame m'a appelé et je lui ai dit : "demain, je vais vous voir". Je suis monté et j'ai vu qu'il y avait un local de libre qui appartenait à la municipalité. C'était un ancien atelier de couture tout équipé. Depuis six ans, j'ai quatre couturières qui travaillent pour moi en Beauce. Elles font un modèle d'étuis à crayons Lavoie et ça va super bien », dit Michel Boivin, précisant que 95 pour cent des sacs Lavoie sont faits au Québec. Les boîtes à lunch sont fabriquées au Vietnam.
Le fondateur d'Identification Sports aimerait reproduire le modèle de la Beauce en région, dans le Bas-Saguenay ou au Lac-Saint-Jean.
« Ce qui serait l'idéal, ce serait d'ouvrir deux ou trois ateliers de couture d'environ quatre ou cinq couturières dans la région d'ici deux ou trois ans. Là, on serait en "business". Je ne veux pas des dames qui travaillent toutes seules dans leur sous-sol et que mon linge sente le poisson ou se retrouve plein de poils de chat. Je veux un local où on installerait l'équipement. Une petite équipe. Quelque chose d'organisé », fait valoir le patron. Il espère que le message lancé par la voie de ces pages trouvera écho chez des couturières d'expérience qui aimeraient dénicher un travail assorti de bonnes conditions et d'un salaire qui en vaut la peine.