Projet pilote d'autos électriques en libre service de marque Nissan LEAF.

Hybrides ou électriques?

Un article, publié la semaine passée, déplorait le retard du Québec sur le Vermont dans l'achat de véhicules hybrides; 12 fois moins chez nous que dans l'État voisin! Notre gouvernement n'a guère aidé avec son plan pour multiplier les bornes de recharge pour voitures électriques. Le bilan: 6000 recharges pour 223 bornes: 13 usages par borne en six mois!
Cet investissement téméraire et prématuré d'Hydro-Québec et de partenaires en quête d'une image verte donne faussement l'impression que le véhicule hybride est dépassé.
Il existe peu de modèles vraiment électriques: la Leaf de Nissan, la Miev de Mitsubishi.
Dans le cas de la Volt de GM, une génératrice à essence est sollicitée aussitôt que la batterie est à 30%. La recharge de 2,50$ permet de faire 60 kilomètres. Pour ce prix, deux litres d'essence donne 30 kilomètres, mais l'achat prend quelques secondes au lieu de 6 à 8 heures.
La Volt et autres Prius branchables s'avèrent donc plus des hybrides, qui utilisent peu les bornes publiques.
Doutes
La Leaf et la Miev, sans moteur d'appoint, conviennent en ville, pas à notre vaste territoire. En offrant 8000$ d'exemption fiscale pour les modèles branchables, le gouvernement favorise les villes au détriment des régions comme la nôtre, où les hybrides conviennent mieux.
Les experts croient que la voiture électrique finira par régler son problème d'autonomie. Mais quand et comment? C'est pourquoi je doute de l'investissement de 20 M$ pour 1000 bornes. Les voltages et les connexions changeront-elles? Des chercheurs planchent sur des «autoroutes magnétiques», des fils sous la chaussée qui rechargeraient les batteries en roulant. Les véhicules se rechargeront-ils eux-mêmes, comme le laissait espérer le moteur-roue créé, puis mystérieusement bazardé, par Hydro-Québec?
Les Américains décideront. Le Québec n'a pas la masse critique pour influencer ce dossier. Mais nous risquons de payer le prix: la CAQ anticipe une hausse de la taxe sur l'essence pour financer les rêves d'électrification des transports, et aucun ministre ne l'a démenti énergiquement.
Hybrides
J'ai une hybride depuis cinq ans. J'adore!
J'y suis venue par hasard: pour remplacer la fourgonnette familiale, je cherchais une voiture «hatchback», petite, mais confortable, avec le plus possible de gadgets. Les hybrides arrivent super-équipées.
Cela a changé ma façon de conduire. Le tableau de bord, proche du cockpit d'avion, me donne en temps réel les infos sur ma consommation de pétrole, notamment par un dessin avec des flèches vertes quand je roule sur l'électrique ou rouges quand je brûle de l'essence. Un autre graphique affiche ma consommation par tranche de cinq minutes, et m'accorde des «gommettes» quand je recharge la batterie en roulant grâce au frein moteur, baptisé «B» sur mon changement de vitesse. C'est puéril. Mais j'aime ça.
Je programme le prix de l'essence: la voiture compile la consommation des six derniers mois et m'indique combien a coûté ma balade à chaque arrêt.
Du coup, je n'use plus mes freins, je respecte les limites de vitesse officieuses, je n'accélère plus comme une F1. Mon record: 4,5 l/100 km entre Chicoutimi et Québec. En hiver, la chaufferette plombe mes efforts: 5,6 litres. Avantage collatéral: mon fils de 20 ans tente de battre mes records de modération quand il m'emprunte l'auto!
Les hybrides coûtent encore 4000$ de plus que leur équivalent à essence. Il faut donc rouler beaucoup pour que l'économie égale le surcoût. De plus en plus de modèles glissent sous les 30 000$. Le provincial accorde encore des avantages fiscaux à l'achat d'une hybride. Mais il m'a fallu un «fiscologue» pour les dénicher dans le fouillis de Revenu Québec, tandis qu'en deux clics, j'avais la réponse pour chaque État américain.
Si le gouvernement croit aux véhicules propres, il ferait bien mieux de reconnaître la valeur des hybrides pour les régions et de publiciser l'information, plutôt que d'investir dans des bornes tape-à-l'oeil.