Les fichiers répertoriaient le nom des étudiants, ainsi que leur numéro d'assurance-sociale, leur date de naissance, leurs coordonnées et la balance du prêt.

Histoire : trop peu, trop tard!

Le gouvernement va imposer un cours d'histoire du Québec moderne aux étudiants du collégial, et le confier à des historiens. Trop peu, trop tard! Cela semble une manoeuvre pour galvaniser le sentiment identitaire, semer un peu de propagande nationaliste dans la future élite intellectuelle. Cela tente aussi de réparer maladroitement le gâchis du secondaire et du primaire.
En imposant ce cours au cégep, fréquenté par seulement 40% des jeunes Québécois, on insinue que les plombiers, les électriciens, les menuisiers, les mécaniciens, les coiffeuses, n'ont pas besoin de connaître leur histoire récente. Pourtant, ils paieront beaucoup d'impôt, bon nombre deviendront chefs de PME. Ils devraient, autant qu'un médecin, un avocat, un ingénieur, une infirmière ou un ambulancier comprendre les institutions et les choix sociaux, économiques et politiques du Québec, pour mieux les influencer.
Si ces connaissances sont essentielles, pourquoi les réserver aux cégépiens?
Dur à suivre
Quand je demande à mes fils ce qu'ils ont retenu de leurs cours d'histoire au secondaire, ils me parlent des amérindiens. En secondaire 3, on se rendait presque à Noël avec la période d'avant Jacques Cartier. En fin d'année, bousculés par le temps, ils voyaient un peu la Révolution tranquille. Les 50 années suivantes, black-out!
En secondaire 4, ils revoient toute la matière, mais dans le désordre, par thèmes. Et tout s'enchevêtre dans leur tête: les Anglais, les Français, les Américains, les amérindiens. Ils finissent par retenir qu'on a massacré et maltraité les braves autochtones qui vivaient en harmonie avec la nature, que les Français nous ont abandonnés, et que les Anglais nous ont tolérés. Pas forcément dans cet ordre! Autrement dit, on est «rejet»; ça donne pas le goût de se souvenir!
Ils terminent le secondaire sans connaître ni comprendre les institutions: tribunaux, parlements, conseiller, maire, député, ministre, sénateur, juge: tout s'emmêle en un galimatias inextricable. Ils se sentent incompétents, trahis par leur instruction.
Bien des profs le disent: inutile d'en ajouter au cégep; il faut juste mieux faire au secondaire et au primaire, comme ailleurs dans le monde: revenir à la chronologie.
Au Québec, les pédagogues ministériels n'enseignent pas. Mais ils réinventent sans cesse des programmes par thèmes... Je soupçonne un «racket» légal avec l'industrie du manuel scolaire. Voyez le cours de Monde contemporain qui a remplacé le cours d'économie pratique en secondaire 5 : en quatre thèmes, on culpabilise les jeunes sur les «vilains» riches qui dominent la planète et les «bons» écolos qui vont la sauver.
Conventions
Les syndicats sont fâchés. Pas de l'ignorance des jeunes à la fin de leur secondaire, mais parce que le nouveau cours doit être donné par des historiens, et comme il remplace un cours optionnel, les profs qui donnaient ces cours optionnels resteront précaires. Les syndicats vont lutter pour que les précaires puissent donner le cours d'histoire, pas pour qu'il soit offert par un passionné qui allumera les jeunes.
C'est un des problèmes du système d'enseignement au Québec. Des jeunes profs enthousiastes doivent quémander, flagorner les directeurs, s'inscrire sur une liste différente pour chaque commission scolaire, chaque cégep, ramasser les pires assignations, les suppléances hasardeuses, pendant que les conventions, signées par l'État, consacrent l'ancienneté comme un droit à l'immobilisme et priorisent la stabilité des salariés réguliers plutôt que l'apprentissage des jeunes.
Le prof d'anglais finit par donner histoire, le prof d'édu l'éthique religieuse, etc.
Certains enseignants se retroussent les manches et les neurones, et s'y jettent corps et âme. D'autres se réfugient dans le confort conventionné, et suivent mot à mot le manuel, sans âme. Et comme dans ce métier, personne n'est jamais évalué, le dévoué reçoit la même paie que le dépassé.
Sauf une petite lueur dans les yeux des élèves...