Mélanie Sheehy, fondatrice de l'entreprise d'herboristerie Herboréal, à Saint-Fulgence, cueille du mélèze sur des terres publiques intramunicipales situées à une vingtaine de minutes du coeur de la petite municipalité. Par souci de préserver ses talles de cueillette et d'assurer la pérennité des espèces qui s'y trouvent, l'herboriste et son équipe parcourent de nombreux sites dans la région, sur la Côte-Nord et dans le secteur de Chibougamau.

Herboréal: travailler avec les richesses de la forêt boréale

La forêt boréale est un grand jardin pour Mélanie Sheehy. Pas question pour l'herboriste de cultiver des plantes : elle préfère vivre au gré des saisons et de ce que la nature a à lui offrir, elle qui a fondé l'entreprise Herboréal, à Saint-Fulgence, pour partager sa passion et faire connaître les richesses que renferment la forêt boréale.
3 Les aiguilles et les jeunes pousses de mélèze cueillies serviront à concocter des tisanes ou à produire une huile végétale biologique.
Mélanie est une fille de bois. Au volant de son vieux Ford Escape XLT, elle circule sans perdre de temps dans les chemins de terre et de gravier qui traversent la forêt, au nord de Saint-Fulgence.
Elle nous mène sur les terres publiques intramunicipales du secteur, sur l'un de ses nombreux lieux de cueillette, situé à une vingtaine de minutes du coeur de la petite municipalité. Harnais sur le dos et seau de récolte devant elle, l'herboriste se dirige vers un mélèze. Avec dextérité, elle glisse sa main sur quelques branches et en retire les aiguilles ainsi que les jeunes pousses au vert tendre qu'elle dépose dans son seau, en expliquant les bienfaits des propriétés du mélèze pour le système immunitaire. Les aiguilles serviront à concocter des tisanes.
Mélanie et son équipe de trois ou cinq cueilleuses récoltent ainsi une cinquantaine d'essences dans la région, sur la Côte-Nord ou dans le secteur de Chibougamau. Les fleurs, bourgeons, feuilles ou aiguilles sont utilisés pour la fabrication de différents produits tels que des épices, de l'encens, des bombes de bain, des tisanes, des onguents, du savon, du chasse-moustique ou des sels de bain. Ils sont aussi dédiés à la vente en vrac ou à certaines entreprises de transformation.
Mettre en valeur la forêt boréale
« Je suis la seule qui fait du 100 % forêt au Québec », souligne-t-elle. La majorité des herboristes cultivent un jardin, ou allient jardinage et cueillette en forêt, pour en tirer différentes préparations mettant en valeur les propriétés médicinales des plantes.
Lorsqu'elle a complété sa formation, en 2004, Mélanie souhaitait développer « son style » d'herboristerie, un style « nomade », où elle cueille ce qui se trouve, comme elle le dit, « à hauteur de femme » !
« Dans les écoles d'herboristerie traditionnelle, on parle davantage des plantes méditerranéennes. On parle beaucoup plus de la lavande ou de la camomille que du sapin baumier ! Je voulais mettre en valeur les plantes de notre terroir et c'est par mes propres recherches, avec les entreprises forestières, les universitaires et le savoir ancestral des Premières Nations que j'ai construit mon expertise », raconte celle qui a fondé Herboréal en 2012.
C'est lors d'un séjour de quelques années en Colombie-Britannique, où elle a demeuré dans une réserve amérindienne, qu'elle a découvert sa passion pour l'herboristerie. Son fils, malade, a pu être traité grâce aux soins prodigués par la communauté, en utilisant les propriétés médicinales de certaines plantes, une « expérience de récolte et de guérison » qui l'a marquée.
Un souci de qualité
Cette amoureuse du plein air, native de Saint-Honoré et elle-même aux racines métisses, voulait ainsi développer son autonomie en forêt et offrir des produits de qualité à la population.
« C'est difficile de trouver des produits de qualité sur le marché. Les produits ont plusieurs années, perdent leurs propriétés, n'ont pas une belle couleur, ne sentent plus rien... » se désole-t-elle.
Ce qu'il l'a le plus révoltée ? « J'étais totalement scandalisée quand j'ai vu ici, dans la région, qu'on ne trouvait pas de feuilles de bleuets, mais plutôt des feuilles de myrtilles importées d'Europe ! »
Mélanie Sheehy, propriétaire et fondatrice d'Herboréal, a ouvert une boutique au printemps.
Une boutique ouverte au printemps
Herboréal, qui vendait ses produits par le biais d'intermédiaires, a ouvert sa propre petite boutique au printemps.
La petite boutique, située sur la rue du Saguenay, à Saint-Fulgence, a ouvert ses portes à la fin du mois de mars. Les effluves des végétaux en vrac, des mélanges de tisane concoctés par la propriétaire Mélanie Sheehy et des produits de beauté embaument l'endroit.
Genévrier, épinette blanche, cèdre blanc, menthe poivrée, sapin baumier, thé du Labrador et tanaisie sont quelques-unes des essences mises en valeur sur les tablettes d'Herboréal.
Herboréal proposait différents produits depuis sa fondation, vendus lors d'événements publics ou de marchés de Noël. «On me demandait où on pouvait acheter les savons ou les bombes de bain après les événements, par exemple. Ces produits sont difficiles à placer dans les boutiques, parce que la compétition est forte, ce n'est pas comme pour mes mélanges de tisanes que je peux vendre à certains endroits», explique l'herboriste et femme d'affaires.
La boutique, ouverte du jeudi au dimanche, de 10h à 18h, ne l'empêche pas de consacrer une partie de sa production aux boutiques touristiques, aux cafés et aux restaurants.
L'herboriste précise qu'elle ne fait pas de consultation. Elle peut conseiller les clients selon les propriétés des produits, qui ne sont cependant pas affichées sur les emballages. Les indiquer demanderait une homologation de Santé Canada, une procédure «qui demande du temps», indique-t-elle, et qui requiert de répondre à plusieurs critères.
Elle se plie toutefois à la réglementation du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec pour la commercialisation de ses produits qui peuvent être consommés. La cueillette en forêt, pour sa part, n'est pas réglementée, sauf pour certaines espèces comme l'if du Canada, que l'herboriste ne cueille pas.
Projet d'école d'herboristerie
La propriétaire et fondatrice d'Herboréal, Mélanie Sheehy, souhaite lancer sa propre école d'herboristerie.
«Il en existe actuellement quatre reconnues officiellement au Québec et il n'y en a pas dans la région. Mais c'est un projet à long terme, car ça demande beaucoup de travail et de préparation», souligne celle qui possède un baccalauréat en enseignement des langues secondes de l'Université du Québec à Chicoutimi.
Elle donne déjà des cours, à raison d'un par session, l'automne et l'hiver. Une vingtaine de personnes y prennent part, majoritairement des femmes. À l'automne, un nouveau cours permettant de bâtir une petite pharmacie à partir d'arbres, arbustes et plantes issus de la forêt boréale sera offert. Un cours devrait aussi être démarré au Lac-Saint-Jean.
L'enseignement lui permet de transmettre sa passion et ses connaissances. «Il faut protéger les savoirs ancestraux et que ça demeure à la population. [...] Ça fait des milliers d'années que les plantes sont utilisées, ça fait partie de notre patrimoine. La commercialisation ne doit pas uniquement se faire par les grandes compagnies qui ont les moyens de se payer des laboratoires», souligne avec conviction l'herboriste.