Fumée sans feu

Dans la vie, j'aime fumer et perdre mon temps avec des gadgets électroniques. Évidemment, j'aime faire bien d'autres choses, mais ici, on va se concentrer sur ces deux activités.
Il y a quelques semaines de ça, ma blonde est arrivée à la maison avec une boîte qui a attiré mon attention. Vous savez, quand on capote sur les gadgets, on a l'oeil assez rapide pour repérer les trucs électroniques. Généralement, ce sont des boîtes stylisées avec bien du blanc afin de montrer que c'est dans l'air du temps. Génération iPhone qu'ils disent, les spécialistes en marketing.
Alors voilà, un de ses collègues lui a fait cadeau d'un kit de cigarettes électroniques. Et là, je ne vous parle pas des conneries que l'on trouve dans les dépanneurs, mais bien des vraies cigarettes électroniques qui fonctionnent avec un "clearomiseur" et qui contiennent de la nicotine. Je serai franc, j'étais plutôt sceptique au départ. Mais bon, après quelques jours, j'ai fini par démontrer à ma blonde que j'étais curieux d'essayer ça et par une belle soirée de janvier, je me suis prêté à l'expérience et j'ai "vapoté". Parce qu'on ne fume pas la cigarette électronique, mais on la "vapote".
L'exercice est plutôt déstabilisant parce que vous avez ce truc entre les mains qui fait de la lumière et qui semble tout droit sorti du futur et au moment où cette fumée qui n'est pas vraiment de la fumée passe dans votre gorge, vous vous dites: «Bordel, c'est comme une clope.» Et en fait, c'est pareil sauf que ça ne pue pas et qu'à part votre dose tant souhaitée de nicotine, vous vous passez de près de 4000 produits chimiques. Ouep, 4000 produits qui finiront ultimement par avoir votre peau un jour ou l'autre et avec un peu de chance, faire de vous la prochaine star sur les paquets de cigarettes.
Évidemment, j'ai fait mes devoirs et j'avais beau consulter un tas d'amis qui s'étaient informés, personne n'était en mesure de me faire, ne serait-ce qu'un petit peu peur. Alors j'ai pris les grands moyens et je suis allé questionner une pharmacienne. «Ah! Vous savez, il n'y a pas d'études à propos de ça et à mon avis, nous n'en vendrons jamais en pharmacie. Et ce n'est pas un substitut de la cigarette, car ça ne contient pas de nicotine.»
Comme le hasard fait drôlement les choses, sans même que j'en aie fait la demande, voilà qu'une amie Facebook, qui savait que je "vapotais", m'a filé un lien vers une page web qui cumulait la quasi-totalité des études scientifiques faites sur la cigarette électronique. Et vous savez quoi? Il y en a un char, comme on dit. Et sans les avoir toutes lues encore, la grande majorité de celles-ci démontre qu'à la différence de la clope traditionnelle, la cigarette électronique ne comporte vraisemblablement aucun danger pour le coeur et les poumons à court terme.
Alors voilà où on en est. On a ce truc qui semble être une vraie révolution et qui pourrait manifestement épargner un tas de vies, mais on fait comme si de rien n'était. On a des professionnels à qui des clients font confiance qui sont mal informés sur le sujet et qui véhiculent des infos approximatives... J'ai aussi lu un collègue journaliste cette semaine qui partageait les propos d'un docteur laissant sous-entendre que la cigarette électronique était une autre ruse des grandes compagnies de tabac alors que tout indique que celles-ci font tout en leur possible pour orchestrer une désinformation généralisée afin de pouvoir commercialiser leurs propres clones de pacotille dans les dépanneurs, et du même coup, d'avoir ce qui s'apparente à une espèce de monopole du marché.
Mais bon, j'aurai au moins appris un truc avec tout ça. C'est indéniable, la cigarette tue. Quant à la cigarette électronique, les études semblent principalement dire que non sans qu'on ne puisse mettre notre main au feu. Mais une chose est sûre, nous vivons à une époque où la désinformation a la vie plus facile que jamais. Et ça, c'est inquiétant.