Le propriétaire de Groupe Capitales Médias, Martin Cauchon, le président-éditeur du Quotidien, Michel Simard, et le président-directeur général du groupe, Claude Gagnon, voient dans la décision de transformer Le Progrès-Dimanche en édition week-end le samedi une promesse d'avenir pour l'information au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Foutu week-end

CHRONIQUE / L'annonce de la transformation du Progrès-Dimanche en Progrès week-end a suscité bien des réactions. Certaines positives, d'autres négatives, mais somme toute, ç'a bien passé.
À ma grande surprise, la plupart des réactions négatives ont porté sur le nouveau nom du journal, Progrès week-end.
On dénonce la consonance anglaise ; on aurait préféré Progrès fin de semaine (ouf, c'est laid), Quotidien Hebdo (on voulait garder Progrès dans le nom), etc., etc.
J'aime bien quand les gens se portent à la défense de la langue française. Mais ce qui m'agace, c'est quand ils se concentrent sur l'arbre et ne voient pas la forêt.
Car, les attaques contre la langue française, elles sont pernicieuses. Comme m'avait dit un prof à ma première année de cégep en 1976 : «C'est moins grave de dire ''passe-moi le wrench'' que d'écrire ''pharmacie à prix coupés''». Car dans le premier cas, on met un mot anglais dans une phrase française. Dans le second, on met des mots français dans une phrase structurée en anglais.
Ainsi en est-il d'expressions qui me font sortir de mes gonds, déclenchant souvent les moqueries de mes collègues.
«Faire du sens» est l'une d'elles. Y'a pas pire calque de l'anglais. En français, on dit «avoir du sens», «ç'a du sens». En anglais, on dit «to make sense». Je constate que cette formulation «faire du sens» est utilisée par des personnes qui doivent souvent parler anglais. La langue de Shaekespeare déteint sur eux et ils construisent leurs phrases avec des tournures anglaises. Mon fils militaire est un bon exemple. Depuis qu'il est revenu de l'Ouest, «ça fait du sens» sort souvent de sa bouche. Je lui pardonne, même si ça agace sa mère et sa blonde enseignante au primaire, car parfois, ça peut être difficile de jongler avec les deux langues. Mais «faire du sens» prend de plus en plus de place dans le langage populaire. Et ça, c'est une vraie menace pour notre langue.
L'autre, et celle-là me tombe vraiment sur les nerfs, car ça devient agaçant à entendre et à lire, c'est le «ce» que tout un chacun ajoute devant les jours de la semaine. Ça ne fait pas tellement longtemps - je dirais environ cinq ans ; vous n'avez qu'à lire des écrits qui remontent dans le temps, vous n'en verrez pas - mais ça se propage comme la moule zébrée ou la carpe asiatique, surtout chez les rédacteurs de communiqués de presse. On m'a dit que ça vient des Français. On sait que ce ne sont pas les champions quand vient le temps de protéger la langue qui porte leur nom. Par snobisme, sans doute, ils adorent saupoudrer des mots anglais dans leur langage de tous les jours, et un brillant illuminé s'est sans doute dit, un jour, que ce serait bien de dire «ce samedi» plutôt que tout simplement «samedi». Il voulait sans doute faire comme les anglophones qui mettent un «this» ou un « on » devant les jours de la semaine : «this saturday» ou «on saturday».
En français pourtant, la grammaire est claire : nommer le jour de la semaine signifie automatiquement le jour qui vient.
«Que fais-tu samedi ?» est une question claire et précise. Ça veut dire qu'est-ce que tu fais le samedi qui vient. Pas besoin d'y ajouter «ce». J'aimerais bien que les Cerbères de la langue se le tiennent pour dit.
Quant à week-end, c'est francisé depuis le début du XXe siècle et l'expression est utilisée dans toute la francophonie. Le Québec fait exception en utilisant encore fin de semaine. Quand j'étais jeune, mon père, prof de linguistique au cégep, m'avait expliqué que week-end était un bon compromis, car même si la traduction veut dire la même chose que fin de semaine, il est moins irritant, car en fait, fin de semaine est une mauvaise description de la réalité.
Comment ça, vous n'allumez pas ?
FIN de SEMAINE ! Le samedi, c'est la fin de la semaine, mais le dimanche, c'est le début de la semaine. Ce n'est donc pas la fin de semaine. C'est le week-end !