Quand j'ai eu mon permis de conduire il y a un peu plus de 40 ans, je ne me doutais aucunement que l'essence que je mettais dans la voiture de mon père se transformait en gaz à effet de serre.

Être proactif pour le climat

Quand j'ai eu mon permis de conduire il y a un peu plus de 40 ans, je ne me doutais aucunement que l'essence que je mettais dans la voiture de mon père se transformait en gaz à effet de serre. Je ne me doutais pas que cela contribuerait encore aujourd'hui à perturber le climat planétaire. Mon père ne s'en doutait pas non plus et encore moins mon grand-père qui gagnait sa vie en conduisant un taxi. À l'époque «faire un tour de machine» était un loisir familial qui semblait bien anodin. Les jeunes rêvaient de «muscle cars» et faisaient volontiers étalage sur la rue Racine ou sur la Saint Dominique de leurs puissants «V8». La crise du pétrole de 1973 et surtout le deuxième choc pétrolier de 1979 ont forcé les gens à se préoccuper un peu plus de la consommation d'essence de leurs véhicules. Mais la raison de cette préoccupation n'était surtout pas environnementale. C'est le prix du carburant qui devenait rédhibitoire. À l'époque d'ailleurs, le carburant au plomb, qui était le plus polluant était moins cher que le sans plomb.
Transport électrique
Aujourd'hui, les choses sont différentes. Le gouvernement du Québec a lancé une politique ambitieuse d'électrification des transports dans un souci de réduire notre empreinte carbonique. Plusieurs jeunes utilisent le vélo ou font du covoiturage, certains renoncent même à prendre leur permis de conduire. Devant la menace des changements climatiques, chacun est appelé à faire sa part, et au Québec, la façon la plus efficace de le faire est de réduire la consommation de carburants pétroliers dans les transports.
Malheureusement, l'essentiel des carburants disponibles aujourd'hui provient du pétrole, et cela ne changera pas de sitôt. Il faudra probablement encore quelques décennies avant que les transports puissent se dire «verts». Que peut-on faire alors pour réduire l'empreinte écologique de quelque chose de nécessaire?
Deux beaux exemples nous ont été présentés depuis le début de mars. D'abord, le transporteur régional Intercar a présenté le premier circuit carboneutre au Québec. Il s'agit de la navette étudiante qui relie le Cégep de Jonquière, l'UQAC et l'Université Laval. Cette navette à bas prix, destinée aux étudiants, consomme du diésel, bien sûr, mais l'entreprise a mis en place un programme pour réduire à la source cette consommation. Elle s'est aussi associée avec le programme Carbone boréal (carboneboreal.uqac.ca) pour compenser en double ses émissions résiduelles liées au carburant utilisé par la navette. Québec Solidaire a fait la même chose pour son autocar de campagne et pour les autres véhicules qui seront utilisés par ce parti politique pour la durée de la campagne électorale. En compensant leurs émissions en double, ces deux organisations deviennent «préventifs pour le climat». Ils s'assurent ainsi non seulement d'effacer leur contribution aux changements climatiques, ce qui les rend carboneutres, mais ils compensent pour des émissions équivalentes qui correspondent en partie à une responsabilité historique et future.
Le concept «Préventif pour le climat» a été développé par la Chaire en éco-conseil en 2005 lors de la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques de Montréal. Il est basé sur le principe de développement durable. En reconnaissant que l'humanité a fait augmenter de 35% la quantité de gaz à effet de serre dans l'atmosphère à l'époque où on ne savait pas, il ne suffit donc plus d'être carboneutre pour faire du développement durable. En effet, il convient d'effacer les traces du passé et de donner des marges de manoeuvre aux générations à venir qui ne pourront pas encore se passer de pétrole pour assurer leurs besoins. En compensant avec Carbone boréal, on obtient en plus des retombées régionales, on participe à la préservation de la biodiversité et on contribue à l'avancement des connaissances par la recherche et par l'enseignement. Ce geste est un premier pas pour lutter efficacement contre les changements climatiques. Si plus de gens faisaient de même, il serait plus facile d'espérer.
Claude Villeneuve remet son cachet au fonds de développement de l'UQAC.