Et maintenant, l'après Sotchi...

Ils étaient beaux, nous étions fiers. Nous nous sommes levés aux aurores pour les regarder patiner, skier, viser, glisser. Avec ce sentiment qu'il y a un peu de nous autres là-dedans, de notre ADN collectif dans cette réussite, qui nous a exaltés, enfiévrés, fait frémir, tressaillir. Le sport, c'est ça: un frisson, un espoir, une plénitude partagée, l'impossible à portée de main. Même les indépendantistes ont rempli les bars sportifs ou levé les jeunes dimanche matin pour voir le Canada pulvériser la Suède, et remporter «LA» médaille d'or au hockey masculin. Les étudiants en classe, les yeux braqués sur leur cellulaire, ont suivi l'équipe féminine de hockey remportant in extremis la médaille d'or. Les Jeux olympiques rassemblent, galvanisent.
ls nous ont permis de franchir le sombre tunnel hivernal de février avec plus de sérénité cette année.
Mais il faudra réfréner les enthousiasmes de Marcel Aubut, président du Comité olympique canadien, ou d'un Pierre Karl Péladeau, qui évoquent tous deux à nouveau la candidature de Québec pour le grand party olympique. J'aime les JO. Mais je n'en veux pas ici.
Politique
Aubut, groupie de sport, homme d'affaire rusé, bête de travail, bien connecté politiquement, a un enthousiasme communicatif, et ne fait rien à moitié: ni chercher des commanditaires, ni féliciter un politicien aux tendances dictatoriales. Il a embrassé et encensé chaleureusement Vladimir Poutine, aux grand dam des associations gays. Son explication: il fait du sport, pas des débats politiques. Or les olympiques restent hautement politiques. Poutine en a profité pour moderniser de force cette ville aux limites du Caucase, hantée par des rebelles de quatre ethnies, au bord de la mer Noire, chemin du pétrole. Il a assis son pouvoir dans la région en investissant 50 milliards de $ dont il prive un peuple largement indigent. Il y a installé l'armée, nourri la corruption, le pouvoir de nouveaux apparatchiks.
Tout cela grâce à un club privé qui ne rend de comptes à personne, le Comité international olympique, qu'il faut flagorner, séduire pour obtenir les jeux, et dont les exigences font tellement grimper la facture que de plus en plus de peuples démocratiques n'en veulent plus. La Suisse et l'Allemagne les ont refusés par référendum.
Le CIO, largement animé par des roitelets de fédérations sportives sera de plus en plus sollicité par des dictatures richissimes, en mal de légitimité internationale. La FIFA a donné l'organisation du Mondial de soccer au Qatar, un pays qui subordonne les femmes à leurs maris.
Alors bravo et merci aux athlètes pour l'exemple, pour l'effet d'entraînement, médailles ou pas. Mais restons lucides: leur performance et notre admiration sont le jouet de politiciens et de financiers avides.
Pas crédible !
Comment prendre au sérieux le gouvernement Marois qui prétend réduire la hausse des dépenses à 2% par an? Il a fait le double cette année, malgré les coupes officielles, le ton sévère de Stéphane Bédard et les douleurs engendrées. On en est à fermer des lits à l'hôpital, parce qu'un patient qui souffre chez lui ne coûte rien au système, tandis que si on le soigne... Et un relationniste, pour nous faire avaler des couleuvres, affirme que cela améliorera le service!
Une pleine page de publicité dans tous les grands journaux du Québec nous vantait cet ultime budget du gouvernement minoritaire: maîtres et prospères, gouvernement responsable, blabla. À l'oeil, une campagne de 500 000$ pour un budget qui passera à la trappe électorale; de la propagande qui ne nous apprend rien mais tartine du bleu à pleine page. Je crois à la pub. J'en vis.
Le gouvernement peut publiciser plein de choses utiles. Par exemple, la liste des pétitions en cours sur le site de l'Assemblée nationale, ou la liste des crédits d'impôts méconnus.
Mais quand il flambe de l'argent durement gagné par le contribuable pour un ultime et inutile cocorico pré-électoral, comment croire qu'il veut vraiment freiner les dépenses?